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Les actes passés
9 août 2000


La Cour Suprême du Chili a confirmé hier la levée de l’immunité parlementaire du général Augusto Pinochet, prononcée par la Cour d’Appel de Santiago au mois de mai dernier. L’ex-dictateur risque à présent d’être poursuivi en justice pour les crimes commis pendant les dix-sept années au cours desquelles il dirigea le Chili d’une main de fer. Son régime s’était ainsi rendu coupable de la disparition et de la mort de plusieurs milliers de personnes, forçant un million d’autres à fuir le pays. Alors que les associations de familles de victimes négocient avec l’armée pour obtenir des informations sur le sort de leurs proches disparus, la décision de la justice chilienne vient leur redonner l’espoir de connaître, un jour, l’apaisement.

Certes, la partie est loin d’être gagnée pour les organisations humanitaires et ceux qu’elles représentent. Augusto Pinochet devra encore subir des examens médicaux qui détermineront s’il est ou non apte à être jugé : en cas de sénilité ou de démence, les poursuites seraient aussitôt abandonnées. Actuellement, plus de 150 plaintes ont été déposées contre le général et sénateur à vie. Les crimes les plus graves qui sont reprochés à l’ancien tyran concernent les atrocités commises par une unité militaire spéciale, connue sous le nom de « Caravane de la Mort », qui se livra à l’exécution de 74 personnes, juste après le coup d’état contre Salvator Allende en 1973 : elle était alors sous l’autorité directe du général Pinochet...

Bien entendu, les partisans de l’ancien dictateur sont furieux contre les juges et comptent bien défendre le « caudillo » jusqu’au bout. Cependant, depuis deux ans, les choses ont bougé au Chili : des militaires et des membres de la police secrète ont été condamnés par la justice pour des exactions commises durant la dictature. De plus, des équipes médico-légales ont déjà retrouvé plusieurs centaines de cadavres et l’identification de certains d’entre eux a permis leur restitution à leur famille. Le passé ne cesse donc de resurgir et tant qu’un soulagement n’aura pas été prodigué aux victimes, rien ne pourra l’empêcher de déborder sur le quotidien de millions de gens. Car le passé est, en fait, le présent de ceux que la douleur a frappés : leur vie s’est arrêtée le jour où celui ou celle qu’ils aimaient a disparu. A travers les victimes de l’injustice, ce sont des sociétés entières dont l’avenir est bouché et qui sont menacées par la régression. Si l’humanité est encore si peu fraternelle, c’est qu’elle a systématiquement choisi l’oubli et la fuite en avant plutôt que la prise de conscience. Or, les peuples, comme les individus, ont besoin de faire la lumière sur leurs actes passés, sans quoi ils ne cesseront de revivre des situations semblables jusqu'à ce qu’ils comprennent que le souci d’autrui est la seule voie permettant de s’extraire de ce cercle infernal...

Geoffroi


Lectures conseillées :

>> 11 septembre… 1973 - Hector Pavon, Ken Loach (Préface) : 11 septembre 1973, au Chili. L'armée, appuyée par la CIA, cerne le palais présidentiel à Santiago, la capitale. À l'intérieur, le président démocratiquement élu Salvador Allende refuse de se rendre. Il se bat jusqu'au bout et finit par se donner la mort. Le général Pinochet prend alors le pouvoir. Il reçoit les félicitations du secrétaire d'État américain, Henry Kissinger. Plus de 3 000 personnes sont assassinées pendant les dix-sept ans que dure la dictature. Ce coup d'État symbolise l'imposition par la force du modèle néolibéral en Amérique latine. Les mouvements guévaristes et marxistes sont écrasés. Des dictatures militaires se mettent en place, avec le soutien des États Unis. Les méthodes de déstabilisation et de propagande développées au Chili continuent d'être utilisées dans de très nombreux pays. Par son ampleur, par sa dramaturgie, la journée du 11 septembre 1973 constitue l'un des actes fondateurs de l'impérialisme américain. Ce livre a été inspiré par le court-métrage du réalisateur britannique Ken Loach, intitulé " 11 septembre... 1973 ", et sorti sur les écrans en décembre 2002. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Chili, 11 septembre 1973 : La Démocratie assassinée - Eduardo Castillo : La présidence de Salvador Allende fut une période passionnée et passionnante. Les discussions politiques rythmaient notre quotidien, tout le monde donnait son avis, les familles ou les amis se déchiraient avec violence. Quelque part, nous savions qu'il fallait vivre vite et intensément parce que ça n'allait pas durer longtemps... Tout en niant en même temps l'éventualité d'un coup d'État au Chili, cela paraissait impossible, les institutions étaient solides... Chaque Chilien a été l'acteur de sa propre histoire, un sujet à part entière, responsable de ses choix. Chaque Chilien a été l'acteur de cette histoire collective, de cette " révolution démocratique ". Dans ce livre, il y a des histoires individuelles et collectives, avec des souvenirs plus ou moins précis, des oublis plus ou moins volontaires, des mémoires plus ou moins sélectives. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Exorciser la terreur : L'Incroyable et Interminable procès du général Augusto Pinochet - Ariel Dorfman : L'histoire a parfois la mémoire courte et, dans la plupart des pays du monde, lorsqu'est évoquée la date du 11 septembre, ce sont aussitôt les images des avions se fracassant contre les tours du World Trade Center qui viennent à l'esprit. Pour le peuple chilien, le 11 septembre est une date imprimée au fer rouge dans la conscience collective. Il s'agit du 11 septembre 1973. Ce jour-là, un putsch renverse le gouvernement démocratique du président Salvador Allende et instaure un régime dictatorial, celui du général Pinochet. Ce jour-là, le Chili entre dans une période de répression d'une brutalité inouïe. Tortures, disparitions, exécutions de milliers d'opposants marquent à jamais le pays et causent une fracture que le retour récent à la démocratie n'a pas encore totalement effacée. Retiré du pouvoir en 1990, mais protégé par son auto-amnistie et son immunité parlementaire, Augusto Pinochet, l'homme qui a ce sang sur les mains, pensait pouvoir couler de vieux jours en toute tranquillité. C'était compter sans l'obstination des familles des disparus et de leurs avocats. Exorciser la terreur relate, épisode par épisode, la chronique de l'envoi de Pinochet devant le tribunal de l'Histoire. C'est aussi une réflexion sur le Mal, la justice, la responsabilité, les droits de l'homme à vivre dans la dignité. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Femmes et dictatures : être chilienne sous Pinochet - C. Blaya : "La démocratie chilienne est basée sur un pacte de silence... elle s'est révélée un échec" (Le Monde, 25 novembre 1998). Le processus de réconciliation sera inachevé tant que les responsabilités ne seront pas établies. Mais au-delà de la logique judiciaire et politique, il y a celle de ces familles dont les parents, les enfants ont disparu, ont été assassinés ou torturés, ces anciens prisonniers politiques à qui on demande d'oublier au nom de la raison d'Etat et qui depuis des années vivent dans le sentiment de la négation de leur souffrance, de leur existence. L'auteur propose, à travers des témoignages poignants de femmes chiliennes, de faire connaître et prendre conscience des atrocités sous Pinochet et de demander justice. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !


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