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Le dernier James Bond
Lundi 8 octobre 2001


C'est arrivé. La campagne militaire conduite par les Etats-Unis et la Grande Bretagne a débuté hier par des largages de bombes sur des cibles situées en diverses régions de l'Afghanistan. Déjà, les médias parlent de civils tués et de centaines d'habitants de Kaboul fuyant les bombardements. Le temps de la guerre est revenu avec ses prises de position à l'emporte-pièce et ses mensonges incessants : ici, on qualifie la riposte des Etats-Unis d'acte de légitime défense ; là, on affirme qu'il s'agit d'une guerre opposant le monde à l'anarchie... Alors qu'il annonce le début des frappes, George W. Bush va jusqu'à déclarer que "la paix vaincra" avec une candeur et un aplomb désarmants. Et Ben Laden de lui répondre que les Etats-Unis ne connaîtront "plus jamais la sécurité", tout en dégustant une tasse de thé au milieu de ses lieutenants, avec l'apparente sérénité d'un Roger Moore juste avant de pourfendre les ennemis de "sa très gracieuse majesté"... Car dans cette triste affaire, des salles de rédaction de la presse internationale jusqu'aux cabinets des ministres, en passant par les camps retranchés des fondamentalistes, ils sont nombreux ceux qui se prennent très sérieusement pour James Bond.

"Il faut faire cette guerre, nous dit-on de tous côtés, nous devons protéger les valeurs de notre civilisation !" Pour les uns, c'est le système politique et économique du monde dit libre qu'il convient de défendre, pour les autres c'est l'ordre "divin" qu'il faut à tout prix imposer à l'ensemble de la planète. Ceux qui ignoraient tout, encore la semaine dernière, des conditions de vie du peuple afghan, s'extasient devant les parachutages d'aide humanitaire opérés par les Etats-Unis pour les besoins de la propagande... Et ceux qui ont fait en sorte que les hommes et les femmes d'Afghanistan vivent un véritable cauchemar au quotidien, les appellent maintenant à la révolte au nom des nations musulmanes... Oui, les James Bond des deux camps sont aussi perfides que violents : incapables de dialoguer autrement que par le truchement de leurs revolvers et de leur dogmatisme, ils composent l'illustration parfaite des gens obtus, insensibles à l'évolution, crispés sur leurs principes. Bref, des fondamentalistes dangereux capables pourtant de simuler la sagesse, voire la compassion. Le choix absurde qu'ils nous proposent avec véhémence, nous n'en avons que faire : nous savons trop sur quelles horreurs tout cela peut déboucher si nous acceptons un rôle de figurant dans leur mauvais film.

Prendre les armes au nom d'un "idéal", qu'il s'agisse des valeurs des pseudo-démocraties ou d'une interprétation sanguinaire et perverse du Coran, n'est rien d'autre qu'un aveu d'impuissance, une incapacité à créer des situations nouvelles. De sorte qu'il ne peut jamais rien en ressortir de bon : seulement du déjà vu, d'anciennes plaies qui se rouvrent... Pour les Afghans, davantage de souffrances encore ; pour l'Orient davantage de tensions et les semences de conflits à venir ; pour l'Occident une ère d'insécurité et d'enfermement. Aucun des belligérants ne sait où cette guerre va le mener, mais chacun s'efforce pourtant de convaincre les siens de la justesse de sa cause en abusant des promesses et des subterfuges : on imagine déjà l'Afghanistan doté d'un gouvernement démocratique, Ben Laden traîné devant la justice internationale et ses réseaux démantelés, l'Islam modéré faisant cause commune avec l'Occident et les Palestiniens restaurés dans leurs droits... Autrement dit, on croit que la violence et la tromperie peuvent produire les fruits que seuls le dialogue et la réconciliation savent générer ! Non, la paix n'est pas pour demain : notre manière arrogante de considérer le reste du monde nous promet d'autres Ben Laden, d'autres conflits, d'autres menaces sur notre sol. Mais rien ne nous oblige à nous laisser séduire par les discours prétentieux et destructeurs de ces James Bond de l'Est ou de l'Ouest. Abandonnons ces vedettes au star-system et ses succès commerciaux : la paix, la justice et la fraternité ont besoin de gens sérieux qui ne cherchent pas à briller mais oeuvrent dans le calme et la durée. Soyons de ceux-là et laissons à monsieur Bond ses conquêtes éphémères.

Geoffroi


Lectures conseillées :

>> Sur les traces de Ben Laden : le jeu trouble des Américains - Mohamed Sifaoui : Plus de deux années après les attentats du 11 septembre 2001, Oussama Ben Laden est tantôt donné pour mort, tantôt pour blessé. Le chef d'Al-Qaida revient cycliquement sur la scène médiatique pour montrer que lui, son état-major et son organisation n'ont pas été sérieusement affectés par la lutte mondiale contre le terrorisme. Comment expliquer les échecs de la lutte antiterroriste lancée par les Américains, qui ne sont pas seulement dûs à la méconnaissance du phénomène islamiste? Cette enquête menée sur le terrain au Pakistan et en Afghanistan fait ressortir une série d'indices et de témoignages qui montrent que les stratèges de la Maison Blanche ont sciemment « retardé » la neutralisation d'Oussama Ben Laden. Celui-ci se cache depuis plusieurs mois au Waziristân, une zone tribale encerclée discrètement pour limiter les déplacements du chef d'Al-Qaida. Pourquoi? D'abord, la manipulation du danger islamiste est une sorte de culture chez l'administration américaine. Ensuite, parce qu'il fallait absolument renverser le régime irakien avant de neutraliser le chef d'Al-Qaida. Enfin, la décision de « reporter » l'arrestation de Ben Laden est due à des calculs électoralistes. En effet, le 2 novembre 2004 se dérouleront les présidentielles américaines : quoi de mieux que l'arrestation de Ben Laden, quelques semaines auparavant, pour assurer la réélection de Bush ? Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Portraits d'Afghanistan - Micheline Centlivres-Demont, Pierre Centlivres, Jean-Christophe Blaser (Avec la contribution de) : Et si on parlait d'un autre Afghanistan : l'Afghanistan de la durée, celui de la vie quotidienne ? Ethnologues, les auteurs ont sillonné ce pays, à de multiples reprises pendant trente-cinq ans, munis de leurs outils de travail : carnet de notes et appareil photographique. Plus de cent prises de vue, chacune intimement liée à un texte, familiarisent le lecteur avec une contrée inoubliable. Bien sûr, le drame afghan est présent, lui aussi, avec ses combattants et ses ruines, avec la lente, désespérante et tenace existence des réfugiés. Au fil du temps et des pages, se retrouvent les visages vieillis, marqués par l'épreuve, d'anciens interlocuteurs familiers. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Opium, pétrole & islamisme. La triade du crime en Afghanistan - François Lafargue : La position géographique de l'Afghanistan au carrefour de trois grandes aires culturelles, turco-mongole, indienne et iranienne, explique les soubresauts de son histoire. Déchiré par deux décennies de conflits, ce pays ne peut néanmoins se résumer à la rhétorique des taliban et à la production de l'opium. Car désormais, l'Afghanistan constitue le verrou de l'Asie centrale, une voie de passage obligée afin d'acheminer les hydrocarbures de la région du Caucase, et plus particulièrement du Turkménistan vers les ports de l'océan Indien et de la Chine. Ces enjeux politiques et pétroliers nourrissent, en partie, le chaos actuel. Opium, Pétrole et Islamisme, tels sont les ingrédients des malheurs de l'Afghanistan. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> 11/9 : Autopsie des terrorismes - Noam Chomsky : Sollicité par les médias internationaux, le linguiste anarchiste américain Noam Chomsky s'est livré à une analyse de la situation au lendemain des attentats du 11 septembre. Ces entretiens sont aujourd'hui rassemblés dans un petit livre publié au Serpent à plumes : 11/9. Loin de la déferlante consensuelle qui a submergé nos ondes après cette date, Chomsky démonte le système de propagande mis en oeuvre par les autorités américaines et les médias, notamment à travers l'emploi d'une terminologie très précise. Il questionne par exemple le sens de la formule "guerre contre le terrorisme" en rappelant qu'aucune puissance occidentale ne peut respecter sa propre définition officielle du terme "terrorisme" : les États-Unis ne sont-ils pas le seul pays à avoir été condamné pour «usage illégal de la force» contre le Nicaragua par la Cour internationale de justice de La Haye (1986) ? Par conséquent, le seul pays dont le terrorisme a été établi à l'aide de preuves ? Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

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