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Un moment « hystorique »
8 février 2001


Ce qui devait arriver, est arrivé. Ariel Sharon vient d’accéder au poste de premier ministre de l’état d’Israël avec plus de 62 % des voix. Aussitôt, Ehud Barak, reconnaissant sa cuisante défaite, a démissionné de ses fonctions à la tête du Parti Travailliste, renonçant du même coup à son siège au parlement et laissant la gauche israélienne devant un choix crucial : participer ou non au gouvernement d’unité nationale que Sharon appelle de ses vœux. On retiendra de ces élections, désastreuses pour l’avenir du processus de paix, un message clair : en choisissant de remettre les clés de la puissance à un criminel de guerre, une majorité d’israéliens croit pouvoir obtenir la paix - ou, tout au moins, la sécurité - en préférant un homme « à poigne » à un autre, jugé trop faible et trop conciliant. Un moment de grand égarement...

Il semble bien que lorsqu’ils ont introduit leur bulletin dans l’urne, beaucoup d’israéliens ont pensé que trop de concessions avaient été faites aux palestiniens et que, puisque ces derniers les avaient refusées, il était temps de ramener le calme par des méthodes plus radicales. Dès lors, peu importait le choix du politicien investi de cette mission sacrée : l’important était de montrer au monde, une fois encore, qu’on ne fait pas couler impunément le sang d’un citoyen d’Israël ! Et l’on ne sait s’il faut qualifier ce tournant d’historique ou d’hystérique, tant il traduit de névroses et d’obsessions, bref, une perte de contact avec la réalité...

C’est, en effet, l’expression d’un grand aveuglement de la démocratie israélienne que d’avoir permis qu’un homme responsable de la mort de centaines de femmes et d’enfants puisse accéder aux fonctions suprêmes. Sans porter de jugement sur l’homme lui-même, il paraît inconcevable qu’un individu impliqué dans des atrocités soit autorisé à gouverner : cela ne peut en aucun cas être pris pour un fruit « comestible » du système démocratique mais bien plus comme une grave carence de la justice internationale. Mais au-delà de la dangerosité d’un Ariel Sharon, une partie des israéliens s’offre un délire sécuritaire qui n’a rien de commun avec une recherche authentique de la paix et illustre seulement une idée fixe qui consiste à voir en Israël « un petit pays entouré d’ennemis »... En choisissant de réprimer plus durement la violence dans les territoires occupés, Israël ne fera qu’alimenter plus sûrement les haines séculaires qui déboucheront immanquablement sur davantage d’attentats terroristes, de meurtres de colons juifs et déclencheront des vagues d’antisémitisme dans le monde entier. Par ailleurs, considérer les propositions du gouvernement d’Ehud Barak comme des trahisons, c’est véritablement vivre en dehors de la réalité concrète des droits humains : droit au retour, droit à une identité, droit à un pays, bref droit à la vie auquel nul palestinien ne peut renoncer.

Bien sûr, les électeurs israéliens qui viennent de plébisciter Ariel Sharon ne sont pas les seuls à vivre dans un monde virtuel où le combat pour la « Jérusalem Eternelle » appelle à verser le sang. Ceux qui, parmi les palestiniens, arment le bras des enfants et leur font miroiter la gloire des martyrs, vivent également dans leur petit univers irréel où l’autre n’existe que pour être dominé ou écrasé. L’élection de Sharon est une aubaine pour ces individus qui consolident leur pouvoir en attisant la haine à l’encontre de « l’ennemi juif ». La réalité de cette tragédie est que ni les électeurs d’Ariel Sharon ni les combattants du Fatah ne veulent sincèrement la paix : ils ont trop pris l’habitude d’exister à travers la violence et trouveraient inconfortable d’y renoncer. Il est vrai que l’être humain a tendance à se méprendre quant à la nature de la paix. Il la voudrait synonyme de « luxe, calme et volupté » alors qu’elle signifie bien plus le renoncement, le changement et le don.

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Lectures conseillées :

>> Palestine - Israël. Approches historiques et politiques - Collectif , Samaha Khoury : Le destin de la Palestine est, depuis toujours, tragique. L'histoire de cette terre est celle d'incessants conflits. La violence qui s'y manifeste est probablement liée au fait religieux : sur une “Promesse divine” se sont greffées des réalités politiques. Tout cela engendre contestations et discordes, là où il faudrait une sage organisation, respectueuse des droits de tous, et des compromis à défaut de consensus. Il est difficile d'expliquer le conflit israélo-arabe sans recourir à l'histoire et sans revenir sur la fameuse “Promesse de Yahvé”, sur l'idéologie sioniste et le rêve de la “Terre Promise”, sur la déclaration de Balfour et enfin sur les décisions de l'ONU, surtout celle du partage de 1947, et leur nonapplication. Avec l'accord d'Oslo de 1993, la paix semblait pouvoir s'établir. Mais cet accord était-il véritablement l'œuvre commune de toutes les parties en présence ? La paix qui devait résulter de cet accord n'était-elle pas plutôt une fausse paix, annonciatrice de futures catastrophes ? Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Israël-palestine, des femmes contre la guerre - Collectif : « Qu’est devenue la voix des Israéliens en faveur de la paix ? » En moins d’un an d’Intifada et bien avant les attentats les plus sanglants en Israël, la majorité de la population israélienne, auparavant en faveur de la paix, en est venue à élire Sharon et à réclamer encore plus de répression contre les Palestiniens. Des femmes contre la guerre arrive à point pour répondre à cette importante question. L’on y mesure d’abord que, même s’il est faible, le mouvement pacifiste israélien existe et qu’il mène courageusement et sans répit des actions sur le terrain. Fer de lance du mouvement, des groupes de femmes dont on trouvera ici les motivations, les récits de leurs actions dans les territoires occupés et en Israël et leurs prises de positions conjointement à celles d’autres associations. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Israël, Palestine : La Vérité sur un conflit - Alain Gresh : Ce livre est né d'une indignation, mais aussi d'une volonté de comprendre, de faire comprendre. En quelques mois, tous les espoirs de paix au Proche-Orient, nés de la poignée de main historique entre Yasser Arafat et Itzhak Rabin en 1993, se sont effondrés. La seconde Intifada a exprimé les limites des accords signés. En France, cette révolte a suscité des solidarités souvent “communautaires”, de la part des juifs comme des Arabes. Faut-il se résigner à ces dérives ? N'existe-t-il pas un discours laïque susceptible de transcender ces divisions ? Alain Gresh est rédacteur en chef du Monde diplomatique et auteur de plusieurs ouvrages, dont avec Dominique Vidal, Les 100 portes du Proche-Orient (L'Atelier, 1996), et, avec Tariq Ramadan, L'Islam en question (Actes Sud, 2001). Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Le Général Sharon : Une logique de massacre - Collectif : Cet ouvrage se compose de cinq volets retraçant la "carrière militaire" du général Sharon : . Le massacre du village de Qibya, en 1953. . Le massacre des prisonniers égyptiens en 1956 durant la guerre de Suez. . Le massacre des prisonniers égyptiens en 1967 durant la guerre des six jours. . La "pacification" de la bande de Gaza en 1971. . Le massacre de Sabra et Chatila en septembre 1982. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !



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