fraternet.com



La corne d'abondance
8 janvier 2001


Les élections législatives viennent à peine de se terminer en Thaïlande que, déjà, des centaines de plaintes pour fraude électorale ont été déposées. Bien qu’il faille attendre au moins un mois pour connaître les résultats officiels, la victoire du milliardaire populiste Thaksin Shinawatra ne fait aucun doute. Le dirigeant du parti Thai Rak Thai entend bien former un gouvernement dont il serait le premier ministre et gouverner le pays à la manière dont il gère ses puissantes entreprises de télécommunications. Il n’est cependant pas certain que la Commission Nationale contre la Corruption lui en laisse l’opportunité : alors qu’il était député, monsieur Thaksin aurait dissimulé une certaine partie de sa fortune, ce qui le rendrait inéligible pour cinq ans. Une perspective qui inquiète sérieusement les nombreux thaïlandais qui comptent sur lui pour leur apporter la prospérité...

Il faut dire que les promesses de l’homme d’affaires étaient particulièrement alléchantes : combattre la pauvreté en favorisant l’intégration économique des plus démunis ; protéger les entreprises thaïlandaises pour qu’elles ne tombent pas en des mains étrangères ; faire de la politique propre dans un pays où des centaines de millions de dollars sont dépensés pour acheter les électeurs ; combattre enfin le trafic de drogue qui assure la richesse des clans provinciaux... Le tout assaisonné d’une bonne dose de nationalisme. Bref, un programme mis au point à partir de véritables études de marché, soutenu par une campagne de marketing relevée par quelques idées fortes, comme celle d’investir 25 000 dollars dans chacun des 70 000 villages thaïlandais ou de décréter un moratoire de trois ans sur les dettes des paysans. A choisir entre le précédent gouvernement démocrate, soupçonné d’être plus soucieux d’attirer les investissements extérieurs que de s’attarder sur le sort de la population, et la prodigalité promise par les candidats du Thai Rak Thai, on comprend pourquoi l’électeur ordinaire n’a pas hésité.

Toutefois, le réveil des thaïlandais pourrait s’avérer brutal. Les revues économiques annoncent, en effet, le risque d’un désengagement croissant des compagnies étrangères en cas d’accession de Thaksin Shinawatra au poste de premier ministre. Par ailleurs, l’enquête menée contre lui pour corruption et les accusations de fraude à l’encontre de membres de son parti constituent une menace pour la stabilité du pays au point que certains observateurs craignent que l’armée n’en profite pour s’emparer du pouvoir. Quoi qu’il en soit, même si la Thaïlande échappe aux désastres économique et politique qu’on lui prédit, l’arrivée de Thaksin aux affaires ne profitera pas au peuple thaïlandais : d’une part, parce qu’il est entouré d’anciens politiciens aux mœurs plus que douteuses dont il sera contraint de récompenser l’allégeance, d’autre part, parce qu’une nation ne se dirige pas comme une multinationale. Ce dont a besoin la Thaïlande, comme les autres nations, c’est avant tout que l’on respecte scrupuleusement les droits de ses habitants et que l’on développe le goût de la justice à tous les niveaux des institutions. Or, dans ce pays où le fossé entre les riches et les pauvres est l’un des plus insondables de toute l’Asie, promettre aux électeurs de déverser sur eux la corne d’abondance de l’état constitue déjà une tentative de corruption particulièrement indécente.

Geoffroi Contact


Abonnement à l'Info
L'info quotidienne dans
votre boite email (gratuit)


Abonnement à l'Hebdo
Les meilleurs textes
chaque semaine (gratuit)


http://www.fraternet.com - Copyright © 2000 - 2001 Les Chemins D'En Haut - Tous droits réservés.