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La guerre qui ne dit pas son nom
8 décembre 2000


A la veille du cinquante deuxième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, l’organisation humanitaire américaine Human Rights Watch (HRW) a rendu public son rapport 2001. D’après son directeur, Kenneth Roth, les atteintes aux droits humains commises tout au long de l’année reflètent l’extraordinaire faiblesse des institutions en charge des problèmes planétaires. Qu’il s’agisse de l’ONU et de son manque de ressources financières, du Conseil de Sécurité congestionné par un manque chronique de volonté politique, des institutions de Bretton Woods peu soucieuses des droits des populations ou encore de la future Cour Criminelle Internationale qui tarde à voir le jour du fait de l’obstruction pratiquée par certains états, toutes ces organisations manifestent une déplorable tendance à l’anémie dès qu’il est question de respect des libertés fondamentales des individus.

Les institutions internationales « manquent de muscles », affirme Kenneth Roth. Il suffit, pour s’en convaincre, de considérer comment la Russie a échappé à toutes sanctions malgré les exactions innombrables perpétrées en Tchétchénie, comment les Etats-Unis se sont désintéressés brusquement des droits humains en Colombie ou comment Israël peut, en toute impunité, faire un usage disproportionné de la force contre les palestiniens etc. En revanche, s’il est un organisme dont le développement est florissant, c’est bien l’économie : l’intensification du commerce international, des flux de capitaux et des autoroutes de l’information a permis une création considérable de richesses, tout en augmentant gravement les inégalités. Certes, la globalisation sans frein de l’économie aura toujours ses indéfectibles défenseurs pour expliquer que le libéralisme incontrôlé est seul capable d’assurer le bien-être des peuples. Mais chaque jour qui passe montre combien ce genre d’argument relève de l’abjection tandis que s’accentuent invariablement la richesse et l’indifférence des élites. Malheureusement, ce système inique est d’autant mieux protégé que, bien souvent, les pays pauvres eux-mêmes s’inquiètent des mesures sociales que pourraient imposer les pays développés en matière de régulation des échanges internationaux, dispositifs qui ressemblent à leurs yeux à une forme de protectionnisme.

Comparant la période actuelle avec les premières années de l’après-guerre qui virent la création des Nations Unies, de la Banque Mondiale et du FMI, les auteurs du rapport 2001 de Human Rights Watch estiment qu’il est particulièrement urgent de procéder au renforcement des institutions internationales et de mettre en place de nouvelles structures de protection des droits de l’homme au niveau mondial. Cela ne pourra se concrétiser que si nous puisons en nous un nouveau souffle apte à nous extraire de l’autosatisfaction et de l’apathie ambiante. En somme, si nous voulons véritablement remporter la lutte en faveur de la fraternité et bâtir un monde de partage, il nous faut d’abord réaliser que nous sommes effectivement au centre d’un combat : non pas le type de conflit traditionnel auquel l’histoire nous a habitués, mais une guerre économique et stratégique à laquelle participent non seulement les états, mais aussi les firmes transnationales dans leur désir de s’approprier un maximum de ressources naturelles et de parts de marchés. Cette guerre mondiale, nous en sommes inconsciemment les acteurs, soit que nous financions sans le savoir des entreprises dont les préoccupations n’ont rien d’humain, soit que nous soutenions des gouvernements insensibles aux drames quotidiens vécus par nos semblables. Pour gagner cette guerre qui ne dit pas son nom, il nous faut acquérir une force inhabituelle, celle que seul peut donner le développement d’un muscle puissant : le cœur.

Geoffroi


Lectures conseillées :

>> OMC, le pouvoir invisible - Agnès Bertrand, Laurence Kalafatides : Une source d'informations particulièrement éclairantes sur les enjeux de la crise actuelle et les menaces que l'OMC fait peser sur notre avenir. Dans un style limpide, Agnes Bertrand, philosophe de formation et écologiste engagée, nous fait vivre de l'intérieur le fonctionnement de l'OMC, son évolution récente et son implication sur le quotidien de chacun d'entre nous. Malgre l'opacité de ce qui est pourtant devenu l'institution la plus puissante au monde, l'auteur met clairement en évidence les intérêts qu'elle sert aujourd'hui, son implacable logique et quel est le sens d'une action que les citoyens peuvent mener à son encontre. Un livre a faire partager au plus grand nombre. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Guide du consommateur responsable - M. Leroy : Voici un guide utile pour ceux qui veulent consommer différemment, c'est-à-dire dans le respect des populations et des droits de l'homme. Vous y apprendrez ce qu'est le commerce équitable, comment trouvez des produits de ce type ainsi que des informations sur les labels qui garantissent cette appellation. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Le Bateau ivre de la mondialisation : Escale au sein du village planétaire - Arnaud Zacharie, Éric Toussaint (Sous la direction de) : Les débats autour de la mondialisation sont des plus enflammés. Certains défendent une globalisation néo-libérale excluant les trois quarts de l'Humanité. D'autres prônent le repli sur soi. Le Bateau ivre de la mondialisation propose une alternative à ces deux optiques : celle d'une mondialisation multipolaire incluant l'ensemble des citoyens et des citoyennes du monde dans leur diversité. Elle se construit autour de l'analyse d'une mondialisation prise dans son sens le plus large, c'est-à-dire sous ses aspects historique, géopolitique, culturel, économique et financier. Elle tisse des liens entre des problématiques aussi diverses que les colonisations, la dette du Tiers Monde, la spéculation financière, les OGM ou encore les politiques du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC. Elle met en réseau de nombreuses mobilisations citoyennes. Enfin, elle rassemble des solutions globales et d'autres adaptées aux richesses naturelles et culturelles de chaque région du monde. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> No logo : La Tyrannie des marques - Naomi Klein, Michel Saint-Germain (Traduction) : le nombre augmente de ceux qui prônent l'urgence d'une mobilisation vigilante, et qui dénoncent les abus commis par les grandes sociétés. Venant de partout, ils se rencontrent, se regroupent et s'organisent sur l'Internet : ils veulent récupérer l'espace, la rue, la forêt dont on les a privés, ils réclament des emplois et des conditions de travail décents, un partage plus équitable des énormes bénéfices des multinationales, ils refusent d'acheter des produits pour lesquels d'autres, à des milliers de kilomètres de chez eux, paient le tribut de la sueur et parfois du sang. Ce nouveau militantisme, reflet de la pluralité sociale et ethnique de bon nombre de pays, a déjà gagné des batailles contre les logos mastodontes. Les événements de Seattle ou de Prague l'ont prouvé : il est encore temps de dire non à la tyrannie des marques. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !


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