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Les armes biologiques
8 août 2000


A Genève, des discussions réunissant les délégations de plusieurs pays autour de la Convention sur les Armes Biologiques (BWC) viennent de se terminer. D’après l’ambassadeur hongrois qui dirigeait les débats, des progrès notables ont été enregistrés même s’il semble difficile de parvenir à un accord sur le fond du problème, à savoir les méthodes permettant de s’assurer que les états parties respectent effectivement la Convention. De nombreux pays craignent en effet que les inspections organisées par les Nations Unies ne donnent lieu à la divulgation de données vitales pour leur sécurité nationale ou de technologies susceptibles d’affaiblir la puissance de leurs bio-industries.

La Convention sur l’Interdiction de Développement, de Production et de Stockage d’Armes Biologiques est entrée en vigueur en 1975. Elle est aujourd’hui ratifiée par plus de 140 états. En 1994, il est apparu indispensable de mettre au point un protocole susceptible d’en garantir le respect, sur le terrain, par les états signataires. Depuis cette époque, des discussions sont en cours qui se heurtent toujours aux mêmes problèmes : d’une part, la nature même des armes biologiques les rend aisément dissimulables ; d’autre part, la frontière entre les applications civiles et militaires est particulièrement mince. Les industries spécialisées dans les biotechnologies, telle l’industrie pharmaceutique américaine, ont beau jeu de s’opposer à toutes mesures de contrôle, prétextant le risque pour la confidentialité de leurs recherches. Par ailleurs, les vérifications réalisées par les inspecteurs de l’UNSCOM en Irak ont montré à la fois leur inefficacité et leur dérive en faveur de l’espionnage au profit de certains états...

Les armes biologiques représentent un réel danger pour la sécurité du monde. Un danger d’autant plus grand que le rapport entre leur coût et leur capacité d’élimination massive de vies humaines en fait une arme particulièrement attrayante pour les états belliqueux ou les groupes terroristes transnationaux. De même, les nations développées n’hésitent pas à dépenser des budgets importants dans le développement de ce genre d’armes à des fins qualifiées hypocritement de « défense de leurs intérêts vitaux ». Ainsi, au nom de la sécurité nationale, de la recherche scientifique et, surtout, des bénéfices incommensurables dégagés par les bio-industries, les gouvernements et les industries pharmaceutiques continuent de jouer aux apprentis sorciers sans qu’il soit possible de les contrôler.

Mais un détail suspect doit nous mettre la puce à l’oreille : cette frontière si mince entre les activités civiles et militaires qui permet à chacun de développer son petit commerce mortel. C’est là précisément que se situe le débat et que se joue l’avenir de l’humanité. Pouvons-nous accepter, en effet, que la limite soit si ténue entre les recherches susceptibles d’améliorer la santé du genre humain et celles qui permettront la production d’armes de destruction massive ? Non, bien sûr ! Et si les laboratoires de R & D le prétendent, il convient alors que leurs recherches ne soient pas réalisées au profit exclusif d’une nation ou d’une entreprise mais fassent l’objet d’une divulgation internationale. Penser en termes d’intérêts particuliers lorsque toute l’humanité est concernée, voilà bien le scandale. Un scandale rendu possible parce que l’esprit de fraternité fait l’objet de trop peu de recherches et que les états, comme les multinationales, ne s’intéressent guère à son développement.

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