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Le drame du soldat
8 juillet 2000


Le président Clinton a récemment signé un protocole international interdisant l’utilisation d’enfants lors de conflits armés. Cette décision a été saluée par les organisations humanitaires qui y voient un signal fort en direction des autres nations. Jusqu'à présent, les Etats-Unis étaient opposés à cette convention, l’armée américaine comportant plusieurs milliers de recrues âgées de 17 ans seulement. Le gouvernement s’est donc engagé à fixer l’âge limite de recrutement à 18 ans et à ne pas déployer ses plus jeunes troupes sur le terrain. Cette décision intervient alors que plus de 300 000 enfants participent à des conflits en Afrique, en Colombie, au Sri Lanka, souvent en première ligne...

Les raisons qui font qu’un enfant se retrouve enrôlé dans une armée gouvernementale, ou des troupes rebelles, sont évidentes : dans de nombreux cas, ils sont enlevés et contraints par la force ; dans d’autres, ils rejoignent volontairement un groupe armé parce qu’ils sont sans défense, la guerre ayant provoqué l’éclatement des familles et détruit les écoles ; parfois, ils veulent tout simplement se venger de ce qu’ils ont subi ou même se rendre utiles, victimes de la propagande des adultes. Les forces armées de plus d’une trentaine de pays trouvent ainsi un grand intérêt à recruter des enfants, souvent dès l’âge de huit ans : en effet, ils passent facilement inaperçus lorsqu’il s’agit de collecter des renseignements ; ils combattent avec le courage que prodigue l’inconscience, prenant la guerre pour un jeu ou désirant prouver leur valeur aux plus âgés ; ils sont aussi particulièrement obéissants et impressionnables. Quant aux fillettes, elles servent d’esclaves sexuelles pour « adoucir la tristesse des combattants »...

S’il est positif d’élever universellement l’âge du recrutement à 18 ans et d’envisager des mesures pour contraindre les états à respecter leur engagement, il demeure extrêmement difficile d’en contrôler la réalité sur le terrain. Par nature, tout conflit provoque la dislocation d’une société et la mise en danger systématique des plus vulnérables, les enfants. Par ailleurs, la barrière de l’âge ne rend pas la guerre plus acceptable ni les effets moins graves sur les jeunes et moins jeunes adultes dont l’avenir est détruit. Aussi serait-il incohérent de penser que la tragédie des enfants-soldats pourra être résolue isolément : c’est le drame du soldat dans son ensemble auquel il faut mettre un terme.

Aujourd’hui, si la condition des enfants, contraints de se battre dans des conflits d’adultes, suscite notre compassion, la solution ne se trouve pas dans le fait de réserver la guerre aux plus de 18 ans : la guerre fait de tous les êtres humains des enfants perdus. Le sort de ces milliers de garçons et de filles doit nous alerter sur notre responsabilité dans la recherche d’un règlement pacifique de tous les conflits. Bref, sur l’élaboration d’une véritable culture de la non-violence dotée d’instances internationales chargées de la promouvoir. En tant que citoyen ordinaire, nous ne pouvons pas empêcher qu’un enfant d’Afrique ou d’ailleurs soit obligé de couper les mains de ses semblables ou de traverser un champ de mines. En revanche, nous pouvons facilement œuvrer à faire du petit monde dans lequel nous vivons un havre de paix dont les limites ne cesseront de s’étendre.

Geoffroi Contact


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