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Droits sexuels et conscience
8 juin 2000


Alors que l’Assemblée Générale des Nations Unies étudie l’évolution des droits des femmes dans le monde, cinq ans après la Conférence de Pékin, certains pays tentent de remettre en cause les acquis obtenus en 1995. Ainsi, les représentants catholiques et musulmans forment un front uni afin de faire obstacle aux droits naturels des femmes en matière de vie sexuelle et reproductive : les premiers sont opposés à l’avortement des femmes violées en temps de guerre de même qu’ils dénoncent la légalisation de l’avortement et la contraception ; les seconds sont favorables au maintien de la subordination de la femme à l’homme au nom de spécificités culturelles et refusent, notamment, de condamner les « crimes d’honneur »...

Dans un tel contexte, l’association « Catholiques pour un libre choix » (CFFC) fait campagne pour la remise en cause du statut d’observateur permanent du Vatican à l’ONU : il s’agit en effet d’un cas unique qui permet à l’Eglise catholique romaine d’influencer notablement les débats. Plusieurs centaines d’ONG et de mouvements chrétiens participent à cette campagne, inquiets qu’ils sont des conséquences sur les femmes du monde entier de la non-reconnaissance de leurs droits sexuels. Il est frappant, par exemple, de voir qu’en Amérique Latine -où la religion catholique est majoritaire et l’avortement interdit - la pression sociale pousse les femmes séropositives à avorter illégalement, mettant ainsi leur santé gravement en danger. L’Organisation Mondiale de la Santé rappelle à ce sujet que 80 000 femmes meurent chaque année des suites d’un avortement effectué dans de mauvaises conditions. Mais il y a plus grave : en Afrique, l’Eglise catholique continue d’interdire l’utilisation de préservatifs malgré les taux dramatiques de séropositivité qui touchent les populations.

Il y aurait beaucoup d’exemples à donner illustrant la position intenable de l’Eglise catholique en matière de droits des femmes. En effet, elle ne pourra continuer longtemps à dénoncer les violences - y compris sexuelles - infligées aux femmes et pratiquer elle-même une forme grave de violence psychologique à leur encontre. Dissuader les hommes et les femmes d’utiliser les moyens de se protéger efficacement face au SIDA, préférer la mort de nombreuses femmes lors d’avortements illégaux plutôt que de leur donner les moyens de gérer librement et dans de bonnes conditions leur vie sexuelle et reproductive, n’est-ce pas exercer sur elles une pression morale écrasante et leur faire consciemment et volontairement violence ?

L’Eglise catholique romaine n’échappe pas au syndrome qui frappe la plupart des religions : celui de dénier toute conscience à ses membres et de les soupçonner, surtout les femmes, de pratiques immorales. Pourtant, le message qu’elle est censée transmettre au monde - celui de Jésus-Christ - valorise une relation d’union entre l’être humain et Dieu où l’homme comme la femme sont accueillis et aimés d’un semblable et infini Amour. Il est donc particulièrement navrant de voir comment l’Eglise détourne un enseignement destiné à répandre dans le monde la fraternité et le respect scrupuleux de l’Autre et l’utilise pour dénier aux individus le droit à maîtriser leur corps et leur esprit comme ils l’entendent et, ce faisant, leur capacité à créer et se créer librement. En s’interposant aussi violemment entre l’être humain et Dieu, l’Eglise catholique romaine ne fait rien d‘autre que perpétrer un véritable crime spirituel contre l’humanité.

Geoffroi


Lectures conseillées :

>> Jean Paul II, la fin d’un règne : Les 25 ans d’un pontificat controversé - Collectif , Christian Perras (Sous la direction de) : Pendant les premières années du pontificat de Jean Paul II, de nombreux catholiques se sont enthousiasmés. Ce pape si proche des hommes et si prompt à se rallier leurs suffrages, faisait figure de héros populaire. Mais à l'époque, nombreux sont ceux aussi qui, emportés par leur joie, n'ont pas prêté attention aux conceptions philosophiques, religieuses, et psychologiques rétrogrades de Jean Paul II, tout droit issues des année 20 et 30. Alors, à Rome, sous sa responsabilité, on casse la théologie de la Libération. On se méfie, et on le fait savoir, des communautés de base au Brésil et ailleurs. On exclut, on condamne. Camara, Romero, Ruiz sont à vite oublier. Et tant pis si le vide et la déception poussent aujourd'hui des centaines de milliers de catholiques, en Amérique latine, dans les bras de prêcheurs américains, plus proches, plus chauds, mais qui trop souvent sentent par trop la secte. Qu'importe, tout plutôt que le rouge. On fréquente Pinochet, on le décore même de la médaille des familles chrétiennes… Et puis les années passent, le discours se durcit. Le SIDA est à la une, et la parole papale apparaît à beaucoup comme criminelle. Les années passent encore. Le pape baisse, garde ses forces pour ses voyages, laisse les chefs de services se partager le pouvoir devenu en partie vacant, emplit le Vatican de prélats parmi les plus conservateurs, ne gère plus les ambitieux qui lorgnent vers le trône. Et le Vatican redevient, dans les mains des apparatchiks, une machine à interdire. Aujourd'hui, la machine du Syllabus est en route. Aux dernières nouvelles, on en arrive à vouloir empêcher les filles de servir la messe. Pourtant, dans l'Eglise, la femme a toujours été de service, mais, faut-il le rappeler, pas du service divin, trop près du sacré réservé aux mâles. Jusqu'où ira cette dérive ? Demain est-ce l'Eglise qui aura besoin d'un chariot ? Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Fausse route : Réflexions sur 30 années de féminisme - Elisabeth Badinter : « Les stéréotypes d'antan, pudiquement appelés "nos repères", nous enfermaient mais nous rassuraient. Aujourd'hui, leur éclatement en trouble plus d'un. Bien des hommes y voient la raison de la chute de leur empire et le font payer aux femmes. Nombre d'entre elles sont tentées de répliquer par l'instauration d'un nouvel ordre moral qui suppose le rétablissement des frontières. C'est le piège où ne pas tomber sous peine d'y perdre notre liberté, de freiner la marche vers l'égalité et de renouer avec le séparatisme. Cette tentation est celle du discours dominant qui se fait entendre depuis dix ou quinze ans. Contrairement à ses espérances, il est peu probable qu'il fasse progresser la condition des femmes. Il est même à craindre que leurs relations avec les hommes se détériorent. C'est ce qu'on appelle faire fausse route. » Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !


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