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Mémoire, Pardon et Action
8 avril 2000


Six ans après le début du massacre de 500 000 Tutsis et Hutus modérés au Rwanda, la population et le gouvernement accomplissent leur devoir de mémoire. Hier, plusieurs milliers de victimes ont ainsi reçu une sépulture décente au mémorial de Gisozi, sur une colline proche de Kigali, la capitale. Le premier ministre belge, Guy Verhofstadt, assistait à la cérémonie au cours de laquelle il a demandé pardon au peuple rwandais, au nom de son pays.

Il faut se rappeler, en effet, que la Belgique, ancienne puissance coloniale de la région, la France et les Etats-Unis qui orientaient la politique des Nations Unies à cette époque, n’ont rien fait pour éviter le génocide alors qu’ils avaient été informés de sa préparation plusieurs mois auparavant. C’est ainsi que la communauté internationale laissa mourir les trois-quarts de la population Tutsis du Rwanda dans des conditions particulièrement atroces.

Aujourd’hui, on sait que le gouvernement de Belgique, effrayé par l’élimination d’une dizaine de casques bleus belges chargés de la protection du premier ministre rwandais, décida de retirer ses troupes et s’opposa avec les Etats-Unis à l’extension du mandat des soldats de la paix. Quant à la France, proche du régime Hutu, il lui fut reproché de lui avoir fourni une aide militaire avant et pendant le génocide...

A l’aube du vingt et unième siècle, demander pardon revient à la mode et nous ne saurions condamner une telle démarche qui reste, fondamentalement, positive. Toutefois, il ne faudrait pas que les lâchetés et les complicités, passives ou actives, des occidentaux lors de violations des droits de nos frères et sœurs rejoignent dans l’oubli les crimes impunis : c’est selon le comportement actuel d’un gouvernement que l’on pourra savoir si sa demande de pardon est sincère ou bien si elle est seulement mue par des préoccupations électoralistes mêlées à un fugitif sentiment de culpabilité.

Aujourd’hui, il apparaît de plus en plus clairement que la communauté internationale, qui a pourtant élaboré les notions de crime contre l’humanité et de génocide, a du mal à concevoir l’humanité comme un tout : puisqu’il est reconnu qu’un crime contre la population d’un pays lointain affecte l’ensemble du genre humain, il faut aussi comprendre que l’aide apportée à un peuple souffrant profite également à l’ensemble des hommes et des femmes de la terre. Aussi, l’attitude actuelle d’un état à l’égard de la Tchétchénie, du Kosovo, du Timor ou d’ailleurs en dit long sur son niveau de conscience en matière de Fraternité... Tant que nous séparerons le devoir de mémoire du devoir qui consiste à assumer nos erreurs - notamment en demandant pardon - nous demeurerons des irresponsables. Et tant que nous n’accomplirons pas notre devoir d’action, nous serons des coupables.

Geoffroi


Lectures conseillées :

>> Survivante, Rwanda 10 ans après : Entretiens - Esther Mujawayo, Souad Belhaddad : Génocide : comment cela peut-il arriver ? Et si on en réchappe, comment peut-on y survivre ? A travers le destin d’Esther, Rwandaise de 44 ans aujourd’hui psychothérapeute spécialiste des rescapés, c’est le destin collectif de tout le Rwanda qui nous est donné de comprendre. Esther, Tutsi, fille de pasteur, sociologue, mariée, mère de trois filles, échappe à la tuerie avec ses enfants alors que sa famille et celle de son mari – lui compris – sont décimés. Pour ces femmes et ces enfants qui ont survécu comme elle, elle a repris des études et poursuit inlassablement aujourd’hui sa mission de thérapeute spécialisée dans les traumatismes psychiques d’après génocide. Extraordinairement forte, belle, lumineuse, vivante, Esther raconte son parcours – de sa naissance dans un village tutsi à sa vie actuelle, en Allemagne. Et si nous serrons les poings d’incompréhension devant les horreurs que l’homme peut imposer à l’homme, jamais Esther ne nous laissera tomber dans le pathos : voilà une magistrale leçon de vie ! Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Le piège ethnique - Benjamin Sehene, Liesel Couvreur-Schiffer : Rwandais contraint à l'exil depuis sa petite enfance parce que Tutsi, Benjamin Sehene revient dans son pays exactement trente ans plus tard en 1994. Ce retour a lieu à l'occasion d'un événement particulièrement tragique : le génocide qui a vu mourir un million de personnes en quelques semaines, sauvagement massacrées en raison de leur origine ethnique tutsi. L'auteur alterne analyses politiques et expériences personnelles dans un Rwanda se remettant difficilement de l'horreur et qu'il parcourt à la recherche de ses racines familiales. Beaucoup a été publié sur le Rwanda mais peu de livres ont été écrits par des Rwandais. A l'heure où la France commence à prendre conscience de sa responsabilité dans le drame qui a frappé le "Pays des Mille Collines", c'est un témoignage d'autant plus capital qu'il cherche à dépasser la profonde haine dressant l'une contre l'autre les deux communautés rwandaises. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> L'Inavouable : La France au Rwanda - Patrick de Saint-Exupéry : Au Rwanda, notre politique fut une réussite. Techniquement - je veux dire si l'on se débarrasse de ces concepts encombrants que sont le bien et le mal, l'humain et l'inhumain, l'acceptable et l'inadmissible -, nous fûmes au sommet. La mystification est une figure de la guerre. Nous la pratiquâmes avec une maîtrise qui glace le sang. Des soldats de notre pays ont formé, sur ordre, les tueurs du troisième génocide du XXe siècle. Nous leur avons donné des armes, une doctrine, un blanc-seing. J'ai découvert cette histoire malgré moi, dans les collines rwandaises. Il faisait chaud, c'était l'été. Il faisait beau, c'était magnifique. C'était le temps du génocide. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Le Génocide du Rwanda : L'Église et la Démocratie responsables - Bernard Lugan : En cent jours, des mois d'avril à juillet 1994, le génocide du Rwanda a fait entre 800 000 et 1 200 000 morts, en grande majorité tutsis. Par le poids de quel fardeau historique leurs assassins hutus étaient-ils écrasés, par quel danger primordial se sentaient-ils menacés dont ils crurent se libérer en dépeçant leurs voisins tutsis, en violant leurs femmes et en fracassant le crâne de leurs enfants ? La littérature affirme que ce génocide aurait été planifié. Le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda), qui juge ses " organisateurs ", n'a, en dépit des condamnations prononcées, rien établi de probant à ce sujet. Dans l'état actuel des connaissances, l'historien n'est pas davantage en mesure de démontrer qu'un groupe attendait dans l'ombre pour déclencher, au jour " J ", à l'heure " H ", un plan d'extermination. Mais le génocide des tutsis a pourtant eu lieu... Serions-nous alors en présence d'un mouvement de " folie " collective, ancré dans un lourd contentieux " ethnique ", amplifié par la situation de guerre que connaissait le pays depuis 1990 ? Peut-être. Mais ce génocide dont les origines seraient alors à rechercher dans l'histoire ancienne du Rwanda a aussi des causes contemporaines. C'est en effet au XXe siècle que la société rwandaise fut déstructurée : d'abord, par une évangélisation à la fois massive et superficielle, mais dans tous les cas éradicatrice de la morale traditionnelle et de ses interdits ; ensuite, par le placage d'idéologies et de principes politiques inadaptés, comme la démocratie universelle et le multipartisme. Au Rwanda, ce furent des facteurs de divisions, de confrontations et non de coagulation du corps social. Dans ce livre qui utilise largement les archives du TPIR, l'auteur renouvelle en profondeur tout ce qui, jusque-là, avait été écrit sur le génocide du Rwanda. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Souviens-toi Akeza ! - Reine-Marguerite Bayle : Un livre émouvant : deux récits accablants qui témoignent des souffrances endurées par des enfants, victimes du génocide rwandais. Akeza se souvient des atrocités qu'elle et les autres enfants ont vues lors du carnage. Quant à Habimana, il peut lui aussi témoigner, de son camp de réfugiés, des horreurs de la guerre et de l'exode. Dossier complémentaire de 23 pages: conséquences des guerres modernes sur les enfants, enfants-soldats, orphelins, etc. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Les Belges au Rwanda - Le Parcours de la honte. Commission Rwanda : quels enseignements ? - Jean-Claude Willame Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Une saison de machettes - Jean Hatzfeld : Dans cette grande enquête sous forme de récit, Hatzfeld analyse le processus du génocide. Ou comment de simples agriculteurs, placés dans une situation exceptionnelle et encadrés par les autorités locales, en sont venus à massacrer leurs voisins, sans état d’âme, par conformisme, mais avec le souci de bien faire le "travail", jusqu’au bout. "Tuer était moins échinant que cultiver", dit l’un. "Je tuais sans conséquences, je m’adaptais sans problème", se souvient un autre. À la fin du récit, les douze hommes acceptent de poser pour une photo, comme une bande de copains. Nulle trace de repentir dans leur discours, ni de mauvaise conscience. Récit d’une précision et d’une cruauté glaçante, Une saison de machettes est un ouvrage essentiel qui force le lecteur, frappé de stupeur, à garder les yeux ouverts pour regarder en face la banalité du mal. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Dans le nu de la vie - Jean Hatzfeld : Au cours de longs séjours dans une bourgade du Rwanda, Jean Hatzfeld a tissé des liens de confiance avec des rescapés Tutsis du génocide et les a convaincu de sortir de leur silence. Dans un langage simple, parfois poétique ou philosophique, ils ont accepté de raconter ce qu'ils ont vécus. Ces récits d'enfants, de femmes et d'hommes sont saisissants. Dans leur singularité, ils atteignent, à force d'authenticité, une portée universelle. On ne les oublie plus. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> J'ai serré la main du diable : La faillite de l'humanité au Rwanda - Roméo Dallaire, Brent Beardsley, Jean-Louis Morgan (Traduction) : Quand le général Roméo Dallaire a été appelé à assurer le commandement de la Force internationale de maintien de la paix des Nations unies au Rwanda, il croyait être dépêché en Afrique pour aider deux belligérants à trouver un terrain d'entente. Une fois au Rwanda, il découvrit une tout autre réalité. Pris entre une guerre civile sanglante et un génocide impitoyable, le général et ses hommes - une petite troupe - furent bientôt abandonnés, sans aucune ressource, par leurs patries respectives. Pour lutter contre la vague de tueries qui ravageaient ce pays, ils ne purent compter que sur leur propre générosité et sur leur courage personnel. En moins de cent jours, la guerre au Rwanda allait faire plus de 800 000 morts et au-delà de 3 millions de blessés et de réfugiés. C'est avec le poids de cette tragédie que le général Dallaire est rentré chez lui, au Canada, en septembre 1994, brisé et désillusionné. Il lui faudra sept ans avant de pouvoir commencer à écrire sur ce sujet. Dans J'ai serré la main du diable, il raconte l'enfer qu'il a vécu au Rwanda et il n'hésite pas à reconstituer les terribles événements auxquels la communauté internationale a tourné le dos. Son témoignage est un compte rendu sans concession de la faillite de l'humanité à mettre un terme à un génocide pourtant maintes fois dénoncé. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !


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