| Vouloir... |
Lundi 7 mai 2001
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Le commissaire chargé des réfugiés
auprès des Nations Unies, Ruud Lubers, en visite au Pakistan et
en Afghanistan, a appelé les belligérants à faire la paix, afin
d'enrayer la crise humanitaire qui frappe cruellement la population.
Deux millions d'afghans ont trouvé refuge, ces dernières années,
dans les pays voisins et ce sont aujourd'hui près de quatre millions
de personnes qui sont menacées par la sécheresse, la plus terrible
depuis des décennies. Malgré l'extrême gravité de la situation,
les Talibans et les combattants du Front Uni ont cependant refusé
la moindre trêve, rejetant la responsabilité des violences sur
leur adversaire. A présent, le sort des afghans est entièrement
entre les mains de la communauté internationale, dont on attend
qu'elle prenne à coeur de participer activement au règlement d'une
crise qu'elle a largement contribué à rendre telle qu'elle est...
Assurément, le peuple d'Afghanistan vit la plus horrible des tragédies
: proie misérable du régime le plus odieux de la terre, il est
totalement oublié par le reste du monde qui n'évoque son pitoyable
sort que pour mieux se déculpabiliser du rôle qu'il y a joué.
Il serait trop facile, en effet, de penser que les Talibans sont
des "fous de Dieu" qui sont arrivés au pouvoir par leur seule
force et auprès desquels la communauté internationale n'a point
d'influence. La réalité est beaucoup plus dérangeante que cela.
Tout d'abord, les Talibans sont rejetés par l'écrasante majorité
des pays musulmans et, s'ils justifient leurs innombrables massacres
en invoquant la "jihad", ce n'est que pour ajouter la perfidie
à la noirceur de leurs intentions : car ce n'est pas la religion
qui les préoccupe, mais la jouissance du pouvoir absolu, le génocide
des minorités et le ravalement de la femme au rang de bête. Ceux
qui les combattent ne valent pas beaucoup mieux, au vu de leur
palmarès en matière de violations des droits humains. De sorte
que ni les uns ni les autres ne peuvent se targuer de représenter
la population afghane, littéralement prise en otage sur son propre
sol.
Mais l'abjection ne s'arrête pas là. Contrairement à ce que l'on
pourrait croire, le conflit afghan n'est pas une guerre civile,
mais un conflit international où s'affrontent la Russie, l'Iran,
les Etats-Unis et le Pakistan. Les deux premiers soutiennent le
Front Uni, tandis que les deux autres supportent le régime des
Talibans plus ou moins ouvertement. C'est, bien entendu, un intérêt
stratégique qui a poussé les grandes puissances à vouloir imposer
leur joug aux afghans : d'après les déclarations mêmes d'un conseiller
de l'ancien président Jimmy Carter, la CIA y opérait bien avant
que la Russie ne se décide à l'envahir. Par la suite, l'agence
américaine n'a pas cessé de monter les Talibans en épingle et
d'en faire les tyrans qu'ils sont aujourd'hui. Pourquoi ? Tout
simplement parce que l'Afghanistan constituait un passage obligé
pour l'exportation des richesses de l'Asie centrale (pétrole et
gaz) sur lesquelles lorgnaient les compagnies américaines... Par
la suite, l'arrogance des Talibans à l'égard des américains et
l'hospitalité qu'ils accordèrent au milliardaire terroriste Ben
Laden ont contraint Washington à changer sa politique, le coeur
fendu.
Vraiment, la détresse du peuple afghan n'intéresse pas grand monde,
sinon les habituels défenseurs des droits humains. Mêmes les sanctions,
décidées récemment par le Conseil de Sécurité des Nations Unies,
visaient un objectif inavouable : favoriser un camp aux dépens
de l'autre et livrer, une fois encore, des millions d'individus
à la barbarie. Une autre voie est pourtant possible, si seulement
les nations voulaient bien s'intéresser enfin aux conditions de
vie des afghans et non à leur position stratégique. Nos deux belligérants
dépendent de pays étrangers pour se livrer bataille : mettons
donc un terme à toutes les livraisons d'armes, qu'elles viennent
des russes, des iraniens, des saoudiens ou des pakistanais ; créons
une commission internationale, dotée de véritables pouvoirs, pour
vérifier la bonne application de cet embargo ; exigeons des trois
gouvernements ayant reconnu le régime des Talibans qu'ils interrompent
toute relation avec eux ; puis imposons une présence internationale
sur le sol afghan afin de pourvoir aux besoins vitaux de la population.
Soutenons enfin les démocrates et rendons leur dignité aux habitants
de ce pays, qui était, autrefois, promis à un plus heureux avenir.
Un tel programme est parfaitement réalisable du point de vue matériel
: l'argent ne manque pas ! C'est la volonté qui fait défaut. Et
dans les hautes sphères du pouvoir, c'est fréquemment le défaut
lui-même qui commande au vouloir.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Sur les traces de Ben Laden : le jeu trouble des Américains - Mohamed Sifaoui : Plus de deux années après les attentats du 11 septembre 2001, Oussama Ben Laden est tantôt donné pour mort, tantôt pour blessé. Le chef d'Al-Qaida revient cycliquement sur la scène médiatique pour montrer que lui, son état-major et son organisation n'ont pas été sérieusement affectés par la lutte mondiale contre le terrorisme. Comment expliquer les échecs de la lutte antiterroriste lancée par les Américains, qui ne sont pas seulement dûs à la méconnaissance du phénomène islamiste? Cette enquête menée sur le terrain au Pakistan et en Afghanistan fait ressortir une série d'indices et de témoignages qui montrent que les stratèges de la Maison Blanche ont sciemment « retardé » la neutralisation d'Oussama Ben Laden. Celui-ci se cache depuis plusieurs mois au Waziristân, une zone tribale encerclée discrètement pour limiter les déplacements du chef d'Al-Qaida. Pourquoi? D'abord, la manipulation du danger islamiste est une sorte de culture chez l'administration américaine. Ensuite, parce qu'il fallait absolument renverser le régime irakien avant de neutraliser le chef d'Al-Qaida. Enfin, la décision de « reporter » l'arrestation de Ben Laden est due à des calculs électoralistes. En effet, le 2 novembre 2004 se dérouleront les présidentielles américaines : quoi de mieux que l'arrestation de Ben Laden, quelques semaines auparavant, pour assurer la réélection de Bush ?
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>> Opium, pétrole & islamisme. La triade du crime en Afghanistan - François Lafargue : La position géographique de l'Afghanistan au carrefour de trois grandes aires culturelles, turco-mongole, indienne et iranienne, explique les soubresauts de son histoire. Déchiré par deux décennies de conflits, ce pays ne peut néanmoins se résumer à la rhétorique des taliban et à la production de l'opium. Car désormais, l'Afghanistan constitue le verrou de l'Asie centrale, une voie de passage obligée afin d'acheminer les hydrocarbures de la région du Caucase, et plus particulièrement du Turkménistan vers les ports de l'océan Indien et de la Chine. Ces enjeux politiques et pétroliers nourrissent, en partie, le chaos actuel. Opium, Pétrole et Islamisme, tels sont les ingrédients des malheurs de l'Afghanistan.
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>> Le Bouclier américain - Noam Chomsky : Dans Le Bouclier américain, Noam Chomsky analyse le rôle des États-Unis dans l'un des domaines les plus cruciaux et les plus négligés de notre temps : les Droits de l'homme. Il considère le cinquième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme comme une porte ouverte sur « un monde meilleur », tout en critiquant la politique américaine pour le fossé qu'elle affiche entre sa théorie et sa pratique. Il met au jour les contradictions du pouvoir américain ainsi que les réels progrès accomplis par les peuples en lutte. sChomsky démontre, citations à l'appui, comment les gouvernements des États-Unis n'ont de cesse de violer la Déclaration universelle des droits de l'homme tout en l'utilisant comme arme contre leurs ennemis.
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>> Femmes afghanes - Nilab Mobarez, Olivier Weber : Les images de ce livre sont exceptionnelles et historiques. Ramenées clandestinement d'Afghanistan par les plus grands photoreporters, elles témoignent de la condition réservée aux femmes par le régime taliban. Au-delà des humiliations quotidiennes, dont le tchadri est le symbole, ces photographies témoignent d'une cruauté hors du commun. Elles rendent compte aussi de la lutte des femmes pour conserver une dignité : images d'espoir des écoles clandestines où les voiles se lèvent et où les sourires réapparaissent timidement. A travers les itinéraires croisés des grandes figures féminines de la résistance locale, le texte de Nilab Mobarez (chirurgienne afghane et humanitaire) et d'Olivier Weber (grand reporter au Point et écrivain) met en perspective le destin de ces femmes.
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