| « Etats parias » |
7 juin 2000 |
Bill Clinton et Vladimir Poutine ne sont pas parvenus à s’entendre sur les questions de désarmement lors du sommet russo-américain qui a eu lieu en début de semaine à Moscou. Les Etats-Unis souhaitent en effet remettre en cause le traité antimissiles (ABM) conclu avec l’URSS en 1972, pensant qu’il ne répond plus à leurs impératifs de sécurité nationale : ils envisagent de mettre en place un nouveau système de défense (NMD) adapté aux menaces en provenance d’états jugés agressifs. De leur côté, russes et européens sont opposés à ce projet, craignant qu’il ne soit le prétexte à une nouvelle course aux armements de la part de pays comme la Chine, l’Inde ou le Pakistan.
Les experts en matière de défense ne sont, de toutes façons, pas convaincus de l’efficacité du système NMD prôné par les Etats-Unis : certains n’y voient rien d’autre qu’un moyen supplémentaire d’enrichissement pour l’industrie d’armement américaine. Il convient donc de s’interroger avec objectivité sur les menaces réelles que peuvent légitimement craindre les américains et, partant, les autres grandes nations. Pour être précis, il s’agirait de l’utilisation d’armes de destruction massive par des pays comme l’Iran, l’Irak, la Libye et la Corée du Nord, que les américains regroupent sous le terme d’« états parias ». Mais à ce sujet, de l’aveu même des spécialistes des questions de sécurité, la menace terroriste paraît bien plus réaliste tant les frontières des pays développés sont perméables...
Cette remise en cause des équilibres stratégiques impliquée par le projet américain de bouclier antimissiles nous impose de faire de nouvelles prises de conscience, notamment en ce qui concerne les notions de « sécurité » et de « menaces ». Il est facile, en effet, d’accuser des états de menacer la paix mondiale quand soi-même on a contribué durant des décennies à sur-armer des dictatures et que l’on persévère aujourd’hui dans cette voie condamnable. Quel peut donc en être l’objectif sinon de chercher à focaliser l’opinion publique sur un ennemi extérieur afin d’en tirer un profit politique et financier ? Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à blâmer : la Chine, la Russie et l’Europe se partagent à égalité la responsabilité de cette dysharmonie mondiale par leurs choix politiques et économiques des précédentes décennies. Les pays que les maîtres du monde considèrent comme des fauteurs de troubles n’ont pas des régimes exécrables par hasard : nous sommes grandement responsables de leur succès par notre manque de fraternité.
Envisager la sécurité du monde - ou seulement la sienne - ne se fait pas en se cachant derrière un bouclier antimissile et, encore moins, en favorisant la diffusion de la violence sur toute la planète, tant par les ventes d’armes que par la propagation d’une culture de mort. Cela se fait en facilitant le contact entre les peuples afin de répondre à l’aspiration universelle des individus à la Paix. Soutenir les mouvements démocratiques au cœur des dictatures, défendre inlassablement les droits fondamentaux des personnes au-delà de toutes considérations politiques et économiques, œuvrer au bien-être des populations en partageant les fruits de la croissance, telles sont quelques mesures simples susceptibles de donner à l’humanité tout entière la chance de vivre enfin en paix avec elle-même. Ce n’est donc pas en diabolisant d’hypothétiques ennemis que nous y parviendrons mais en prenant conscience, avant tout, de nos propres inconséquences : vendre des armes, appauvrir un état ou tyranniser un peuple relèvent d’une même ignominie. Commençons donc par éliminer nos mauvaises tendances, nos « états parias » et, sans aucun doute, les ennemis de la Paix se noieront dans l’océan de la Fraternité.
Geoffroi |