| Punir ou responsabiliser ? |
7 mai 2000 |
Les responsables des administrations pénitentiaires européennes sont réunis cette semaine à Berlin pour évoquer la question de la surpopulation en milieu carcéral. C’est l’occasion pour le Comité pour la Prévention de la Torture et des Peines ou Traitements Inhumains ou Dégradants (CPT) de rappeler aux 41 états membres du Conseil de l’Europe les conditions souvent dramatiques dans lesquelles vivent les détenus.
Le travail du CPT consiste à protéger les prisonniers de façon préventive en effectuant des visites dans les centres de détention, hôpitaux psychiatriques, casernes, postes de police etc. Les experts indépendants du CPT -essentiellement des juristes et des médecins -réalisent alors une évaluation de la situation dans les établissements d’un pays membre du Conseil de l’Europe qui donnera lieu à un rapport confidentiel. Ainsi, les délégations du CPT se sont rendues dernièrement en République Tchétchène, au camp de Tchernokozovo, mais aussi en Turquie auprès d’Abdullah Ocalan.
Evidemment, il n’est nul besoin de se déplacer dans des régions où les violations des droits humains sont connues de tous pour constater l’inhumanité des conditions générales de vie des prisonniers à travers l’Europe (mais aussi, bien sûr, dans le reste du monde). Jusqu'à présent, nos sociétés développées ont refusé de se doter de moyens réalistes permettant de favoriser la réinsertion des détenus, notion que plus personne, sans doute, n’oserait pourtant contester aujourd’hui. Les faits sont là, terriblement concrets, qui montrent que nous ne savons ni ne voulons produire autre chose que des micro-sociétés carcérales qui restituent, en condensé, les obscurités du monde extérieur : délabrement des installations et insalubrité, surpopulation, exclusions, trafics, mafias, violences physiques et sexuelles...
En d’autres termes, les systèmes que nos sociétés ont mis en place pour assurer l’ordre et la sécurité de leurs membres sont en fait des accélérateurs de la délinquance : prétendre réinsérer des individus traités de façon aussi inhumaine est une simple absurdité. Une absurdité qui a fait sa demeure en nous et nous aveugle au point que nous ne savons plus faire la différence entre « responsabiliser » et « punir ». En effet, autant il est naturel de surveiller des personnes susceptibles de nuire à leurs semblables, autant il est irrationnel de chercher à les punir pour leurs erreurs et d’aggraver ainsi leur état physique, psychique et moral. Le devoir de la société qui consiste à aider les êtres à s’assumer et à vivre ensemble - donc à les rendre responsables d’eux-mêmes et d’autrui - ne peut se fonder sur autre chose que la compassion : si ce terme fait peur à beaucoup, c’est parce qu’il évoque une notion peu connue où se mêlent la subjectivité et les émotions. Si nous la voyons pour ce qu’elle est c’est-à-dire l’énergie qui permet de bâtir la fraternité, nous comprendrons qu’enfermer un être humain dans une cellule avec d’autres êtres aussi perdus que lui, c’est là aussi qu’est le crime.
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Médecin chef à la prison de la santé - Véronique Vasseur : A sa parution au début de l'année 2000, ce livre a été un coup de tonnerre, suscitant réactions et polémiques, dans l'administration pénitentiaire, le monde politique, les médias, l'opinion. Médecin de garde durant huit ans, puis médecin-chef dans cette prison située au coeur de Paris, Véronique Vasseur témoignait d'un quotidien hallucinant, parfois insoutenable : conditions sanitaires et médicales scandaleuses, mais aussi trafics, prostitution, tracasseries, délations, suicides, dans un entassement humain où le sans-papiers côtoie le VIP, où le petit délinquant vit avec le terroriste. Privés de liberté, les condamnés doivent-ils pour autant être soumis à des conditions de vie dégradantes, voire inhumaines ? C'est la question que ce témoignage, où le vécu et la réflexion se livrent sans fard et sans préjugé, posait - et pose encore - à une démocratie qui se voudrait moderne et respectueuse des droits de l'homme.
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>> Paroles de detenus - Jean-Pierre Gueno : Paroles de détenus est un groupement de texte traitant des conditions de vie dans le monde carcéral. Ce livre nous fait une peinture du monde dans lequel vivent les prisonniers et les moments de solitude et donc d'absences totales de relations humaines .Il montre comment un homme peut se détruire, peut devenir violent en prison. De rapports gênants en témoignages accablants, la question de la condition humaine en prison n’a jamais tant été d’actualité. Médecins, journalistes, photographes, anciens détenus, tous s’unissent pour dénoncer l’univers carcéral, cet espace de non-droit en marge du monde, aux frontières de la vie. Paroles de détenus offre une véritable occasion de comprendre ce que vivent les hommes enfermés.
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>> La peine et le pardon : 700 détenus prennent la parole - Jean-Pierre Vignaux, Jean Cachot, Hervé Renaudin
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