Le docteur Matthew Lukwiya est décédé hier à l’hôpital de Lacor, en Ouganda. Il était, encore tout récemment, à la tête de l’équipe médicale impliquée dans la lutte contre l’éruption de fièvre hémorragique, due au virus Ebola, survenue au mois de septembre. C’est sans doute en soignant l’une des infirmières de son hôpital qu’il a contracté la maladie qui devait l’emporter une semaine plus tard. Le docteur Lukwiya avait été le premier à identifier l’apparition soudaine d’Ebola dans sa région, évitant ainsi les ravages que l’épidémie aurait pu provoquer. Pour le moment, selon les chiffres officiels, environ 150 personnes sont décédées et la situation semble « sous le contrôle » des autorités sanitaires. Il n’existe aujourd’hui aucun traitement contre cette maladie causée par un virus dont la souche la plus agressive est mortelle dans 90 % des cas.
Des experts de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) reconnaissent eux-mêmes que le « filovirus » Ebola est encore très mal connu. On sait seulement qu’il se transmet par simple contact et s’attaque au système organique qu’il liquéfie en un temps record. Il est apparu la première fois en 1976, en Angleterre : l’employé d’un laboratoire s’était piqué avec une aiguille contaminée. Depuis, Ebola resurgit régulièrement en Afrique, sans que l’on sache pourquoi, puis disparaît comme il était venu. Pour ce qui est de ses origines, elles demeurent mystérieuses : certains scientifiques attribuent l’émergence d’Ebola et d’autres maladies comparables aux incursions de l’homme dans les forêts tropicales, d’autres y voient tout simplement l’imprudence de quelques apprentis-sorciers...
Le docteur Leonard Horowitz est un fervent partisan de cette deuxième thèse. Dans son livre intitulé « Emerging Viruses, AIDS & Ebola : Nature, Accident or Intentional ? », il enquête sur la collusion qui a pu exister, dans les années 60 à 70, entre l’armée américaine et l’industrie pharmaceutique dans le but de mettre au point un virus contre lequel il n’y aurait aucun moyen de se défendre. Selon lui, des virus semblables au HIV ou à Ebola auraient été créés en laboratoire. Une contamination aurait eu lieu lors d’expériences sur des vaccins contre la polio et l’hépatite B, entraînant, notamment, l’infection de certaines catégories de la population telle la communauté homosexuelle de New York. Mais le docteur Horowitz ne s’arrête pas là : documents à l’appui, il évoque une possible intention de la part du département de la défense des Etats-Unis d’avoir voulu pratiquer une politique malthusianiste. En d’autres termes, d’avoir cherché à concevoir une arme biologique susceptible de causer la mort de millions de personnes en vue de contrôler ni plus ni moins la population de la planète, spécialement du Tiers-Monde, à une époque où la crainte de l’expansion du communisme était le premier souci des militaires américains.
Evidemment, de nombreux scientifiques se sont élevés contre cette hypothèse considérée comme relevant de la paranoïa. D’après eux, la technologie permettant de créer un virus comme Ebola n’existait pas à l’époque où Horowitz prétend qu’il a été fabriqué. Tout ne serait donc que science-fiction et mise en parallèle artificielle de documents avec pour objectif une relecture de l’histoire visant à faire croire à une conspiration. Bref, une nouvelle atteinte à la réputation du monde scientifique dont celui-ci se serait bien passé et des points marqués par les opposants à toute forme de vaccination.
Le citoyen ordinaire se trouve, une fois de plus, pris entre deux feux. D’un côté, le poids écrasant d’une certaine science qui a pris l’habitude de bénéficier de l’admiration béate du public, de l’autre, des groupes de pression prompts à agiter des dangers apocalyptiques pour faire croire à leur conception du monde. Dans les deux cas, une volonté irrépressible de convaincre qui dissimule mal des arrière-pensées bien éloignées du respect des libertés individuelles. La leçon à tirer de tout ceci est peut-être que l’être humain a besoin de sérénité pour évoluer et pour comprendre. Si cette vertu est difficile à acquérir dans un monde aussi perturbé que le nôtre, c’est sans doute parce que l’intolérance est un virus très répandu dans l’air que nous respirons. Cette maladie a, heureusement, des chances de disparaître lorsque celui qui en est atteint entre en contact véritable avec autrui.
Geoffroi |