| Aimer ou errer |
6 septembre 2000 |
La Congrégation pour la Doctrine de la Foi vient de publier un document intitulé « Dominus Jesus » qui jette un énorme pavé dans la mare, déjà troublée, de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux. Sous la plume du cardinal Ratzinger, la foi catholique y apparaît comme étant « exclusive, universelle et absolue » : seule détentrice de la totalité des moyens de salut, la religion catholique serait donc supérieure à toutes les autres, reléguées dès lors au rang de simples croyances ou de sagesses de seconde zone...
En éditant un tel document, le Vatican entend réaffirmer sa primauté intégrale en matière de vie religieuse et spirituelle, espérant ainsi faire taire ceux qui estiment que les religions sont toutes autant respectables, le croyant étant seul maître des modalités de son union avec Dieu. En effet, malgré - ou à cause de ? - son impact sans équivalent sur un nombre immense d’êtres humains, le catholicisme se croit perpétuellement obligé de se prémunir contre la liberté de conscience au lieu de la favoriser. Ce faisant, l’Eglise montre le visage d’une institution contrainte à l’arrogance parce que profondément coupée de sa source : quel esprit cohérent pourrait bien admettre qu’une « Vérité absolue et définitive » - ainsi que la foi catholique se définit elle-même - puisse être aussi lamentable dans la pratique c’est-à-dire dans la mise en application de l’enseignement divin ?
Certes, la plupart des religions et bon nombre d’idéologies ont conduit leurs adeptes à commettre les plus grands crimes. Toutefois, l’orgueil à ce point exacerbé qu’il conduit à braver la raison ne peut manquer de faire réfléchir : personne ne peut ignorer que l’Eglise professe que Dieu est Amour et invite les êtres humains à s’aimer ; pourtant, il n’en est quasiment jamais question ni dans sa doctrine ni dans ses actions... C’est là un exemple rare d’incohérence dont les conséquences sont graves. Beaucoup d’individus penseront, en effet, que l’attitude de l’Eglise est conforme à l’Amour du prochain. Beaucoup d’autres, écœurés, concluront que la fraternité est une belle utopie. A avoir toujours voulu endiguer le fleuve divin de l’Amour inconditionnel de l’Autre, l’Eglise catholique n’a pu qu’exploser sous son ardeur. Heureusement, par-delà les traditions religieuses, il y a une multitude d’êtres dont les actes éveillent respectueusement la conscience de leurs semblables, montrant à l’évidence que vivre, c’est aimer ou errer.
Geoffroi |