| Notre Capital |
6 avril 2000 |
Une famine due à une sécheresse au moins équivalente à celle qui a frappé l’Ethiopie en 1984 menace aujourd’hui plusieurs millions de personnes. Déjà, un premier bilan fait état de 400 morts, principalement des enfants, dans le sud-est du pays. Save the Children et Oxfam America, deux organisations humanitaires oeuvrant en Ethiopie, ont lancé hier un appel à la communauté internationale : l’absence de pluie depuis maintenant trois années et l’extrême pauvreté des habitants sont les raisons de l’aggravation rapide de la situation. Les paysans qui vivent essentiellement de l’élevage ont vu mourir l’ensemble de leurs troupeaux qui leur fournissaient le lait et la viande. Quant aux agriculteurs, ils ont perdu la totalité de leur récolte. Des milliers de personnes sont déjà sur les routes, fuyant la famine et beaucoup d’enfants sont atteints de malaria, de diarrhée ou de rougeole...
Save the Children et Oxfam America demandent aux pays développés d’approvisionner au plus vite l’Ethiopie en eau et en nourriture. Par la suite, il faudra prévoir l’envoi d’outils, de semences et d’animaux pour permettre aux gens de rentrer chez eux lors des prochaines pluies. C’est donc une opération humanitaire de grande envergure qu’il faut mettre en place sans plus attendre, avant qu’il ne soit trop tard. La communauté internationale est au courant depuis des mois de la menace qui pèse sur 8 millions d’éthiopiens et, au-delà, sur toute la population de la Corne de l’Afrique : elle reste cependant assez indifférente au sort de ses frères et soeurs, oubliant que 800 000 d’entre eux sont déjà morts dans des circonstances analogues en 1984/85.
On ne le répétera jamais assez : un drame d’une telle ampleur doit favoriser une prise de conscience chez l’être humain. La plupart du temps, l’individu se sent impuissant face à ce genre de situation parce que son intérêt est ailleurs ; en d’autres termes, parce qu’il ne met pas toute son énergie dans cette bataille pour la vie. Notre raison de vivre, en effet, réside souvent dans la quête d’une forme de bonheur conditionné alors que la réalité nous appelle à découvrir une réalité plus simple, plus globale : nous avons besoin des autres, qu’ils soient proches ou lointains, noirs ou blancs ; travailler à ce qu’ils soient heureux est, ni plus ni moins, la garantie que nous le soyons aussi... Dès lors que nous avons compris cela, soutenir autrui dans sa détresse devient pour nous capital. Et c’est bien la réalité : l’autre est notre capital.
Geoffroi |