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Drame passionnel
Mardi 5 juin 2001


Au Népal, de violents affrontements entre policiers et manifestants ont salué le couronnement du roi Gyanendra, après le massacre de la famille royale qui a eu lieu vendredi dernier. Pour le moment, l'on sait très peu de choses sur la tuerie, présentée d'abord comme un accident dû à l'explosion d'une arme automatique. La population népalaise, fortement attachée à l'ancien roi Binendra - considéré par beaucoup comme la réincarnation du dieu Vishnu - est sous le choc et réclame la vérité. Le nouveau roi, frère du précédent, a eu beau promettre que toute la lumière serait faite sur ce drame, peu nombreux sont ceux qui lui font confiance, soupçonné qu'il est de vouloir revenir à un régime autoritaire, dans cette monarchie constitutionnelle où le multipartisme est en vigueur depuis 1990.

A l'heure actuelle, toutes sortes d'hypothèses circulent, les unes évoquant un conflit familial, les autres une conspiration. Les premières informations relatant la tragédie ont fait état d'une dispute autour du mariage du prince héritier, Dipendra, sa mère lui interdisant d'épouser sa fiancée, une Népalaise ayant du sang indien. Du coup, le jeune homme aurait ouvert le feu sur ses parents et les autres membres de sa famille, pour ensuite se donner la mort. Toutefois, la rapidité avec laquelle les corps ont été incinérés ainsi que l'absence du frère du roi lors du dîner fatal laissent aussi bien penser à un complot. De plus, on voit mal pourquoi le prince Dipendra aurait exterminé toute sa famille pour une querelle qui l'opposait à ses seuls parents... En d'autres termes, il y a peu de chances pour que la vérité sur cette affaire soit un jour divulguée, tant elle paraît receler de mystères.

En revanche, la leçon à tirer de ce désastre, qui plonge une nation de plus de 20 millions d'habitants dans l'instabilité politique, est assez claire : le rejet de l'autre en est, une fois encore, la cause. Quels que soient, en effet, les responsables réels du massacre, c'est bien parce qu'un sentiment anti-indien prévaut dans la population que le mariage du prince était jugé fort mal venu. Ainsi, alors que certains pensent qu'un "banal" drame passionnel est la cause du malheur de tout un peuple, il en est en fait le résultat, cruelle illustration de la maladie dont sont atteints les êtres humains, le manque d'Amour : cette carence qui explique aussi bien la pauvreté absolue dans laquelle vit l'immense majorité des habitants du Népal, la corruption du gouvernement et des institutions, les violations des droits humains perpétrées par l'armée, la police ou les rebelles maoïstes, que la condition terrible des femmes dans ce pays, à peine mieux traitées que des bêtes de somme... Encore et toujours cette insuffisance d'Amour des individus à l'égard de ceux qui sont jugés différents, pour une quelconque raison : un drame passionnel qui n'en finit pas de disloquer la famille humaine.

Geoffroi Contact


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