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Fleurs de Paix
5 février 2001


C’est demain que les électeurs israéliens décideront de l’avenir du processus de paix en plaçant à nouveau leur confiance entre les mains d’Ehud Barak ou bien en choisissant Ariel Sharon au poste de premier ministre. A l’heure actuelle, ce dernier cas semble, de loin, le plus probable, l’ancien général et ministre de la défense, responsable de l’invasion du Liban et des massacres de Sabra et Chatila, étant doté d’une avance de vingt points dans les plus récents sondages. Certes, si une majorité d’israéliens s’apprête à remettre les clés du pouvoir à un personnage aussi contestable, ce n’est certainement pas par fascination pour l’individu lui-même, mais plutôt par découragement face à une paix qui tarde à venir, malgré ce que beaucoup considèrent comme d’importantes concessions accordées par l’état d’Israël au peuple palestinien : une expression de mauvaise humeur et de fatalisme dont les conséquences risquent d’être désastreuses...

Depuis quelques temps, Ariel Sharon - lui qui avait promis de s’installer dans le quartier arabe de Jérusalem s’il était élu - ne parle plus que de paix. Il s’est même engagé à former un gouvernement d’union nationale, allant jusqu'à proposer à son rival le portefeuille de la défense et celui des affaires étrangères à Shimon Peres. C’est ce qui fait dire aux observateurs que sa marge de manœuvre sera, de toutes façons, extrêmement limitée : du coup, celui qui a toujours été un belliciste notoire, ayant accumulé une haine incommensurable contre lui, devient un personnage crédible. Et l’on se dit qu’après tout, il est certainement capable de ramener, au moins, un peu d’ordre et d’assurer la sécurité d’Israël à ses frontières... Mais c’est oublier bien rapidement qu’Ariel Sharon est responsable de l’acte de provocation ayant causé l’embrasement des territoires occupés, lorsqu’il se rendit au Mont du Temple en septembre dernier. Que la majorité du peuple israélien accepte de s’associer au destin d’un criminel ne pourra que générer davantage d’hostilité chez les palestiniens et dans l’ensemble du monde arabe.

On retiendra de ce moment crucial dans l’histoire des négociations israélo-palestiniennes à quel point la paix relève de l’engagement individuel et ne saurait, aujourd’hui, provenir des décisions prises au niveau des gouvernements. Les démocraties se rendent, en effet, inaptes à générer l’évolution profonde des sociétés parce qu’elles recherchent, avant tout, la croissance économique et, trop peu, le développement moral et humain. Cela est tellement vrai que la seule énonciation de cette vérité semble un pitoyable truisme. Mais si nous pouvons tolérer comme un fait banal une réalité aussi boiteuse et injuste, les sociétés en proie à une extrême violence ne le peuvent point. Et lorsqu’elles y consentent, comme il semble que cela soit le cas aujourd’hui en Israël, elles ne sont plus simplement les victimes de politiciens carriéristes ou d’élites corrompues, mais deviennent elles-mêmes les scénaristes de sombres tragédies. Il revient alors au reste de la population, pour qui la paix est d’abord une affaire de conscience et de cœur, de multiplier ses efforts d’éducation et de communication, et à ceux qui, comme nous, ont le bonheur de mener une vie paisible, de ne pas la laisser se flétrir.

Geoffroi Contact


Lectures conseillées :

>> Palestine - Israël. Approches historiques et politiques - Collectif , Samaha Khoury : Le destin de la Palestine est, depuis toujours, tragique. L'histoire de cette terre est celle d'incessants conflits. La violence qui s'y manifeste est probablement liée au fait religieux : sur une “Promesse divine” se sont greffées des réalités politiques. Tout cela engendre contestations et discordes, là où il faudrait une sage organisation, respectueuse des droits de tous, et des compromis à défaut de consensus. Il est difficile d'expliquer le conflit israélo-arabe sans recourir à l'histoire et sans revenir sur la fameuse “Promesse de Yahvé”, sur l'idéologie sioniste et le rêve de la “Terre Promise”, sur la déclaration de Balfour et enfin sur les décisions de l'ONU, surtout celle du partage de 1947, et leur nonapplication. Avec l'accord d'Oslo de 1993, la paix semblait pouvoir s'établir. Mais cet accord était-il véritablement l'œuvre commune de toutes les parties en présence ? La paix qui devait résulter de cet accord n'était-elle pas plutôt une fausse paix, annonciatrice de futures catastrophes ? Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Israël-palestine, des femmes contre la guerre - Collectif : « Qu’est devenue la voix des Israéliens en faveur de la paix ? » En moins d’un an d’Intifada et bien avant les attentats les plus sanglants en Israël, la majorité de la population israélienne, auparavant en faveur de la paix, en est venue à élire Sharon et à réclamer encore plus de répression contre les Palestiniens. Des femmes contre la guerre arrive à point pour répondre à cette importante question. L’on y mesure d’abord que, même s’il est faible, le mouvement pacifiste israélien existe et qu’il mène courageusement et sans répit des actions sur le terrain. Fer de lance du mouvement, des groupes de femmes dont on trouvera ici les motivations, les récits de leurs actions dans les territoires occupés et en Israël et leurs prises de positions conjointement à celles d’autres associations. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Israël, Palestine : La Vérité sur un conflit - Alain Gresh : Ce livre est né d'une indignation, mais aussi d'une volonté de comprendre, de faire comprendre. En quelques mois, tous les espoirs de paix au Proche-Orient, nés de la poignée de main historique entre Yasser Arafat et Itzhak Rabin en 1993, se sont effondrés. La seconde Intifada a exprimé les limites des accords signés. En France, cette révolte a suscité des solidarités souvent “communautaires”, de la part des juifs comme des Arabes. Faut-il se résigner à ces dérives ? N'existe-t-il pas un discours laïque susceptible de transcender ces divisions ? Alain Gresh est rédacteur en chef du Monde diplomatique et auteur de plusieurs ouvrages, dont avec Dominique Vidal, Les 100 portes du Proche-Orient (L'Atelier, 1996), et, avec Tariq Ramadan, L'Islam en question (Actes Sud, 2001). Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !



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