| Quand l'Amour disparaît... |
5 septembre 2000 |
Le ministre norvégien des cultes vient de confirmer la nomination de Jens Torstein Olsen à la charge de chapelain de Majorstua, une paroisse d’Oslo. Cela n’aurait rien d’exceptionnel si le pasteur Olsen n’était connu pour vivre avec un autre homme, ce qui, dans l’Eglise Luthérienne, lui interdisait jusqu'à présent d'accéder à ce type de fonction. La décision du ministre qui intervenait à la demande expresse de plusieurs évêques mécontents du choix du diocèse crée donc un précédent qui fait scandale dans les milieux traditionalistes.
On voit évidemment mal comment le ministre d’un pays attaché aux valeurs démocratiques comme la Norvège aurait pu se livrer à un exercice de discrimination en faisant obstacle à la promotion d’un individu sur la base de sa vie intime. Cette affaire met donc en lumière, une fois encore, les différences majeures qui peuvent surgir entre les tenants des droits humains et ceux qui se soucient d’abord de suivre leurs Ecritures Saintes à la lettre. On en vient rapidement, en effet, à l’affrontement de deux morales : l’une, fondée sur le respect de la liberté individuelle dès lors que l’exercice de celle-ci ne constitue pas un obstacle à celle d’autrui ; l’autre basée sur la subordination de l’individu à des principes appartenant à un ordre supérieur.
Les personnes relevant de cette deuxième catégorie ont souvent tendance à penser que le reste de la société vit en dehors de toute moralité et que seul l’attachement rigoureux aux anciennes valeurs permet de ne pas sombrer dans la décadence. L’on serait bien forcé de les croire si les aspects positifs de l'évolution de l’humanité étaient dus à leurs seuls efforts ! Malheureusement, il se trouve dans les rangs des conservateurs et de tous ceux que caractérise la fidélité excessive aux traditions autant de fauteurs de haine qu’ailleurs... Pour que l’humanité puisse espérer profiter des compétences de chacun, il faudra bien qu’un jour ses membres acceptent de souscrire à un même bouquet de libertés.
A l’origine, les religions sont bien placées pour indiquer aux êtres humains la voie du bonheur partagé. Mais la vénération pour les choses mortes passant fréquemment avant l’Amour sincère des êtres vivants et l’identité spirituelle des individus se basant davantage sur l’appartenance - autrement dit l’avoir - que sur le don de soi, le religieux emprunta souvent des impasses... Pourtant, la vie spirituelle appelle naturellement l’individu au renouveau, bref à la transformation : quoi de plus en prise avec la modernité ?! Si ceux qui s’attachent à des vertus antiques savaient combien ceux qui, en leur temps, en furent les promoteurs subirent de souffrances au nom de traditions encore plus ancestrales, ils comprendraient aussitôt l’importance de ne se fier qu’au seul instrument dont la mesure soit juste quelles que soient les époques : le cœur. Dès lors, ils sauraient qu’une tradition devient un archaïsme - que le souci du mieux-être de l’humanité impose de rejeter - lorsque l’Amour qui lui donna vie a disparu.
Geoffroi |