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Onze ans après...
5 juin 2000


Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, place Tiananmen à Pékin, les autorités chinoises réprimaient dans un bain de sang le plus vaste mouvement populaire en faveur de la démocratie que la Chine ait connu. Onze ans après, le gouvernement continue de censurer toute commémoration de cet événement : seules quelques dizaines de milliers de personnes ont pu manifester à Hong Kong contre la cruauté du communisme despotique.

La soif de démocratie exprimée par des millions de chinois lors des manifestations monstres qui eurent lieu au printemps 1989 remonte loin dans le passé. Ils y aspirent depuis bientôt un siècle et les tentatives permanentes d’étouffement de la part du régime communiste n’ont pu en venir à bout en cinquante ans. A l’origine, les manifestations de 1989 eurent lieu en réaction aux campagnes menées par le gouvernement afin de tuer dans l’œuf la « libéralisation bourgeoise » conduite par le secrétaire général du parti, Hu Yaobang. Après l’éviction de celui-ci et sa mort une semaine plus tard, les étudiants réunis massivement place Tiananmen manifestèrent leur désir de plus de libertés démocratiques et leur dégoût devant la corruption des dirigeants. Face à leur détermination et aux fractures au sein même du parti, les autorités imposèrent la loi martiale tandis que des milliers d’étudiants entamaient une grève de la faim. Mais l’armée ne put prendre position dans le centre de Pékin occupé par plus d’un million de ses habitants. C’est dans ce contexte que furent arrêtés des dizaines de milliers de chinois dans tout le pays - le mouvement ayant gagné aussi bien les ouvriers, les paysans que les intellectuels -et que les chars nettoyèrent la place Tiananmen, tuant des milliers de personnes rassemblées pacifiquement.

Aujourd’hui, alors que la Chine a commencé à s’ouvrir sur le plan économique et que les autorités répriment avec violence la moindre contestation, les démocrates chinois savent qu’il leur faut être patients. Certains intellectuels appellent de leurs vœux un processus graduel et non-violent visant à l’établissement du multipartisme, puis, à l’instauration d’une démocratie fondée sur le respect des droits humains et non plus la stricte disparition du parti communiste. Pour cela, il est nécessaire que la censure qui pèse sur les événements de 1989 soit levée, que les prisonniers d’opinion soient libérés et que justice soit rendue aux familles des victimes... Cela ne sera possible que si la communauté internationale pèse de tout son poids dans la balance afin que la Chine entame au plus vite les réformes politiques qu’elle ne pourra, de toutes façons, éviter. Encore faudrait-il que l’opinion publique occidentale soit capable de se mobiliser, onze ans après, en faveur d’un sort meilleur pour ses frères et sœurs chinois. L’un des étudiants de la place Tiananmen qui devait finalement tomber sous les balles des militaires écrivait ceci, peu de temps avant sa mort : « Chacun d’entre nous est responsable de l’avenir du pays. Même si je dois mourir en me battant contre la bureaucratie et la corruption afin que viennent la démocratie et la liberté, je n’aurais aucun regret ! » Puisse ce sens du sacrifice nous faire prendre conscience qu’au delà des frontières, nous sommes fraternellement responsables de l’avenir de nos semblables.

Geoffroi Contact


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