| La traite des femmes |
5 mai 2000 |
Actuellement, environ 300 000 femmes venant de l’Est se prostituent en Europe de l’Ouest. Dans la majorité des cas, ces femmes ont quitté leur pays (Albanie, Bosnie, Bulgarie, Roumanie, Ukraine...) en espérant trouver des conditions de vie meilleures dans des démocraties comme l’Allemagne, la France ou les Pays-Bas... De nombreuses filières parfaitement organisées proposent ainsi à ces jeunes filles de gagner beaucoup d’argent en passant à l’Ouest : elles ignorent la plupart du temps qu’il s’agira de prostitution. Lorsqu’elles arrivent dans le pays idyllique, synonyme de profit immédiat, elles découvrent que l’emploi annoncé n’existe pas et qu’elles ont contracté une énorme dette à l’égard du passeur. Violées et droguées, elles tombent rapidement dans l’engrenage de l’industrie du sexe qui ne tardera pas à les broyer : incroyablement vulnérables comme toute personne éloignée de son pays d’origine, elles deviennent de véritables esclaves dont le sort n’affecte guère nos démocraties qui retirent, évidemment, un bénéfice fabuleux de ce commerce.
Il existe en effet une effrayante hypocrisie qui consiste à établir une frontière entre la prostitution libre et la prostitution forcée, barrière qu’utilise les trafiquants de femmes et leurs soutiens au cœur des états pour tenter de faire admettre que le droit de vendre son corps fait partie des droits humains. De sorte qu’il apparaît comme acceptable pour beaucoup de gens de voir de très jeunes filles - parfois mineures - s’exposer dans les vitrines des quartiers chauds tels les poulets dans les rayons d’un hypermarché. Si elles déclarent tout d’abord exercer ce « métier » librement, c’est parce qu’elles sont sous l’emprise absolue de proxénètes qui détiennent leur passeport et détournent 80 % de leurs « revenus ». Mais, lorsqu’elles se sentent en sécurité, elles racontent toujours des histoires semblables : l’une a été vendue à des trafiquants albanais par son père, une autre était passée à l’Ouest pour se marier et s’est retrouvée dans un bordel, une autre encore projetait de subvenir ainsi aux besoins de sa famille restée à l’Est. Dans tous les cas, il s’agit de femmes ou de fillettes que la pauvreté a fait tomber entre les mains d’organisations criminelles qui blanchissent ainsi l’argent de la drogue et des divers trafics de cigarettes, de voitures volées, d’armes ou d’organes.
Pour que cesse cette traite des femmes, il importe qu’une prise de conscience ait lieu dans l’opinion afin d’éviter la banalisation de ce phénomène qui justifie le laxisme des pouvoirs publics en ce domaine : la prostitution ne saurait être dissociée de la violence à l’égard des femmes qui prévaut encore dans nos sociétés. Oui, de même que les violences domestiques sont monnaie courante en nos contrées, de même la prostitution féminine tend à être considérée comme un métier de plus en plus ordinaire. En effet, si la prostitution masculine rime, dans notre imaginaire social, avec la drogue et la pédophilie, la prostitution féminine est évocatrice de plaisir. Que la prostitution dite « forcée » soit donc dénoncée comme une violation des droits humains parmi les plus graves et, rapidement, la prostitution dite « libre » sera vue comme ce qu’elle est : une dégradation de la condition d’être humain qui nécessite notre engagement et notre compassion. Qui songerait en effet à réclamer le droit à la pauvreté ?
On ne saurait clore ce rapide tour d’horizon sur une question aussi douloureuse que l’est la traite des femmes sans parler de la responsabilité des consommateurs... D’après une étude citée par Madame Eriksson, de la Commission des Droits des Femmes au Parlement Européen, « 11 % des suédois, 36 % des espagnols et 66 % des hollandais ont rendu visite au moins une fois à une prostituée ». Ces chiffres montrent combien il est important de sensibiliser les hommes à cette forme moderne de l’esclavage par des campagnes d’éducation et de leur donner ainsi l’occasion de se mettre consciemment du côté des victimes en jouant un rôle actif. Alors, peut-être, émergera l’idée d’une humanité plus fraternelle dans laquelle le sexe ne s’achète pas.
Geoffroi
Lectures conseillées :
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