| Démocratie et Fraternité |
5 avril 2000 |
Le sommet du Caire qui réunissait les nations africaines et européennes vient de se terminer sans que des décisions spectaculaires aient été prises au sujet de la dette de l’Afrique. Toutefois, il semble que les deux continents aient accompli quelques pas allant dans le sens d’une meilleure compréhension mutuelle. A l’origine, les européens entendaient traiter essentiellement de questions politiques, à savoir de démocratie et de droits de l’homme : les africains, eux, ne voulaient pas que le chapitre économique soit passé sous silence, alors qu’une famine menace la vie de plusieurs millions de personnes dans la Corne de l’Afrique.
L’Allemagne et l’Espagne, après la France, ont donc annoncé leur intention de réduire la dette des pays d’Afrique de plusieurs centaines de millions de dollars. Cependant, les occidentaux ont du mal à s’habituer à l’idée qu’ils ne sont pas en mesure de parler de démocratie à des nations qu’ils ont contribué à appauvrir et asservir... Le colonel Kadhafi n’a d'ailleurs pas pu s’empêcher de vitupérer contre le Portugal et la France, rappelant leur passé colonial tout en déclarant que « l’Afrique n’avait pas besoin de démocratie ».
Bien entendu, le dirigeant libyen est fort mal placé pour donner des leçons en matière de droits humains. Mais comment les africains pourraient-ils adopter d’emblée la vision européenne de la politique alors que l’histoire récente a démontré l’incohérence de l’Europe en matière de droits de l’homme quand il ne s’agit pas, tout simplement, d’une profonde immoralité ? Il est clair, en effet, que l’on ne peut dissocier les notions de démocratie et de fraternité : que la communauté internationale invite des dictateurs à prendre en compte les droits humains alors qu’elle-même ne réagit à la famine en Ethiopie que lorsqu'elle commence à voir des « squelettes à la télévision » - propos du ministre des affaires étrangères éthiopien - est dénué de sens. Ici comme ailleurs, seul l’exemple peut avoir valeur d’enseignement pour autrui et exhorter au changement. Aujourd’hui, ce n’est pas de l’Europe que provient le bon exemple mais de l’Afrique elle-même : le roi du Maroc a annoncé que son pays annulait complètement la dette des pays africains les plus pauvres. La démocratie comme la fraternité sont affaires d’actes, pas de mots.
Geoffroi |