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Epanouissement...
4 et dimanche 5 novembre 2000


En Italie, le gouvernement vient d’autoriser la commercialisation de la « pilule du lendemain » dans les pharmacies. Aussitôt, le Vatican a demandé aux médecins, pharmaciens et personnel de santé de refuser de prescrire ou de vendre ce moyen contraceptif d’urgence au nom de ce qu’il appelle « l’objection de conscience morale ». Utilisée dans certains pays européens depuis de nombreuses années, la pilule du lendemain peut favoriser une baisse du taux des avortements en permettant d’éviter les grossesses non désirées, notamment chez les jeunes. Elle est aussi mondialement préconisée en cas de viol. Certaines voix se font pourtant entendre qui craignent que sa « vulgarisation » - par exemple, en autorisant leur distribution par les infirmières des lycées et collèges - n’encourage l’irresponsabilité sexuelle...

Dans ce genre de débat de société, il convient, tout d’abord, de dénoncer les positions extrémistes : quelles que soient les opinions qu’elles avancent, elles se fondent invariablement sur une même absence de respect d’autrui, de sa liberté et de ses droits. En ce domaine, le Vatican s’est dramatiquement illustré en tentant d’empêcher l’ONU de distribuer cette pilule aux femmes et fillettes bosniaques, systématiquement violées dans les camps de réfugiés. De plus, l’Eglise catholique, en faisant passer ce moyen « contragestif » pour un avortement chimique, abuse de son autorité morale et démontre, une fois encore, qu’elle est incapable d’apporter une réponse compatissante aux problèmes des sociétés modernes. A l’inverse, toute forme de pression sociale visant à déresponsabiliser les individus, en faisant d’eux les esclaves de la contraception chimique au nom de la glorification du plaisir personnel, constitue une semblable imposture. En d’autres termes, vouloir protéger « un être à venir » au risque de porter un grave préjudice à un « être présent » est aussi lamentable que de réduire la dimension de cet être existant à l’assouvissement de ses « besoins mécaniques ».

Si le nombre d’avortements est si important dans nos sociétés, c’est, avant tout, l’expression d’un monde où les droits des personnes ne sont pas respectés et, spécialement, ceux des femmes. La vie sexuelle ne peut être restreinte ni à la procréation ni à la recherche du plaisir pour soi : elle est une union qui dépasse, à l’évidence, son seul aspect physique et, à ce titre, doit être vue comme un échange « de haute valeur » entre deux êtres, un partage qui nécessite un authentique don de soi. Il n’y a pas besoin d’être doté d’une moralité particulière pour comprendre que la vie sexuelle - comme la vie tout court - nécessite un véritable respect de soi-même rigoureusement indissociable du respect d’autrui. Tous les conformismes sociaux qui mettent en avant des comportements où n’est assouvie qu’une infime partie des besoins de l’être, constituent autant d’asservissements c’est-à-dire d’atteintes à son pouvoir créateur, bref, de possibles violations de ses droits. De nos jours, alors que la science met à notre disposition des moyens susceptibles de modifier considérablement les comportements, il importe au plus haut point d’attirer l’attention sur l’indispensable développement de la conscience individuelle : celle-ci devrait faire l’objet de toutes les attentions dès les premiers temps de l’éducation. Cela participerait à l’édification de sociétés composées d’êtres matures, aussi soucieux de leur propre épanouissement libre et harmonieux que de celui de leur alter ego. Et nous en finirions alors avec les dogmatismes inhumains et les conditionnements infantilisants. La frontière qui sépare encore le plaisir de créer et la création du plaisir disparaîtrait enfin par le miracle de l’union vécue dans une sincère compréhension mutuelle.

Geoffroi Contact


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