| Plus appauvri que l'uranium... |
4 septembre 2000 |
Le professeur Durakovic, ancien expert au Pentagone, a provoqué une polémique lors d’un congrès de médecine nucléaire se déroulant à Paris : il a révélé que des doses importantes d’uranium appauvri (UA) étaient encore présentes dans les urines et les tissus de ses patients, tous anciens combattants de la guerre du Golfe. Cette déclaration remet sur le devant de la scène la question de l’utilisation de matériaux radioactifs dans les armes modernes dont la haute toxicité serait à l’origine du « syndrome du Golfe » qui touche aujourd’hui 100 000 vétérans américains, sans parler de la forte élévation du taux de leucémies chez les enfants irakiens et de cancers...
L’armée américaine a, bien évidemment, toujours préféré attribuer les troubles graves affectant ses soldats aux armes chimiques et biologiques irakiennes, tout en reconnaissant dans ses rapports confidentiels les grands dangers de l’utilisation de l’UA. En effet, employé essentiellement pour fabriquer des munitions perforantes du fait de sa très haute densité, l’UA présente l’intérêt d’être un déchet issu de la production d’uranium enrichi dans l’industrie nucléaire, ce qui rend son coût quasiment nul. Lors de l’impact, une partie de l’obus se vaporise et les particules d’uranium se répandent alors aux alentours de la cible. Elles peuvent même être transportées par les vents à des dizaines de kilomètres. Cancers, maladies respiratoires, troubles nerveux, malformations congénitales sont au nombre des pathologies provoquées par la présence d’UA dans le corps humain.
Après la guerre du Golfe, il y a eu suffisamment d’études et de communications scientifiques -notamment des rapports secrets - démontrant les dangers de l’UA pour l’être humain et l’environnement, de sorte que son usage dans l’armée moderne aurait dû être considéré comme une folie par n’importe quel individu normalement constitué. Cela n’a pourtant pas empêché l’OTAN d’utiliser l’UA lors du conflit yougoslave, notamment dans des zones urbaines, quitte à contaminer irrémédiablement des civils, y compris parmi la population à défendre c’est-à-dire les albanais du Kosovo. Nous en venons donc à une situation parfaitement irrationnelle où des états utilisent des armes qui se retournent contre leurs soldats et des milliers de civils innocents, allant jusqu'à couvrir d’un voile obscure l’avenir de leurs descendants... Dans une logique guerrière - parfaitement immorale - le principe qui consiste à ne punir et ne détruire que l’ennemi est violé et le fameux objectif du « zero killed », ou la théorie de la guerre propre, est à ranger définitivement au placard des hallucinations que les médias destinent à l’aveuglement du grand public.
Plus encore, dans la logique humaniste - la seule qui nous intéresse - la question de l’utilisation de l’UA dans l’armement vient éclairer avec précision le gouffre insondable de la bêtise et de l’irresponsabilité humaines : les armées de nations dites « civilisées » utilisant des armes qui se retournent contre elles, quelle ironie ! Et tous ces bien-pensants de l’industrie de l’armement qui nous affirment que leur première préoccupation est de garantir la paix ! Mais combien de fléaux faudra-t-il encore endurer pour que les arguments honteux de ces fauteurs de haine révèlent leur vacuité et leur iniquité ? La vérité de tout ceci est qu’il y a plus appauvri que l’uranium : l’âme humaine lorsqu’elle ne respecte plus le caractère sacré de toute vie. De sorte qu’il y a des cerveaux pour considérer des guerres « justes » et des armes « conventionnelles » alors que la guerre est une maladie et les armes des anomalies. Allons, cessons donc de déléguer la responsabilité de la paix et de la sécurité du monde à des profiteurs et des paranoïaques alors que tout nous indique que ces richesses inestimables ne dépendent plus, aujourd’hui, que de l’Amour de chacun d’entre nous pour la Vie.
Geoffroi |