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Le Cycle de la violence
4 juillet 2000


Des centaines de personnes ont été tuées, ces derniers jours, lors des affrontements qui opposent les communautés chrétienne et musulmane dans les îles Moluques, en Indonésie. Depuis un an et demi, ce sont plus de 500 000 habitants qui ont dû fuir les régions de conflits alors que les bandes sont de mieux en mieux armées de part et d’autre. Des militaires commencent même à déserter leurs rangs pour apporter un soutien actif aux membres de leur propre communauté. Dernièrement, une milice islamiste venue de Java a relancé la violence en organisant des actes de provocation, détruisant des villages chrétiens et incendiant des églises, ce qui a poussé le gouvernement du président Wahid a décréter l’état d’urgence.

Bien évidemment, il est particulièrement crucial qu’un corridor humanitaire soit ouvert afin que les ONG puissent apporter de l’aide aux populations victimes du conflit. Par ailleurs, il est essentiel que le gouvernement indonésien se donne les moyens de rétablir la justice dans la région en arrêtant les fauteurs de troubles - quelle que soit leur appartenance - et en respectant la plus totale neutralité : cela est malheureusement loin d’être le cas, d’autant que la déclaration de l’état d’urgence crée des conditions propices à des violations répétées des droits humains de la part de certains militaires. Actuellement, chaque communauté est responsable de nombreux massacres effectués en représailles contre de précédentes effusions de sang, de sorte qu’un véritable cycle de la violence s’est mis en route, qu’il sera difficile de stopper.

C’est précisément le rôle d’un gouvernement d’intervenir pour mettre fin à la « mécanique » de la violence lorsque des groupes humains se sont rendus prisonniers de la haine. Encore faut-il pour cela qu’il ne soit pas lui-même responsable des injustices sociales qui sont souvent à l’origine des conflits ethniques ou religieux. C’est aussi le rôle de la communauté internationale de participer à briser ce cercle de la vengeance : encore faut-il qu’elle ne soit pas impliquée dans ces atrocités, soit parce qu’elle vend des armes aux belligérants, soit parce qu’elle a quelques intérêts économiques dans la région... Autrement dit, lorsque des populations sont ainsi livrées à la souffrance, c’est que le cycle de la violence est alimenté par de nombreux agents dont les plus visibles ne sont pas forcément les seuls coupables. Malheureusement, il arrive que le simple citoyen d’un pays éloigné se trouve impliqué sans le savoir dans ce tourbillon de mort : en achetant des produits fabriqués par des enfants ou des esclaves, en travaillant pour une entreprise aux pratiques scandaleuses, en soutenant des hommes politiques peu soucieux de droits humains... Les exemples sont légions.

A de nombreux moments de notre vie, nous posons des actes dont nous ne connaissons pas nécessairement les conséquences parce que nous ne sommes pas informés. Nous participons ainsi à alimenter ce cycle de la violence d’une façon totalement involontaire mais qui va cependant à l’encontre de nos convictions. Alors, c’est peut-être le moment d’être exigeants et de le faire savoir à tous ceux qui nous sollicitent en permanence, abreuvant d’illusions et de promesses le consommateur et le citoyen que nous sommes. Oui, c’est le moment de montrer que nous ne nous laisserons pas conduire n’importe où !

Geoffroi Contact


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