| Des énergies autres |
Samedi 3 novembre 2001 |
Au mois de juillet dernier, Oussama Ben Laden aurait rencontré un agent de la CIA alors qu'il se trouvait à l'hôpital de Dubaï pour y subir une intervention chirurgicale. C'est ce que révélait récemment le quotidien Le Figaro, ajoutant que les services secrets américains auraient été informés d'éventuelles attaques sur le sol même des Etats-Unis. Cette information, si elle est authentique, éclaire d'un jour nouveau le comportement de la CIA lors des événements du 11 septembre. Son impuissance à déjouer les attentats relèverait-elle seulement de l'incompétence ou bien devons-nous y voir de la perfidie ? Quoi qu'il en soit, il ne fait aucun doute qu'au sein de l'élite au pouvoir à Washington, certains attendaient avec impatience une occasion de soumettre l'Afghanistan. Le désastre du World Trade Center les comble au-delà de toute espérance...
Il est aujourd'hui de notoriété publique que Ben Laden est une créature de la CIA et que les réseaux fondamentalistes internationaux doivent beaucoup à la centrale américaine. De même, l'on sait l'intérêt que le gouvernement américain porte à l'Afghanistan à cause de sa position stratégique pour l'exploitation des ressources naturelles (pétrole et gaz) de la région. Ce que l'on connaît moins, en revanche, c'est à quel point il est urgent et vital pour les Etats-Unis de s'approprier les dites ressources. Une nécessité à côté de laquelle la vie de millions de civils afghans et de quelques milliers de citoyens américains est bien peu de chose. En effet, il est un secret de polichinelle que les autorités de Washington ne peuvent désormais plus dissimuler à leur population : l'épuisement des réserves de pétrole de la planète. Un tarissement progressif qui devrait intervenir d'ici cinq à dix ans, selon certains scientifiques américains et dont les conséquences sont quasiment incalculables.
Oui, dès lors que l'industrie pétrolière se trouvera dans l'incapacité de répondre à la demande globale, il en résultera tout simplement l'effondrement des économies qui toutes dépendent étroitement de cette énergie à laquelle il n'existe pas actuellement de substitut présentant des avantages équivalents (variété d'usages, transportabilité, coût etc.). On peut facilement imaginer les principales conséquences d'un manque de pétrole frappant les industries et les transports : ce serait la diminution des échanges commerciaux, de la production agroalimentaire (intimement liée aux fertilisants issus du pétrole), de centaines de milliers de biens de consommation eux aussi dérivés de l'industrie pétrochimique... Bref, le ralentissement de toutes les activités aggravé par une inflation qui dépassera, sans nul doute, celle du précédent choc de 1973. Quant aux énergies de remplacement, elles existent mais ne sont pas disponibles en suffisance actuellement et il faudra du temps pour y adapter les usines, appareils et engins utilisés aujourd'hui : des milliers d'avions, des dizaines de milliers de bateaux, des centaines de millions de véhicules...
En d'autres termes - et sans pour autant verser dans un scénario apocalyptique - c'est tout un mode de vie qui est voué rapidement à la disparition : non seulement "l'American way of life" sur lequel se calquent les Occidentaux, mais plus largement, le modèle d'économie de marché auquel nous sacrifions les valeurs humaines les plus fondamentales. Bien entendu, l'administration américaine ne l'entend pas de cette oreille. Certes, elle ne boit plus aussi avidement les discours des économistes qui lui affirmaient que les ressources en énergie étaient inépuisables ou que le génie humain trouverait toujours une solution, stimulé qu'il est par la loi du marché. Mais l'élite dirigeante des Etats-Unis ne souhaite en rien modifier ses habitudes : il lui faut du pétrole, elle le trouvera ! C'est, déclare-t-elle, une véritable question de sécurité nationale. Et c'est pourquoi le gouvernement américain s'engage ainsi dans un conflit qui n'est rien d'autre qu'une guerre pour l'appropriation des ressources naturelles.
Or, si les Etats-Unis dépendent de l'extérieur pour près de 60 % de leurs besoins en énergie, ils ne sont bien sûr pas les seuls à s'inquiéter pour le futur proche. C'est également le cas de la Russie, de la Chine ou de l'Inde, nations qui toutes encerclent dangereusement l'Afghanistan et les pays d'Asie Centrale aux très riches sous-sols que sont le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan etc. Nous voilà donc dans une configuration où l'affrontement semble, à terme, inévitable. Pour le moment, le gouvernement américain se réjouit de son initiative qui, pense-t-il, va lui garantir son avenir énergétique. Mais il se trouve que la Russie et la Chine ont passé des accords de façon à s'assurer la maîtrise des richesses de la Mer Caspienne et que leur objectif est, ce faisant, de porter un rude coup à l'hégémonie américaine. Et si, actuellement, chacun se fait "les yeux doux", ce n'en est que plus inquiétant pour la suite... Enfin, le tableau ne serait pas complet si l'on omettait de préciser que les réserves de pétrole sont, pour l'essentiel, entre les mains de pays musulmans qui devraient contrôler, en 2010, environ 95 % des exportations mondiales.
On l'aura compris, au nom de la croissance et du confort matériel
d'un petit nombre de privilégiés, les grandes puissances nous
préparent un douloureux avenir fait d'affrontements sanglants,
d'atteintes aux droits humains de centaines de millions d'hommes
et de femmes, de menaces biologique et nucléaire, le tout sur
fond de pseudo-conflits de civilisations et de régression socio-économique.
Tout cela pour quoi ? Pour cet "or noir" qui régit nos existences
et tient sous le joug notre désir de fraternité. Une énergie,
en somme, aussi peu renouvelable que ceux qui l'exploitent à leur
profit. Comment ignorer plus longtemps cet enseignement symbolique
que nous livre la nature elle-même ? Allons-nous finir par comprendre
que seul perdure ce qui a la capacité de se renouveler ? Aurons-nous
assez de volonté pour nous ouvrir, sur tous les plans, à de nouvelles
créations, à des énergies autres ?
Geoffroi
Lectures conseillées :
>> Sur les traces de Ben Laden : le jeu trouble des Américains - Mohamed Sifaoui : Plus de deux années après les attentats du 11 septembre 2001, Oussama Ben Laden est tantôt donné pour mort, tantôt pour blessé. Le chef d'Al-Qaida revient cycliquement sur la scène médiatique pour montrer que lui, son état-major et son organisation n'ont pas été sérieusement affectés par la lutte mondiale contre le terrorisme. Comment expliquer les échecs de la lutte antiterroriste lancée par les Américains, qui ne sont pas seulement dûs à la méconnaissance du phénomène islamiste? Cette enquête menée sur le terrain au Pakistan et en Afghanistan fait ressortir une série d'indices et de témoignages qui montrent que les stratèges de la Maison Blanche ont sciemment « retardé » la neutralisation d'Oussama Ben Laden. Celui-ci se cache depuis plusieurs mois au Waziristân, une zone tribale encerclée discrètement pour limiter les déplacements du chef d'Al-Qaida. Pourquoi? D'abord, la manipulation du danger islamiste est une sorte de culture chez l'administration américaine. Ensuite, parce qu'il fallait absolument renverser le régime irakien avant de neutraliser le chef d'Al-Qaida. Enfin, la décision de « reporter » l'arrestation de Ben Laden est due à des calculs électoralistes. En effet, le 2 novembre 2004 se dérouleront les présidentielles américaines : quoi de mieux que l'arrestation de Ben Laden, quelques semaines auparavant, pour assurer la réélection de Bush ?
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>> Ben Laden : La vérité interdite - Jean-Charles Brisard, Guillaume Dasquié : La monarchie saoudienne s'est longtemps livrée à un double jeu sur l'échiquier international. Dans ses immenses réseaux politiques et financiers ont lieu les rencontres les plus inattendues entre fanatiques de l'islam et banquiers respectables, grands pétroliers américains et lobbyistes pro-taliban, membres du clan Bush et mécènes du terrorisme... Cette enquête révèle la longue histoire de ces liaisons dangereuses qui s'achèvent avec les attentats du 11 septembre 2001.
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>> Opium, pétrole & islamisme. La triade du crime en Afghanistan - François Lafargue : La position géographique de l'Afghanistan au carrefour de trois grandes aires culturelles, turco-mongole, indienne et iranienne, explique les soubresauts de son histoire. Déchiré par deux décennies de conflits, ce pays ne peut néanmoins se résumer à la rhétorique des taliban et à la production de l'opium. Car désormais, l'Afghanistan constitue le verrou de l'Asie centrale, une voie de passage obligée afin d'acheminer les hydrocarbures de la région du Caucase, et plus particulièrement du Turkménistan vers les ports de l'océan Indien et de la Chine. Ces enjeux politiques et pétroliers nourrissent, en partie, le chaos actuel. Opium, Pétrole et Islamisme, tels sont les ingrédients des malheurs de l'Afghanistan.
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>> L'Islam mondialisé - Olivier Roy : Olivier Roy, grand spécialiste de l'Afghanistan ainsi que des conflits arabo-musulmans livre un essai éclairant la véritable position de l'islam aujourd'hui et l'influence trop souvent éludée de l'Occident sur les mouvements néo-fondamentalistes. Il démontre que "la radicalisation islamique vient d'Occident". Magistralement, il dévoile les crises du monde musulman qui, asphyxié de l'intérieur, se recompose de l'extérieur en intégrant des schèmas de pensée occidentaux. Il nous présente un islam en pleine mutation, dont les pratiquants affirment de plus en plus une individualisation de leur rapport à la foi et un refus des hiérarchies traditionnelles.
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