| Des investissements équilibrés |
Mardi 3 juillet 2001 |
Le nouveau plan de restrictions économiques contre l'Irak, présenté par les Etats-Unis et la Grande Bretagne et connu sous le nom de "smart sanctions", a été provisoirement mis de côté par le Conseil de Sécurité des Nations Unies : la Russie menaçait, en effet, d'y opposer son veto, ce qui aurait provoqué une crise que les grandes puissances veulent à tout prix éviter. Il a donc été décidé de prolonger le programme d'assistance à l'Irak, qui consiste en l'échange de nourriture contre du pétrole, en attendant que les quinze membres du conseil parviennent à élaborer une position commune face à Saddam Hussein, lequel ressort renforcé par les errements de l'administration américaine.
De là à conclure que les autorités de Moscou sont motivées par des préoccupations humanitaires à l'égard du peuple irakien, il y a là un fossé que la lucidité empêche rigoureusement de franchir : la Russie, tout comme les autres nations, ne recherche que son intérêt pétrolier et si elle semble tirer son épingle du jeu, c'est sans doute parce que son gouvernement est moins divisé sur la question que ne l'est l'équipe de George Bush. Quoi qu'il en soit, le plan américano-britannique, qui consistait en un allégement des sanctions frappant la population et un durcissement du contrôle sur les ventes d'armes, a de fortes chances de tomber dans les oubliettes : il est à la fois quasiment impossible à mettre en place et impopulaire au sein des pays arabes qui ont besoin de commercer avec l'Irak voisin pour subsister. De plus, la sympathie grandissante pour Saddam Hussein et le mécontentement devant l'arrogance des Etats-Unis dans la région font ainsi que le gouvernement américain va devoir repenser sa stratégie à l'égard de celui qu'il considère comme une "menace pour la paix mondiale"...
Voilà donc la communauté internationale à nouveau aux prises avec le problème récurrent d'une population dont elle a aggravé la misère pour débarquer vainement un tyran à la longévité inattendue. A présent, le coeur et la raison imposent de permettre à l'Irak d'entamer au plus vite son redressement économique : à la fois dans le simple but d'améliorer les conditions de vie de millions d'hommes et de femmes, mais aussi afin de forcer progressivement le régime à rendre des comptes de sa politique au lieu de lui donner le loisir d'attribuer la détresse de son peuple à la cruauté de l'Occident. Il serait temps que les dirigeants des pays développés tirent les leçons de leurs égarements, à travers des exemples aussi différents que celui de l'Irak ou de la Chine : plonger, en effet, des millions d'êtres humains dans le dénuement en laminant méticuleusement l'économie d'une nation ou, au contraire, faciliter l'enrichissement d'une dictature en pratiquant un libéralisme sauvagement complaisant, constituent des fautes tout aussi funestes.
L'erreur provient de ce que les élites ont du mal à intégrer l'idée qu'il soit possible d'investir autrement qu'en s'efforçant de remporter de juteux contrats. La sécurité d'une région et, plus largement, la paix mondiale nécessitent des investissements considérables sur le plan financier : engager des capitaux dans ces domaines vitaux que sont les droits humains, l'éducation et la santé, telles sont les vraies garanties de la stabilité. Si le monde vit, aujourd'hui, sous la menace d'armes de destruction massive, on ne peut en attribuer la faute à quelque despote atteint de démence, mais à un déséquilibre général, reflet de la dysharmonie qui sévit dans les esprits d'un trop grand nombre de nos dirigeants. A l'heure où il n'est plus question, dans les hautes sphères, que du concept de "développement durable", il est nécessaire que les gouvernants - au-delà de toute idéologie - ouvrent leur intellect à une nouvelle notion : celle "d'investissements équilibrés"...
Geoffroi 
Lectures conseillées :
>> Irak, la faute - Alain Michel, Fabien Voyer, Alain Gresh (Préface) : Déjà 1 400 000 victimes. L'UNICEF compte un demi-million d'enfants de moins de cinq ans morts depuis 1991 des conséquences de l'embargo. Comment veut-on construire la paix au Moyen-Orient en étouffant un peuple ? Pourquoi ignore-t-on la souffrance des enfants irakiens ?
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>> Irak, ce que Bush ne dit pas - Jean-Marie Benjamin : Ce que Bush ne dit pas est le fruit d'une aventure vécue sur le terrain, un journal de cinq années de voyages, de reportages et d'enquêtes au cœur de l'Irak d'Abraham et de Saddam Hussein. Jean-Marie Benjamin raconte l'agonie d'un peuple frappé par douze années d'embargo, démontre les effets dévastateurs de la contamination radioactive des armes à l'uranium appauvri utilisées pendant la guerre du Golfe et révèle l'existence de documents du Pentagone et du département d'Etat américain cachés à l'opinion publique.
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>> L'Irak assiégé : Les Conséquences mortelles de la guerre et des sanctions - Collectif , Anthony Arnove (Sous la direction de), Paul Delifer (Traduction) : « Peut-on, pour abattre un dictateur, mener une politique criminelle ? » - Alain Gresh, Le Monde diplomatique. Voici un corpus de documents brillamment rassemblés, comportant des preuves accablantes et irréfutables des horreurs que les sanctions et la guerre apportent à la population, en particulier aux enfants, en Irak. Pour l'homme de la rue, les sanctions ne sont qu'une autre forme de dictature. Télécommandées et prétendument civilisées, elles vont en fait jusqu'à étouffer même les bébés.
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