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S'unir sur l'essentiel
2 et Dimanche 3 septembre 2000


La nuit dernière, les services de sécurité birmans ont forcé Aung San Suu Kyi et ses proches à rentrer à Rangoon, la capitale : le prix Nobel de la Paix campait, en effet, depuis une dizaine de jours aux abords de Dallah où elle et des membres de son parti étaient bloqués par la police anti-émeute qui les empêchait de se rendre à un meeting de leur organisation. La communauté internationale s’est bien sûr inquiétée du sort réservé à Madame Suu Kyi par la junte au pouvoir, exigeant que la situation soit résolue pacifiquement dans le strict respect des droits fondamentaux des personnes. Malheureusement, les faibles pressions exercées par les nations étrangères ne semblent pas impressionner le régime qui continue d’étouffer les velléités démocratiques du peuple de Birmanie.

Il y a maintenant plus de dix ans que les militaires font obstacle à l’émergence de la démocratie en refusant de reconnaître les résultats des élections législatives de mai 1990, légalement remportées par le parti dirigé par Aung San Suu Kyi. Depuis, l’opposition au gouvernement actuel n’a cessé de réclamer l’aide de la communauté internationale pour faire plier la dictature. Mais nombreux furent les états qui trouvèrent plus lucratif d’alimenter le régime en armes et les multinationales qui cherchèrent à profiter des ressources naturelles du pays et de la main d’œuvre bon marché, quand il ne s’agissait pas tout bonnement de travail forcé. L’Inde et surtout la Chine exercent, aujourd’hui encore, une influence majeure sur les militaires du SPDC (State Peace and Development Council).

Ainsi, alors que des firmes importantes comme Pepsi, Apple ou Philips ont récemment quitté la place, estimant qu’elles ne pouvaient plus commercer avec l’un des régimes les plus barbares de la planète, d’autres comme Suzuki continuent d’apporter leur soutien financier aux militaires... Parallèlement, le manque de cohésion politique au plan international achève de rendre inefficaces les sanctions que certains états pourraient envisager isolément, de sorte que face à la désunion des grandes nations, la junte est solidement installée au pouvoir et libre - pour combien de temps encore ? - de violer les droits de sa population. Face à tant d’abjection, il reste cependant un moyen de faire réfléchir les dictateurs et ceux qui les soutiennent : mettre définitivement le gouvernement birman au ban des nations en lui retirant le siège qu’il occupe à l’Assemblée Générale des Nations Unies. A la veille du Sommet du Millénaire, il serait bon que les nations responsables saisissent cette occasion de montrer aux tyrans qu’elles peuvent parfois s’unir sur l’essentiel...

Geoffroi Contact


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