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Pardon et repentir
Lundi 2 juillet 2001


Alfredo Astiz, ancien capitaine dans la marine argentine et tortionnaire durant la dictature, s'est livré hier à la police de son pays. Il est recherché par Interpol, à la demande de la justice italienne, pour le vol de l'enfant de l'une de ses victimes. Sous le régime sanguinaire qui sévissait en Argentine de 1976 à 1983, il était, en effet, habituel que les bébés mis au monde par les femmes prisonnières des escadrons de la mort leur soient enlevés pour être éduqués par les familles des militaires. C'est donc à ce titre que l'ex-capitaine Astiz est poursuivi aujourd'hui, et non pour les assassinats et tortures dont il s'est rendu coupable, protégé qu'il est par une amnistie prononcée en 1987.

Ce sont environ 30 000 personnes qui ont été tuées lors de la campagne de terreur conduite, dans les années soixante-dix, par les généraux argentins et plus d'un millier de militaires, responsables d'atrocités et de disparitions de civils innombrables, qui bénéficient d'une scandaleuse immunité. Alfredo Astiz, condamné - in absentia - par la justice française pour le meurtre de deux religieuses et recherché par la Suède pour l'enlèvement d'une jeune fille, a toujours affirmé "qu'il ne regrettait rien". Il a même passé récemment quelques mois en prison pour incitation au meurtre, à la suite d'une interview accordée à un magazine de son pays. A l'heure actuelle, les organisations humanitaires argentines se battent pour que les lois d'amnistie soient déclarées anticonstitutionnelles et pouvoir rouvrir ainsi tant de dossiers injustement clos.

A l'évidence, Alfredo Astiz ne semble pas prêt à se repentir de ses actes et, avec lui, nul doute qu'un certain nombre de militaires argentins estiment n'avoir fait que leur devoir en martyrisant des civils soupçonnés d'infidélité au régime. Tel est précisément l'effet désastreux des lois d'amnistie que de conforter dans leur aveuglement ceux qu'elles entendent préserver. Trop souvent, le prétexte de l'apaisement est invoqué pour les justifier : "ne pas fouiller le passé", "aller de l'avant" et "pardonner" deviennent alors les mots d'ordre des gouvernements complices de l'horreur. Mais la paix de l'esprit n'a rien de commun avec l'oubli et la stabilité ne peut survenir, tant que la justice fait défection. Faire croire à des militaires que leur devoir d'obéissance peut justifier leurs crimes est une pure et simple abjection, de même que le fait d'imposer aux victimes et à leur famille de vivre perpétuellement avec leur peine et leurs peurs. Le pardon et le repentir constituent des expressions d'humanité d'une grande valeur : toutes deux ouvrent la voie à la transformation de l'individu. C'est le rôle des sociétés et de leurs dirigeants que d'en favoriser l'éclosion : mais nul ne peut en abréger, ni en accélérer la naissance, qui dépend exclusivement du libre arbitre de ceux qui souffrent.

Geoffroi Contact


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