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Eglise, Science et Sida
2 et dimanche 3 décembre 2000


A l’occasion de la Journée Mondiale du Sida, commémorée hier dans toutes les capitales, l’ONU a fait connaître les dernières statistiques relatives à l’expansion de la pandémie : plus de 36 millions de personnes sont actuellement porteuses du virus HIV et on s'attend à 6 millions de plus l’année prochaine ; près de 22 millions en sont déjà mortes... Les chiffres sont si impressionnants que Kofi Annan n’hésite pas à dire, à propos du Sida, qu’il n’existe pas de problème plus important tandis que Bill Clinton estime que son développement en a fait « une menace pour la sécurité internationale. » Dans cet esprit, l’accent a été mis cette année sur le comportement masculin à travers, notamment, l’usage du préservatif. Cependant, s’il est évident que l’homme a fortement intérêt à modifier considérablement ses habitudes sexuelles, il ne faudrait pas oublier les deux intervenants majeurs que sont l’Eglise et la Science, dont l’orgueil insensé participe trop souvent à la propagation de la souffrance et du désespoir.

Tout récemment, le président du conseil pontifical s’est vigoureusement élevé contre l’usage du préservatif, décrétant immorale son utilisation, que l’on soit ou non atteint du Sida. Le Vatican espère ainsi dissuader les évêques et les prêtres de recommander à leurs fidèles d’utiliser tous les moyens à leur disposition pour se prémunir contre le virus. Ils sont, en effet, de plus en plus nombreux à le faire malgré les injonctions de leur hiérarchie. Imaginons un instant que l’Eglise catholique, en la personne de son plus haut représentant, se déclare clairement et définitivement en faveur du préservatif pour lutter contre le Sida : des millions de vie seraient épargnées tant son influence est grande de par le monde. Mais non, peu importe les existences humaines pourvu que l’autorité soit sauvegardée, car qui se veut infaillible se doit bien sûr d’être inflexible. Scandale !

Le cas du monde scientifique n’est pas si différent. Depuis plusieurs années, une théorie nouvelle s’est répandue quant à l’origine du Sida : des recherches extrêmement poussées sont parvenues à l’hypothèse selon laquelle le virus aurait été transmis par un vaccin expérimental contre la polio administré à un million d’individus entre 1957 et 1960 en Afrique centrale. Il aurait été cultivé à partir de reins de singes infectés par le SIV, équivalent du HIV chez l’être humain : les cartes géographiques indiquant les aires de vaccinations et celles signalant les premiers cas d’apparition du Sida se sont révélées extrêmement semblables. Cependant, les chercheurs qui, après des années de travaux, sont parvenus à formuler cette hypothèse font aujourd’hui l’objet de sévères critiques, voire de poursuites judiciaires, alors même que les tenants de la thèse traditionnelle - qui attribue l’apparition du virus à des morsures de singes ou à des blessures survenues lors de leur dépeçage - sont incapables de l’étayer par des arguments probants. Ainsi, au lieu de procéder à de vastes investigations, les laboratoires continuent parfois d’utiliser des tissus de singes pour fabriquer leurs vaccins et ne semblent pas prêts à tester les stocks de vaccins restant, malgré la demande qui en a été faite dès 1992.

Bien évidemment, une telle théorie - si plausible soit-elle - cause la panique chez certains membres du corps scientifique : non seulement le prestige de la médecine est en jeu, mais aussi d’importants marchés que la méfiance du public à l’égard de la vaccination viendrait obérer. Si l’on imagine en outre les sommes considérables investies précisément dans la recherche d’un vaccin contre le Sida, on comprend que l’idée même que la science ait pu, sans le vouloir, être éventuellement à l’origine de la pandémie, constitue une source de remise en question intolérable pour tous ceux qui se servent de l’autorité scientifique pour gravir les échelons de la reconnaissance sociale.

En matière de Sida, l’être humain doit changer profondément ses habitudes, et pas seulement dans le domaine sexuel. C’est tout ce qui touche aux relations avec l’autre qui se voit, en fait, concerné, depuis la vision d’autrui comme un simple objet de plaisir jusqu'à la conception de l’individu comme un consommateur frappé du syndrome « intello-déficitaire » acquis. Avec le temps, l’homme a su, plus ou moins, se soustraire à la pression religieuse et s’orienter librement vers une spiritualité davantage fondée sur l’être humain. De même doit-il aujourd’hui se débarrasser du diktat économique et culturel imposé par certaines sphères qui n’ont de « scientifique » que l’habit et non l’esprit. Le combat que doivent mener les sociétés humaines contre le fléau du Sida ne peut, certes, être livré sans le soutien de la religion et de la science. Encore faut-il que celles-ci fassent preuve de bien davantage de compassion et de fraternité et que l’opinion publique se préserve de leur érection en juge absolu...

Geoffroi Contact


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