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Notre identité en jeu
2 juillet 2000


La World Gay Pride 2000 a débuté hier, à Rome, malgré les polémiques de ces derniers mois entre les organisateurs, le conseil de la ville et les autorités vaticanes. Ces dernières ont finalement renoncé à faire obstacle à la tenue du festival, expliquant que les homosexuels avaient le droit constitutionnel de s’exprimer dans la rue même si l’Eglise condamne leur comportement et déplore que de telles manifestations aient lieu durant l’année jubilaire. Un peu partout dans le monde, des défilés se préparent qui commémorent les premières luttes des homosexuels pour la reconnaissance de leurs droits.

Ainsi, de plus en plus, l’homophobie est dénoncée comme un fléau social, source de nombreuses discriminations, aussi bien lors d'une embauche qu’en ce qui concerne l’accès au logement. Et si certaines personnes osent encore déclarer publiquement qu’elles considèrent l’homosexualité comme une abomination, il est des hommes et des femmes politiques qui ne craignent plus d’afficher leur orientation sexuelle au risque d’être rejetés par leur électorat. Toutefois, dans la plupart des pays, nous sommes encore très loin d’assister à une parfaite égalité de droits entre homosexuels et hétérosexuels, notamment en ce qui concerne le mariage et la famille. Si, aux Etats-Unis, l’état du Vermont vient de reconnaître la validité des unions homosexuelles, il s’agit là d’un cas tout à fait exceptionnel...

En d’autres termes, alors que nos sociétés occidentales manifestent une certaine tolérance à l’égard des homosexuels, hommes ou femmes, la norme sociale centrée sur le couple hétérosexuel demeure extrêmement forte : qu’un couple homosexuel ne fasse pas l’objet de discrimination dans l’obtention d’un logement paraît naturel à beaucoup de personnes mais qu’en est-il de l’accès à la parenté ? Il est courant, en la matière, de penser que l’enfant sera immanquablement perturbé par le fait d’avoir deux parents du même sexe et qu’il sera, lui aussi, poussé vers l’homosexualité... C’est là toute la nuance entre la tolérance à l’égard des homosexuels - qui dissimule souvent une certaine hypocrisie, voire un fantasme homophobe - et l’acceptation de la différence au point de reconnaître à l’Autre le caractère valide de son comportement à égalité avec le nôtre.

Et là, nous entrons dans le domaine de ce qui forme notre identité : à quel degré est-elle le résultat de notre volonté, de nos désirs profonds ou de notre besoin de satisfaire à une norme et d’avoir le soutien d’un groupe ? Sommes-nous ce que nous sommes à la suite de choix positifs, conscients et éclairés par la fraternité ou bien du fait de rejets successifs de l’Autre et de ses orientations ? Voilà peut-être à quoi la Gay Pride devrait nous faire réfléchir : la fraternité ne peut s’édifier que sur un échange sincère et profond avec l’Autre et non sur une tolérance de façade. Notre identité même est en jeu : à nous de la fonder sur une véritable dilatation de notre ego, apte à bénéficier de la richesse d’autrui. Si nous voulons briser les limites qui nous font souffrir, cessons de craindre l’Autre et de lui dire « non ».

Geoffroi Contact


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