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Le cœur léger
2 mars 2000


Comme Betty Lou Beats il y a quelques jours, Odell Barnes, un américain âgé de 31 ans, a été exécuté hier soir, par injection létale, au pénitencier de Huntsville, Texas. Le jeune homme avait toujours crié son innocence tout au long de son emprisonnement jusqu'à ce qu’une association humanitaire française, Lutte pour la Justice, ait l’idée de rouvrir l’enquête avec l’aide de juristes américains : des preuves suffisantes de sa non culpabilité avaient alors été réunies dans le but d’obtenir sa grâce et de permettre qu’Odell Barnes soit rejugé. Malheureusement, ni la Commission des Pardons et Paroles ni George Bush, le gouverneur du Texas, n’ont voulu tenir compte de ces nouveaux éléments pas plus qu’ils n’ont écouté les appels à la clémence du Pape et d’un grand nombre de personnalités politiques et d’organisations humanitaires.

C’est dans la paix qu’Odell Barnes a fait face à son ultime épreuve, convaincu que « la vérité finirait par éclater au grand jour ». Il n’est pas le premier à avoir clamé son innocence jusqu'à ses derniers instants : d’autres l’ont fait avant lui et d’autres, peut-être, auront encore à le faire puisque la société américaine persiste dans son aveuglement tant dans le domaine de la peine de mort que dans celui de la réglementation laxiste sur les armes à feu, caractéristiques d’une culture de la violence si profondément ancrée. Rappelons-nous les dernières paroles de James Beathard avant son exécution, en décembre 1999, dans ce même état du Texas : « les Etats-Unis en sont à un point où il n’y a plus le moindre respect pour la vie humaine. Ma mort n’est que le symptôme d’une maladie bien plus grave »...

Oui, une terrible maladie que seul le développement d’une conscience plus fraternelle permettra d’éradiquer. Une conscience qui, si elle fait défaut à beaucoup de bien-pensants favorables à la peine de mort, est alors l’apanage de ces condamnés : de ces êtres que la société tient à éliminer émane une lumière, en leurs ultimes instants, car au moment où la société leur inflige la pire des injustices, la vie se révèle à eux dans sa vérité. Et tous nous parlent de l’Amour qu’ils éprouvent pour leurs proches, de leur responsabilité à l’égard des familles des victimes, de la nécessité de se transformer et de rejeter toute haine de son cœur... Tous manifestent une véritable sérénité devant la mort parce qu’ils ont en eux la certitude d’aller vers un mieux-être, une complète libération : ils rentrent « chez eux » le cœur léger et tout leur être semble tellement léger. Quelle leçon ! C’est comme cela qu’il faudrait vivre.

Geoffroi


Lectures conseillées :

>> Espoir et Pardon dans le couloir de la mort - Joy Elder, Brid Kehoe (Traduction) : Lesley Gosch fut condamné à mort en 1986 pour un meurtre dont il a nié être l'auteur (et jamais aucune preuve consistante n'a été produite). Joy Elder non seulement a correspondu avec lui de 1992 à 1998 mais elle est aussi allée le trouver dans le couloir de la mort à Hunstville (Texas). Elle décrit les horreurs de cette prison, entre autres l'angoisse des prisonniers de ne jamais être sûrs du jour de leur exécution. Au sein de ces ténèbres, surgit la personnalité riche et sensible de Lesley : quasiment non-voyant mais quand même artisan (il fabrique des flûtes amérindiennes), artiste (dessins à l'encre, peinture à l'huile), grand lecteur, capable de parler cinq langues. Ses lettres révèlent son parcours spirituel au cours des douze ans d'attente de la mort, courageux, joyeux, lumineux, dénonçant le caractère inhumain de la peine de mort et des conditions de détention à Hunstville mais allant jusqu'à pardonner à ceux qui l'ont injustement condamné. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Messages de vie du couloir de la mort - Roger-W McGowen, Pierre Pradervand, Christiane Singer (Préface) : Ce livre est un témoignage poignant et étonnant sur la résilience de l'être humain. C'est un cantique à la grandeur d'un individu qui a su et qui sait encore grandir, partager, aimer, pardonner dans un enfer carcéral dont chaque dimension est faite pour écraser l'homme. Mais c'est aussi un regard lucide et sans détours sur un des systèmes carcéraux les plus inhumains et dégradants de la planète, le couloir de la mort de la prison de Livingston, au Texas (Etats-Unis). Certains détenus deviennent littéralement fous. D'autres, bien plus rares, deviennent de grands sages. Roger W. McGowen, lui, a choisi, dans cet enfer, de devenir totalement responsable de sa vie, d'oser l'amour et le pardon. Un témoignage unique et bouleversant de sincérité et de vérité profonde. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Lettres du couloir de la mort - Joseph Kitchens : Incarcéré a la prison d'Huntsville (Texas), condamné à mort pour avoir violé et tué une jeune femme en 1986, Joseph William Kitchens est exécuté par injection létale le 9 mai 2000. Grâce à l'entremise d'Amnesty International, section française, il entreprend de correspondre avec Suzanne, ancien professeur d'anglais, membre de l'ACAT (action des chrétiens pour l'abolition de la torture). Témoins, mois après mois, de l'évolution de Joseph, Suzanne et ses amis de l'ACAT sont vivement impressionnés par son humanité, son espérance et sa repentance sincère, qui culminent dans ses dernières lettres, juste avant l'exécution. Cette correspondance exceptionnelle vaut en outre par ce qu'elle révèle de la condition carcérale sans issue. Enfin, elle met en évidence une nécessité fondamentale aujourd'hui aus Etats-Unis : la remise en cause de la peine de mort dans de nombreux états. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> Condamné à mort au Texas. Témoignages du couloir de la mort - Jacques Secretan : Pas de grand argumentaire juridique, mais simplement la description minutieuse d'un cas, celui de Jaime Elizalde. A dix-sept ans, il est arrêté dans une voiture où l'on trouve de la cocaïne : cinq ans de prison. Alors qu'il est en liberté conditionnelle, un double meurtre est commis sous ses yeux. Il est le coupable idéal et il est condamné à mort malgré l'absence de preuves. Quand on referme ce livre, c'est l'indifférence du système judiciaire et de la population qui frappent le plus, excepté quelques cercles restreints de militants. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !

>> L'abolition - Robert Badinter : Ce livre est le récit d'une longue lutte contre la peine de mort. Il commence au jour de l'exécution de Claude Buffet et de Roger Botems, le 24 novembre 1972, et s'achève avec le vote de l'abolition, le 30 septembre 1981. Depuis lors, l'abolition s'est étendue à la majorité des Etats dans le monde. Elle est désormais la loi de l'Europe entière. Elle marque un progrès irréversible de l'humanité sur ses peurs, ses angoisses, sa violence. A considérer cependant les exécutions pratiquées aux Etats-Unis, en Chine, en Iran et dans de nombreux autres pays, le combat contre la peine de mort est loin d'être achevé. Il faut savoir que sur les 5760 condamnations à mort prononcées aux Etats-Unis entre 1973 et 1995, dans 60% des cas, les condamnations n'auraient pas dû intervenir, qu'il s'agisse de violations de la loi, de manquements graves des avocats à leurs devoirs ou d'erreurs judiciaires révélées par la suite". Il signale également que les afro-américains représentent 12% de la population et 34% des personnes exécutées, dans un système judiciaire qui compte mille huit cents procureurs blancs pour vingt-deux procureurs noirs. Commandez ce livre chez Amazon.fr en cliquant ici !


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