| Mutilations et discrimination |
1er juillet 2000 |
Une étude récente effectuée par le Centre pour les Politiques et Législation de la Reproduction (CRLP) en collaboration avec le Réseau de Recherche, d’Action et d’Information sur l’Intégrité Physique des Femmes (RAINBOW) révèle que les mutilations génitales féminines ou circoncision féminine sont encore pratiquées dans de nombreux pays d’Afrique ainsi qu’au Moyen-Orient. Il s’agit de pratiques ancrées dans la tradition qui consistent à opérer l’ablation partielle ou totale des parties génitales de la femme : ce sont ainsi près de 130 millions de femmes qui ont subi une clitoridectomie, une excision ou une infibulation... 2 millions de fillettes sont encore concernées, chaque année, par ces actes de violences à leur égard qui mettent en danger leur vie et les laissent traumatisées physiquement et psychologiquement. Au-delà des particularismes culturels, ces pratiques - présentées abusivement comme un rituel d’initiation permettant l’intégration dans la société - sont largement considérées par la communauté internationale comme des violations graves des droits fondamentaux des femmes et des filles, notamment les droits à la santé et à l’intégrité de la personne.
En revanche, la communauté internationale reste curieusement silencieuse quant à la circoncision masculine. Elle est pourtant pratiquée par les juifs et les musulmans ainsi que par certains chrétiens ce qui permet de se rendre compte de l’ampleur du phénomène. Aux Etats-Unis, 1 250 000 enfants sont circoncis chaque année dans les hôpitaux et des bébés meurent à la suite de cette mutilation effectuée, le plus souvent, sans anesthésie... Et c’est sans parler des douleurs postopératoires qui ne sont même pas traitées. Si la circoncision masculine est, sans doute, moins traumatisante que la circoncision féminine, elle constitue néanmoins une ablation d’un organe sain, le prépuce : autrement dit, une atteinte à l’intégrité physique d’un enfant. Elle génère donc également son lot de traumatismes sur les plans physique et psychique (la restauration du prépuce est de plus en plus pratiquée aux Etats-Unis). Quant aux arguments religieux invoqués pour justifier cette pratique, ils sont souvent remis en cause par des membres des autorités religieuses elles-mêmes à la lecture des textes sacrés : le Coran, par exemple, exprime à plusieurs reprises que Dieu est satisfait de ce qu’il a créé et que l’homme ne doit pas changer la créature. Enfin, le caractère totalement irrationnel et nocif de la circoncision masculine est démontré depuis longtemps par la science : non, la circoncision masculine ne prévient pas le cancer et elle n’est pas non plus une bonne mesure d’hygiène mais une mutilation traumatisante sur les plans physique, mental, affectif, sexuel et moral...
On l’aura compris, le silence autour de la circoncision masculine provient en grande partie de ce qu’elle ne nous apparaît pas comme aussi « barbare » que la circoncision féminine « parce qu’elle appartient à un ordre culturel qui, peu ou prou, est le nôtre, à cet ordre judéo-chrétien qui est le creuset de notre culture », ainsi que le fait remarquer Geneviève Giudicelli-Delage (Excision et droit pénal - Droit et culture vol. 20). La distinction qui est faite entre la circoncision féminine et la circoncision masculine est donc particulièrement grave en ce sens qu’elle donne des arguments à ceux qui opposent les droits culturels à l’universalité des droits humains dans le but d’opprimer leurs semblables : comment, en effet, comprendre qu’une famille africaine puisse, dans un pays comme la France, faire circoncire son fils et se voir interdire de faire exciser sa fille ?
Une fois de plus, seule une approche véritablement fraternelle permettra de rendre justice à tous ceux qui souffrent et de cesser d’instaurer des formes insidieuses de discriminations. La circoncision, qu’elle soit féminine ou masculine, - de même que toutes formes de mutilations génitales - sont des pratiques hautement préjudiciables à la santé d’un enfant : elles ne sauraient, en aucun cas, être effectuées sur des personnes non consentantes. Bien au contraire, elles doivent faire l’objet d’un vaste débat public afin que les parents et les responsables religieux autant que les médecins et les personnels de santé en général soient informés et éduqués. Pour une fois, les citoyens des pays développés comme ceux des pays en développement devront prendre conscience de leur ignorance et de leur hypocrisie. Alors, peut-être, assisterons-nous à l’émergence d’une authentique conscience universelle des droits humains, véritablement respectueuse de toutes les minorités : culturelles mais aussi sociales et sexuelles.
Geoffroi |