| De
la sécurité... des puits de pétrole |
Mardi 25 mars 2003
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Préambule : de blogues
en blogues
Il existe une énorme différence entre la première guerre du
Golfe, il y a 12 ans, et celle qui vient de commencer. Il ne
s'agit pas de l'isolement dramatique dans lequel se trouve aujourd'hui
le gouvernement américain, privé de ses alliés historiques :
la différence, ce sont les “weblogs”.
Réflexions passionnées autour de l'actualité, récits de marine's
basés au Koweit ou témoignages de civils sous les bombes, ces
fichiers électroniques, mis en ligne “en temps réel” ou presque,
permettent à l'internaute de se faire une idée plus exacte de
la réalité. Nul n'est besoin à présent de passer sous les fourches
caudines des journalistes “embedded” de CNN, eux-mêmes inféodés
à la censure de l'armée américaine.
Enfin, nous pouvons nous bâtir notre propre opinion, pour peu
que nous ayons le temps de surfer de “blogues” en “blogues” et de
lire les dépêches que nous adressent les membres des ONG encore
sur le terrain. Les médias traditionnels s'en trouvent eux-mêmes
dopés. Voilà des amateurs qui viennent les concurrencer là où
ils se croyaient imbattables : la recherche du scoop ou la production
d'éditoriaux gorgés de références politico-historiques ! Qui,
en effet, pourrait être mieux placé qu'un habitant de Bagdad
pour nous conter ce qui s'y passe ? Et qui pourrait nous en
apprendre autant sur la politique et la stratégie des Etats-Unis
qu'un diplomate ou un ancien général ?
Mais tout le monde n'a pas le temps de se livrer à une telle
chasse à l'information. C'est donc ce que je vais tenter
de faire, au long des semaines à venir, pour les lecteurs et
lectrices de Fraternet, en arpentant les “blogues” et dépistant
les articles rejetés par les adeptes de la pensée unique, conscient
de la gravité des événements auxquels nous assistons et soucieux
d'en tirer quelques enseignements en matière d'humanité.
Nous entrons à l'évidence dans une phase de notre histoire collective
où les esprits vont aller en se radicalisant, mettant à jour
leur vraie nature à mesure qu'ils la façonnent par leurs actes
: certains qui se pensaient cyniques, découvriront en eux-mêmes
des trésors de générosité, tandis que d'autres s'apercevront
que “ce n'est pas du sang qui coule dans leurs veines, mais
du pétrole” (pour reprendre une citation du secrétaire d'état
Colin Powell)...
~~~~~
Pour aujourd'hui, je m'arrêterai sur la
démission de John Brady Kiesling, ancien conseiller politique
à l'ambassade US à Athènes, survenue il y a deux semaines. Notre
homme qui a servi le département d'état durant 20 ans, de Tel
Aviv à Erevan, écrivait ceci dans sa lettre de démission, non
sans une profonde amertume :
« Le sacrifice de nos intérêts globaux sur l'autel de la politique
intérieure et des intérêts bureaucratiques ne constitue pas
quelque chose de nouveau et ce n'est certainement pas un problème
spécifiquement américain. Mais jusqu'à présent, nous n'avions
jamais assisté à une déformation intellectuelle aussi méthodique,
à une manipulation aussi systématique de l'opinion américaine
depuis la guerre du Vietnam. La tragédie du 11 septembre nous
avait rendu plus forts que jamais, rassemblant autour de nous
une vaste coalition internationale coopérant pour la première
fois, et de façon coordonnée, face à la menace du terrorisme.
Mais au lieu de profiter de cette influence et de bâtir sur
elle, cette administration a choisi de faire du terrorisme un
outil de politique intérieure, faisant du mouvement Al Qaida
- pourtant largement dispersé et défait - un allié à sa politique
bureaucratique. Nous avons répandu une terreur disproportionnée
et semé la confusion dans l'esprit des gens en reliant de façon
artificielle le problème du terrorisme et l'Irak. Le résultat
- et peut-être le motif de tout cela - permet de justifier une
large allocation de la richesse publique au secteur militaire
et l'affaiblissement des remparts qui protègent les citoyens
américains de la mainmise du gouvernement. Le 11 septembre n'a
pas fait autant de dommages à la société américaine qu'il semble
que nous soyons prêts à nous en faire à nous-mêmes... »
Que rajouter à un tel tableau ? Il est rassurant de constater
que certains hauts fonctionnaires de l'administration américaine
restent fidèles aux valeurs morales et démocratiques que cette
nation a longtemps voulu représenter. Car John B. Kiesling n'est
pas seul à désavouer ses supérieurs : il a été suivi le 10 mars
par John H. Brown, attaché culturel à Moscou, puis tout récemment
par Mary Wright, chef de mission à l'ambassade US d'Oulan Bator.
Cette dernière a déclaré que « la guerre actuelle rendrait le
monde plus dangereux et non pas plus sûr », tout en exprimant
de vives critiques à l'égard de son gouvernement, qu'elle juge
trop peu enclin à vouloir résoudre le conflit israélo-palestinien.
Il ressort de tout cela que ces représentants de la politique
américaine au cœur du monde redoutent que leur pays ne soit
désormais associé à “l'usage injustifié de la force”, au même
titre que la Russie et la Chine, le premier pour ses crimes
incessants en Tchétchénie et le second pour 50 années de cruauté
envers le peuple tibétain.
Ainsi que l'écrit John Brady Kiesling, l'administration Bush
aurait-elle pris à son compte la devise de Caligula “Oderint
dum metuant” (Laissons-les nous haïr pourvu qu'ils nous craignent)
? Je doute qu'il y ait en son sein des personnages suffisamment
versés dans l'antiquité romaine pour y avoir songé. Quoi qu'il
en soit, ces gens-là ne tirent pas les leçons de l'histoire,
obnubilés qu'ils sont par la géographie. Et lorsque celle-ci
expose à leur avidité des réserves
pétrolières parmi les plus vastes de la planète, la
sûreté des individus, civils ou militaires, leur importe
peu : sécuriser les puits de pétrole devient la priorité absolue.
Geoffroi
Bush et ses conseillers projetaient l'invasion de l'Irak
depuis longtemps, bien avant les attentats du 11 septembre.
Retour sur une tragédie annoncée :
> L'extermination
du peuple irakien
> Embryons
de vérité
> Arrogance
> La
politique de la haine
> Des
investissements équilibrés
Lecture conseillée :
>> Irak, qui a gagné ? - Daniel Durand : Daniel Durand, ancien secrétaire national du Mouvement de la paix, analyse les faits qui ont accompagné l'effondrement du régime de Saddam Hussein. Il montre que si la guerre d'Irak a marqué l'entrée dans une nouvelle ère, ce n'est peut-être pas celle annoncée parde nombreux commentateurs, d'une dominationsans partage des États-Unis, mais au contraire celle de l'affirmation de nouvelles tendances et de nouvelles forces opposées à leur hégémonie.
Aspiration à la sécurité et à un développement humain mieux partagé, redécouverte de l'idée du multilatéralisme, convergence avec le mouvement altermondialiste et émergence d'une culture de la paix ne forment-ils pas la base d'un "nouveau pacifisme" conquérant, illustré par les grandes manifestations antiguerre du début 2003 ?
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