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Dans la cour des hommes : il faut briser les chaînes
Samedi 20 novembre 2004



Il n'y a pas longtemps en France, les déclarations de l'Iman de Vénissieux ont suscité beaucoup de réactions au pays de Victor Hugo. Que n'a-t-on pas dit ?

C'est n'est qu'une parenthèse. Mais la logique de cet Imam qui a révolté tout un peuple est une réalité quotidienne que vivent aussi les femmes congolaises en particulier, et africaines en général.

Que représente la femme dans la société africaine en général et congolaise en particulier ?

Les travaux ménagers, sont-ils l'apanage des femmes ?

Encore enfant, les parents commencent à la limiter dans ses faits et gestes et la coutume de lui donner une certaine orientation, disons, une orientation vers le mariage. On trouve normal qu'un garçon grimpe sur un arbre et pas une fille. Si une fille le fait, on tient à lui rappeler que ces genres de jeux sont bons pour les garçons. Mais pourtant, en regardant tout autour de nous, nous devons nous demander ce qu'un homme peut faire aujourd'hui et qu'une femme en soit incapable. L'émancipation de la femme doit d'abord commencer par la maison. Les parents doivent reconnaître à tous leurs enfants, filles et garçons, les mêmes droits et les mêmes obligations. Disons, les mêmes libertés. Il est injuste et honteux que dans la plupart des familles, les filles soient beaucoup plus soumises aux travaux ménagers que les garçons. Pourquoi à une fille, qui doit quitter à la même heure la maison pour l'école que le garçon, on exige de se lever tôt et de commencer sa journée par faire la vaisselle, l'entretien de la maison, et même des fois apprêter le petit déjeuner alors qu'au même moment, le garçon, est entrain de se tourner et retourner dans son lit ronflant comme un buffle ? Dans les cas extrêmes, la même fille devra, après le déjeuner débarrasser la table. Alors qu'elle est enfant au même degré que le garçon, elle commence à être chosifiée par ses propres parents, elle est réduite au rôle presque de domestique par ceux-ci qui devraient la défendre et faire d'elle, dans la maison d'abord, l'égale du garçon. Oui la lutte pour l'égalité des droits, la parité doit commencer par la maison parentale d'abord. L'action doit commencer en amont …

Un jour, mon fils de cinq ans m'a surpris. Après qu'il avait terminé de prendre son repas, je lui avais demandé de débarrasser la table. L'enfant m'a répondu sur un ton tranchant : " Maman, ce sont les filles qui débarrassent la table ". J'étais hors de moi-même. C'est seulement après que j'ai su qu'il avait appris cela chez les voisins. Dresser ou débarrasser la table, doit-il être une tâche réservée aux filles, aux femmes ?

Déjà à partir de la maison, les parents ont l'obligation de briser les chaînes de la discrimination entre leurs enfants. Comment peut-on expliquer qu'à son retour de l'école, à la même heure que le garçon, la fille doit passer de l'école directement à la cuisine, alors que le garçon va s'étendre dans le canapé ou écouter la musique dans sa chambre en attendant que le repas lui soit servi comme un seigneur.

Les symptômes de la différence…

Depuis son enfance, la femme est éduquée de manière à être assujettie par la gent masculine. Le garçon est prédisposé à régner sur la femme. La fille est éduquée de telle sorte que son champ d'action soit limité et celui du garçon illimité. Il est donc du devoir des parents de montrer à leurs enfants que quel que soit leur sexe, ils sont sous la même loi et sont tous dans les mêmes limites. C'est ce qui s'appelle l'amour.

Pourquoi à un garçon, on ferait moins de remarques quand il rentre tard à la maison et la fille, dans les mêmes circonstances, devrait subir le courroux des parents ? Pourquoi, on laisserait les garçons sortir avec les filles, mais la fille serait traitée de vicieuse ? Je pense qu'il n'y a pas une moralité bonne pour la fille qui soit différente de celle du garçon. Le mal est mal quel que soit le sexe de l'auteur. Je pense aussi qu'il n'y a pas une heure bonne pour un garçon de rentrer à la maison et une autre bonne pour une fille. Quand on mêle la discrimination dans la moralité, on va tout droit dans le ravin.

Relations sexuelles ? Le garçon peut…

A propos de moralité, on fait des reproches modérés à un garçon qui rendrait une fille grosse. Et une fille qui se laisserait engrossée portera sur elle la honte et l'humiliation. Souvent, comme un colis nauséabond, on la prendra, pour aller la déposer dans la famille de l'auteur de sa grossesse. C'est en fait, l'histoire de Jésus et de la femme adultère. La méconduite de la femme est livrée à la vindicte populaire tandis que celle de l'homme est auréolée. Et c'est là pourtant l'origine de certains maux, telles la polygamie, l'excision et même… le sida. Sida qui frappe aujourd'hui beaucoup des filles et des femmes africaines à cause du vagabondage et du libertinage sexuels des hommes.

Un fait inaperçu mais qui a pourtant une influence sur la vie sexuelle future de l'homme. Très fréquemment en RDC, après le bain du bébé garçon, sa mère le jette en l'air avant de le saisir en disant " baya bakaji ". C'est qui veut dire " l'homme des femmes ". En fait, l'homme des femmes n'est-il pas le coq du village pour qui chaque poule est partenaire ? Encore bébé, les parents inculque à leur garçon cette mentalité. Il peut s'offrir toutes les femmes. Il a carte blanche. Mais pour ce qui est de la fille, encore enfant, on ne cesse de lui répéter que sa virginité, c'est pour son mari. Pourquoi ne pas apprendre à tous les enfants de rester chaste jusqu'au jour du mariage ? Pourquoi deux poids deux mesures ?

Devenu adulte et marié l'homme commence à s'offrir toutes les femmes. S'il commet l'adultère et que sa femme s'en plaint on lui dit souvent : " Est-ce qu'on l'a mis au monde pour toi seule " ?

Dans certaines contrées de la province du Maniema, périodiquement la fille passe au contrôle auprès des sages femmes pour s'assurer qu'elle garde toujours sa virginité. Alors que le garçon, sous l'œil complice des parents, livre sa vigueur aux filles du voisinage. Comme conséquence, la méconduite de l'homme est acceptée par la société. Cette vérité est si bien évidente que certaines vedettes de la chanson ne s'empêchent pas de dire, telle Tshala Mwana : " l'homme est comme un lit d'hôpital, qui reçoit tous les malades, quand tu es là, c'est toi ; quand je suis là, c'est moi ". Anormal ! Mais pourtant, tel est le reflet de l'éducation que la fille a reçu, tel est le reflet de la conception du milieu dans lequel la personne a évolué.

J'aimerais bien me faire comprendre. Je n'encourage pas la débauche car elle va à l'encontre de mes convictions. Mais, si la société accepte que le jeune homme livre sa vigueur aux jeunes filles, elle devra aussi accepter que la fille le fasse sans porter sur elle un jugement négatif. Sinon, en quoi est-ce que le monde serait juste ?

Pourquoi faudrait-il continuer à porter indéfiniment le jugement de deux poids deux mesures ? Un acte peut-il être péché chez une fille et sainteté chez un garçon ? On peut traiter facilement de " putain " une fille qui entretient une relation avec un homme alors que le jeune homme se verrait presque auréolé.

N'est-il pas dégradant et humiliant pour la jeune fille qui doit se soumettre périodiquement à des contrôles de virginité ? Il est arrivé une fois, à Samba dans la Province du Maniema, qu'une fille ait été déflorée. Après avoir été battue à mort par ses parents, la malheureuse s'est vue forcée de se laisser épouser par le jeune homme avec qui elle avait eu des relations intimes. Au nom de la coutume. On n'avait pas tenu compte du fait que le jeune homme avait usé de la ruse pour coucher avec elle.

Un jour, un parent vivant en Europe écrit à la famille pour demander qu'on lui cherche une femme. Il a insisté : une femme de chez-nous. Pourquoi ? Car en Occident, il y a aussi des femmes, et mêmes de chez-nous. La différence est que les femmes de " chez-nous " qui vivent en Occident ont déjà la mentalité de là-bas. Les hommes ont peur des femmes qui connaissent leurs droits et qui sont à même de les défendre. " Moi, je ne peux pas accepter de faire la vaisselle pour ma femme ", me dit un jour un homme. Et un autre de dire : " Si tu commences à faire la vaisselle pour ta femme, un jour elle te demandera de lessiver ses sous-vêtements ". A tout ceci, je réponds : Où est le mal ? Parce qu'au regard de la loi, les époux se doivent assistance. Alors quel sens donner au mot " assistance " ? Il va donc de l'intérêt de l'homme d'avoir une femme qui connaît mieux ses droits car, il en va, non seulement de l'intérêt du couple, mais aussi et surtout de celui des enfants qui constituent le trophée du mariage, une bénédiction de Dieu, comme le dirait les chrétiens.

Les parents doivent rompre les chaînes des préjugés, des coutumes. Reconnaître les mêmes droits à tous les enfants, garçons et filles, serait une manifestation palpable de l'amour. Un garçon qui se méconduit doit subir la même sanction que la fille qui le ferait. Rompre la chaîne ! Pourquoi doit-on simplement faire des reproches à un garçon qu'on surprendrait avec une fille tandis qu'une fille qui serait surprise avec un homme serait battue, redresser avec une chicotte ? C'est injuste mais pourtant, c'est courant. On trouve normal qu'un homme entretienne plusieurs femmes. Puis tombe dans la polygamie. Une femme infidèle sera congédiée. Et la cause de la polygamie, il faut la chercher dans l'éducation reçue dans l'enfance. Le vagabondage sexuel toléré chez le jeune homme risquerait de faire de lui un polygame quand bien même la loi consacre en RDC la monogamie. Un vagabond sexuel ne sera jamais un bon dirigeant. Incapable de diriger sa propre maison, sera-t-il à même de diriger tout un pays ?

Un homme avait régulièrement l'habitude de tromper sa femme en cachette. Puis, il se décide de le faire au grand jour, mais loin de chez-lui. La femme qui était au courant de cette infidélité d'une notoriété olympique subissait sans rien dire. Jusqu' au jour où l'homme amenait ses concubines au petit hôtel qui se trouvait à deux pas de chez-lui. Alertée, la femme décida d'aller protéger ses droits, après tout un droit reste un droit que lorsqu'on sait le revendiquer. Elle descendit sur les lieux et trouva son mari dans les bras d'une autre. Prise de colère, elle se jeta sur la maîtresse de son mari. Ce dernier, furieux, se mit à battre sa femme et ordonna même à sa complice d'adultère de le faire aussi. Ainsi, la femme se retrouva copieusement battue par les deux adultères qu'elle se vit forcée de prendre la poudre d'escampette. Quand elle arriva chez-elle, la famille du mari l'attendait. De quel droit devait-elle se permettre de suivre son mari en dehors du ménage ? Elle tente de s'expliquer, mais en vain, son mari surgit. Injures, coups de poings…

Le garçon, l'héritier ?

Le comportement des parents amène à croire que seul le garçon est l'héritier principal. Certains parents n'y vont pas par quatre chemins. Quand ils ont un garçon, ils le nomment " Héritier ". Pourquoi n'ont-ils pas donné le nom de " Héritière " à la fille ? Après tout, au regard de la loi, tous les enfants ont droit à l'héritage d'une manière proportionnelle. D'ailleurs, je pense, après observation, que les filles devraient plus hériter de leurs parents que les hommes. Les femmes ne sont-elles pas plus prédisposées à assister leurs familles que les hommes ? Toutes les statistiques sont unanimes sur ce point.

Eviter de faire croire au garçon qu'il a plus de droits que la fille. Et une des façons c'est effectivement d'éviter de leur donner le nom d'Héritier. Cette idée peut l'amener à ne pas se battre pour gagner son pain, parce que sa vie, ses parents l'auraient déjà gagnée pour lui. Croyant faire de lui un responsable, les géniteurs auraient fait de lui un fainéant, incapable de s'acheter ne fut-ce qu'une paire de lacets.

Parlant de l'éducation des enfants, la Bible tout comme le Coran, parle de les redresser avec le fouet. La Bible n'a pas dit de redresser seulement la fille.

Donc depuis le berceau, le garçon est éduqué, encadré de manière non pas seulement à régner sur sa femme mais aussi à être l'héritier principal de ses parents. Et des raisons multiples et non fondées sont évoquées pour justifier une telle attitude. Parmi celles-ci, on prétend que c'est l'homme qui va perpétuer le nom de la famille, les enfants porteront son nom et non celui de sa femme. Dans mes investigations, je n'ai pas encore rencontré une fille à qui on a donné le nom d'Héritière. Mais les Héritiers se comptent par milliers, à chaque croisement de rue.

Aujourd'hui encore, encore et encore, je lance un cri, un appel aux femmes, en général et aux mères en particulier. Il faudrait sortir de la longue somnolence. Apprendre à se libérer. Il faut oser. Dans la cour des hommes, il faut briser les chaînes. Les travaux ménagers devront cesser d'être le lot des seules femmes. Quand la fille dresse la table, le garçon devra apprêter à manger. Et pour que cela se fasse, il faudrait briser les chaînes dans la cour des hommes. Le garçon comme la fille devrait être traité de la même façon, recevoir la même éducation. Il ne devra pas y avoir une moralité propre aux filles qui soit différente de celle des garçons. Le laisser-aller et laisser-faire qu'on accorde aux garçons font d'eux des polygames en puissance ; pour mettre fin à cette impaire, dans la cour des hommes, il faut briser les chaînes, les mêmes limites pour tous les enfants. C'est l'éducation donnée à l'homme dans l'enfance qui fait qu'à l'âge adulte, même exerçant des fonctions élevées qu'il mène une vie droite, en sachant respecter les prescrits de la loi. Il ne se conduira pas en tyran. Car le propre d'un Tyran, c'est d'édicter des lois que lui-même ne respectera pas. Des lois, bonnes pour les autres. Alors que la monogamie était reconnue au Zaïre, Mobutu incapable de contrôler ses instincts couchera non seulement avec sa belle-sœur, mais aussi avec les femmes de ses collaborateurs. Que dire de cet autre dictateur Nigérian que la crise cardiaque a surpris dans son lit présidentiel avec deux prostituées ? Que Bongo ne soit pas scandalisé par l'affaire Monica Lewinsky laisse patois… Les conséquences de l'éducation reçue dans l'enfance.

Il faudrait aussi, à partir de l'enfance, apprendre aux enfants, garçon et fille, qu'il n'y a pas d'héritiers privilégiés et pourquoi pas commencer à donner aux filles le nom d'héritière…
Après tout, selon la déclaration universelle des droits de l'homme, tous les être humains naissent égaux en droit et dignité…

Christine KAMBA MUKUNDI
tinakamba@yahoo.fr

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