| Mission
en Irak : la condition des femmes |
19/10/03
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Bagdad - Amman
J'ai dormi quatre heures cette nuit. Je suis encore rempli des
émotions de la veille lorsque nous avons serré nos ami(e)s dans
nos bras pour leur dire au revoir. Même Oum Aya s'est blottie
contre moi alors que je ne lui avais encore jamais serré la
main. Aya m'a fait un gros bisou et s'en est allée avec sa mère
dans la rue. Elles seront prises en charge par l'association
Al-Amal. Nous sommes pleins d'espoir.
5h45, notre chauffeur arrive. Nous embarquons nos sacs à l'arrière
du "GMC Truck Suburban". Dans les rues, très peu de voitures
et presqu'aucun piéton. Dans deux heures, les rues seront saturées
de monde et de véhicules. Nous quittons lentement Bagdad. Notre
chauffeur dit que la semaine dernière, il a été arrêté par les
"brigands de la route" et qu'il a vu un autre GMC criblé d'impacts
de balles. Voilà une information qui rassure… avant de nous
engager sur l'autoroute pour près de 1000 km.
6h15, nous distinguons une courte file de voitures au loin,
sous un pont. En nous rapprochant, nous nous apercevons qu'il
s'agit d'un check-point placé ici par les Américains pour contrôler
les véhicules qui relient Bagdad à Amman. Nous sommes aussi
sur la route de Ramadi… Deux chars sont placés en travers de
la route, leurs mitraillettes lourdes orientées à 90° l'une
de l'autre. Ils sont sept ou huit soldats armés dont un, allongé
au sol, nous tient en joue. Sept ou huit policiers irakiens
effectuent la fouille, plus décontractés. Chaque voiture est
contrôlée avec un intervalle de 30 m entre celle qui est fouillée
et la suivante. Nous descendons du GMC. Quatre GI's nous entourent
pendant que les policiers irakiens ouvrent le coffre, soulèvent
un à un les sacs. J'essaye de soutenir le regard des GI's, d'en
croiser un du moins. Ils restent impassibles. L'un me dit :
« Veuillez vous écarter de l'endroit de la fouille, s'il vous
plaît. » Je m'éloigne. Tout est ok. Nous remontons dans le GMC
et repartons. Sur le côté de la route, nous retrouvons les pneus
éclatés, en grand nombre. Plus loin, une carcasse de char irakien,
rouillée et calcinée. Plus loin encore, un blindé léger dans
le même état.
A un moment donné, notre chauffeur ralentit alors qu'il était
lancé à plus de 150 km/h. Au bout de quelques minutes, il accélère
à nouveau. Je m'aperçois alors qu'il y a une Chevrolet du même
gabarit que la nôtre derrière nous. Je demande au chauffeur
s'il a attendu pour former un convoi. Il me répond que oui.
C'est une mesure de sécurité. Que vaut-elle, je n'en sais rien.
De temps à autre, nous croisons une voiture qui roule en sens
inverse sur la même voie que la nôtre... 400 chauffeurs jordaniens
font la navette entre Amman et Bagdad. Il y a un sacré business
dans cette portion depuis la dernière guerre. Au kilomètre 374,
nous apercevons un check-point sur la voie opposée de la nôtre
: des chars, des blindés, des soldats et, assis par terre, deux
Irakiens les mains liées dans le dos et surveillés par un GI
debout devant eux. Dépassé ce point de contrôle, nous ne voyons
plus que le désert à perte de vue, à droite et à gauche, devant
et derrière : un océan de sable.
2h30 plus tard, nous arrivons à la frontière jordanienne. Une
file de voitures et de camions attend de passer au contrôle.
Pendant que notre chauffeur roule au pas, nous allons présenter
nos passeports à la douane. Une heure plus tard, après avoir
été fouillés une nouvelle fois, nous repartons. Nous sommes
en Jordanie. Nous laissons l'Irak derrière nous pleins d'amertume
et de questionnements.
18h, arrivée à Amman ou bien sommes-nous toujours à Bagdad ?
Je ne le sais pas encore…
Thierry
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