| Mission
en Irak : la condition des femmes |
16/10/03
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Fariss...
9h15,
Haytham nous attend comme à son habitude dans le hall. Nous
échangeons le même sourire et le même geste de la main pour
signer notre fraîche et fraternelle amitié. Notre "chauffeur",
voilà un mot qui me repousse. Il est infiniment plus que ça.
Nous nous rendons donc, tous les cinq, à l’Ambassade de Suisse
pour saluer Sylvana, l’amie irakienne de Dalila. Toujours vraie
et humaine, elle nous accueille. Nous ne restons pas longtemps,
Dalila étant juste venue pour lui apporter un petit présent.
Il est 10h30 lorsque nous nous éclipsons pour nous engouffrer
dans le trafic routier bagdadi. J’ai l’impression d’assister
à un concert de klaxons, sorte de symphonie à instrument unique
multiplié à l’infini, délivrant une cacophonie digne des plus
indigestes musiques modernes. La chaleur est présente mais dans
une moindre mesure que la veille. 11h00, nous arrivons chez
l’oncle et la tante de Haytham. Nous avons décidé de les rencontrer
parce qu’ils avaient une histoire à nous raconter, celle de
leur fils, leur "unique" histoire depuis sa disparition lors
du conflit Iran/Irak. En recueillant leur témoignage, ils espèrent
que leur fils sera retrouvé grâce à la diffusion que nous en
ferons, notamment par le biais d’Internet. Nous nous y engageons.
Leur souffrance ? Ils vivent avec depuis 1982 et ne la quittent
pas. Ou bien c’est elle qui a fait sa demeure dans leur cœur,
dans leur esprit, dans leur vie tout entière. Deux photos, grandes,
sur un meuble. Le temps a eu raison des cadres qui les soutiennent,
ils ne tiendront plus longtemps. Combien les parents vont-ils
encore tenir, eux, sans nouvelles ? Il n’est pas mort, c’est
impossible. Il a disparu, simplement. Il doit vivre en Iran
sous une autre identité, qui lui a sans doute été imposée comme
à tous les prisonniers de guerre de cette époque allant de 1981
à 1982. Il y a 30 disparus dans le même quartier. Je prends
quelques clichés de ces deux parents tenant la photo de leur
fils dans les mains, impuissants mais dignes dans leur espoir
et leur confiance. Sa mère "Oum Fariss", garde en souvenir une
bague qu’il lui avait donné avant de partir pour le front, "au
cas où il ne reviendrait pas". C’était un militaire de carrière.
Et alors ?! Encore une tragédie humaine. Je pense à tous les
autres parents qui se trouvent dans la même situation… Nous
les laissons, avec leur histoire. Pour l’heure, nous espérons
seulement avoir participé à leur donner un nouvel espoir, pour
tenir un peu plus. Nous ferons notre possible dès notre retour
en Europe…
Nous rejoignons le trafic pour nous rendre à notre domicile.
Quelques minutes après notre arrivée, Hanaa Edward se présente
à nous. Nous ne l’attendions presque plus ! Elle est la Présidente
de "l’Association Irakienne Al-Amal", une organisation qui vient
en aide aux femmes en œuvrant pour la promotion de leurs droits
civiques et économiques en Irak. Nous la suivons jusqu’au siège
de l’association à Bagdad. Elle accepte un entretien avec nous.
Nous parlons de la situation actuelle des femmes irakiennes,
de cette période charnière capitale : une occasion qu’il ne
faut pas laisser passer. Au moyen de conférences et de débats,
Hanaa tente d’éveiller la conscience des femmes qu’elle rencontre
sur leur responsabilité dans la reconstruction d’une société
nouvelle, plus juste, plus humaine, plus équitable. Elle nous
délivre une vision globale de la situation et des actions possibles
qui sonne juste et qui trouve en moi un écho très positif. Nous
échangeons nos adresses emails. Je sais que nous nous reverrons
un jour…
Un de ses chauffeurs (sûrement un de ses amis) nous reconduit
au bout de notre rue, barrée par les blocs de béton. Nous rencontrons
"Oum Aya" qui, aujourd’hui, a voulu nous présenter son fils.
Je l’embrasse quand il me tend ses bras. Je fais un bisou à
Aya et prononce un « Salam » à la mère, la main droite posée
sur le cœur. D’autres enfants des rues nous ont repérés. Ils
ont entre 10 et 12 ans et sont désabusés. Ils nous réclament
fermement de l’argent. Malgré leur situation, nous ne pouvons
pas céder. Cela occasionnerait un attroupement autour de nous
qui pourrait devenir dangereux pour tous. Le chaos impose des
lois sur le comportement qui n’acceptent pas la demi-mesure. C’est
comme ça. C’est dur et inhumain mais c’est la loi… de la jungle.
S’il faut donner, c’est individuellement, pas en groupe. Les
dégâts qu’un sentiment d’injustice (il y en a déjà trop) pourrait
entraîner sont imprévisibles. Il faut se maîtriser et donner
l’impression de contrôler la situation, jusqu’au bout… Il y
a des jours où j’ai envie d’hurler ! C’est humain. Il ne faut
pas l’oublier.
Thierry
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