| Mission
en Irak : la condition des femmes |
15/10/03
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Les deux rives du Tigre
Ce
mercredi 15 octobre, la chaleur est étouffante. La température
dépasse même les 40 degrés selon notre chauffeur. Nous n’avons
pas de nouvelles d’Anaa Edward, la présidente de l’association
féminine “Al Amal” pour qui nous avons apporté du matériel.
A 10h00 nous partons à sa recherche munis seulement du nom du
quartier où elle habite. Nous nous renseignons auprès de plusieurs
églises sans succès. Elle est chrétienne et nous espérons trouver
une indication en ces lieux de rencontre. Mais rien ! Le curé
qui nous accueille semble quelque peu désabusé, sans espoir…
Il a peur de nous parler et de nous livrer ses impressions.
Nous abandonnons momentanément les recherches.
L’hôpital “Al Kindi” dans le quartier “Al Aqari” n’est pas loin.
Nous nous y rendons. Après la fouille, systématique, et quelques
tractations d’usage, nous rencontrons le directeur de l’hôpital
qui sort juste du bloc opératoire. Nous lui posons quelques
questions puis nous sommes “accompagnés” vers la section des
femmes malades : certains ont du mal à oublier les directives
de l’ancien régime... La réalite qui s’offre à nos yeux est
brutale : des mères se trouvent au chevet de leur fille. Dans
cette chambre où elles sont six à recevoir des soins, l’atmosphère
est pesante. Le personnel de l’hôpital fait ce qu’il peut mais
on voit bien qu’il manque une véritable infrastructure et de
l'équipement. Un homme dont la fille est allongée sur un des
lits interpelle Dalila. Elle va mourir d’un cancer si on ne
lui fait pas une radiothérapie. Peut-t-on faire facilement une
radiothérapie en Irak aujourd’hui ? Non. Et il n’y pas suffisamment
de médicaments pour soulager sa douleur. Elle a 27 ans et deux
enfants. Elle en est à sa troisième opération. A ses côtés une
fillette de 11 ans. Elle en est à sa deuxieme opération pour
une péritonite. Les conditions de vie de ces malades sont déplorables…
Nous prenons quelques informations quant à leurs besoins. Puis
nous partons.
Vers 12h30 nous arrivons à l’université. Nous sommes bien entendu
contrôlés. Bien que méfiants, les agents de la sécurité nous
laissent passer. Nous abordons deux jeunes filles qui attendent
leur bus. Elles acceptent de nous parler. Notre discussion nous
conduira à évoquer beaucoup de sujets. Elles étudient tout le
temps et vivent à l’université le plus souvent possible pour
des raisons de sécurité. Elles évitent de se déplacer. Cependant,
depuis la reprise des cours en septembre dernier, il y a de
la vie ici. Beaucoup de filles étudient car elles veulent participer
au développement de la société irakienne. Elles laissent le
contrôle du pouvoir aux hommes. C’est comme ça. Ce contrôle-là,
elles n’en veulent pas. Elles ont peut-être raison. Elles pensent
que la communauté internationale ne les aide pas. Elles n'ont
aucun contact avec les Américains. Nous prenons congé la gorge
serrée. Les sensations qui m’arrivent dans le coeur sont fortes.
Je suis à la fois heureux d’avoir eu cet échange et déchiré
par leur détresse… Nous rentrons.
Vers 16h30 nous rendons visite à la femme qui se trouve dans
notre rue. Nous discutons avec elle. Sa fille, qui nous connaît
bien à présent, recherche davantage le contact. Je la prends
dans mes bras… Nous lui apportons également des habits. Elle
est contente. Je fais quelques photos. Quelques instants plus
tard, la fillette pousse un cri en direction d’une autre femme
vêtue du “Abaya” noir. Elle se précipite vers elle pour l’embrasser.
Elle est anglaise et s’est convertie à l’Islam. Elle revient
après vingt jours d’absence. Nous essayons de comprendre ses
besoins. Nous la reverrons demain.
A 19h00 nous nous rendons à l'hôtel Palestine pour discuter
avec “notre” soldat américain. Des gars de sa section, assis
à une table et buvant un café nous disent qu’il est toujours
en faction avec son char à proximité du check-point. Nous allons
à sa rencontre et convenons d’un rendez-vous vers 20h15. A l’heure
dite, nous sommes sur le pas de la porte de sa chambre. Il nous
fait entrer. Avant de parler avec lui, nous devons nous présenter
à son supérieur. “Pas de politique, pas de questions indiscrètes.”
Ok, pas de problème. Nous discutons de ses choix de vie, de
son engagement, de ses enfants qu’il a laissés dans l’Indiana.
Deux détonations retentissent. Il y est extrêmement attentif.
Il n’a jamais tué quelqu’un. Il ne sait pas s’il est prêt… Après
son service, il voudrait revenir en Irak pour aider ce peuple
mais d’une autre manière… Rêve ou réalite ? A 21h20, nous le
quittons car il doit partir rejoindre sa base pour 15 jours
et laisser la place à une autre section. Une autre histoire
humaine au coeur du chaos.
Thierry
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Présentation du voyage
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