| Mission
en Irak : la condition des femmes |
14/10/03
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Rencontres...
Hier,
vers 16h00 nous sommes allés porter de la nourriture et des
habits à la femme qui vit dans la rue avec sa fille. Nous apportons
également un cahier et des crayons de couleur. Dalila commence
à discuter avec la mère pendant que j’essaie de montrer à sa
fille de 3 ans et demi comment utiliser son nouveau “jouet”.
Mais elle est attirée par le briquet de Dalila et essaie de
l’attraper. Dalila lui dit quelque chose en arabe. La petite
fille se retourne vers moi et me le donne. Je la remercie, elle
se lève et me colle un bisou sur la joue… Nous ne poursuivons
pas trop longtemps la discussion car un homme que nous connaissons
bien – il appartient à la sécurité de l’endroit où nous logeons
– est venu s’asseoir avec nous, comme ça, parce que nous y étions.
Nous prenons rendez-vous avec la mère et sa fille pour un des
jours suivant afin de connaître un peu plus sa vie, son parcours.
Elle a tant de choses à dire !
Vers 21h00, les tirs reprennent leur cadences irrégulières.
Chacun vide son chargeur, constate les dégâts, crie, court,
recharge, tire… Ca se passe au bout de notre rue à 200 mètres.
Entre 1h00 et 2h00 du matin, des tirs plus lourds redoublent
d’intensité, les cris aussi. Les chiens aboient, le coq chante,
nous sommes éveillés. Où suis-je ? Nous descendons dans la rue,
les sirènes des ambulances mugissent. Il y a de l’agitation.
Il y a encore eu des morts…
Aujourd’hui, nous devons nous rendre au centre “Al Hourrya”
après avoir récupéré une nouvelle fois les cartons de matériel
médical à l’entrepôt où ils sont stockés. Nous sommes convenus
avec le personnel masculin du centre de la possibilité d’avoir
un entretien avec les femmes médecins qui y travaillent. Chaque
jour nous réserve son lot de surprises. Aujourd’hui, nous avons
fait le plein ! Hier déjà, nous avions pu rencontrer deux femmes
avec des parcours de vie différents. Au début de cet après-midi,
nous attendions deux autres femmes pour lier conversation, toujours
sur le même thème : leur histoire, leur opinion sur la condition
de vie des femmes durant le régime de Saddam, pendant la guerre
du Golfe, sous l’embargo, sous l’occupation… Et leurs espoirs
pour le futur. Vers 13h30, nous voyons arriver pas moins de
six femmes prêtes à répondre à nos questions. Quelques hésitations,
quelques malaises… Elles ont besoin de nous poser également
des questions, évidemment ! Nous ne sommes pas là pour entendre
des réponses toutes faites. Le dialogue et l’échange nous permettront
de nous sentir mutuellement en confiance et, peut-être, d’aller
plus loin. La magie opère. Après des présentations plus approfondies
sur les raisons de notre venue, chacune d’elles se livre et
exprime des avis plus libérés sur la notion même de droits des
femmes. En dehors de toute connotation religieuse – nous le
leur faisons savoir – nous recherchons le contact humain simple
mais dans un but précis. Elles le comprennent et essaient de
s’affranchir. Nous obtenons des moments de vérité. Les hommes,
présents durant l’entretien, ont tout entendu. C’était là l’essentiel.
A ce jour, nous avons recueilli les témoignages de neuf femmes,
anonymes ou connues, pauvres ou aisées, chrétiennes ou musulmanes.
Il nous reste du temps et les surprises viendront encore, notamment
du côté des universités où les filles sont majoritaires. Déjà,
nous possédons une bonne base d’éléments nous permettant de
mieux comprendre… Mieux comprendre, oui, car tous les préjugés
s’effondrent, ici à Bagdad. Une information sur ce centre Al
Hourrya nous a également été donnée. L’un des employés nous
rappelle que sous le régime de Saddam Hussein, c'était un lieu
de torture. Là où l’on soigne aujourd’hui les êtres humains,
hier on les torturait ! Certains patients qui l’ont connu par
le passé parce qu’ils y ont perdu un frère, une sœur ou un(e)
ami(e), pleurent en arrivant.
Le check-point évolue de jour en jour. Ce soir, quatre GI’s
discutaient avec leur instructeur sur les nouvelles dispositions…
Myriam a obtenu la possibilité de rendre visite à deux d’entre
eux dans leur chambre d’hôtel – nous en connaissons déjà un
- pour discuter de leur vie ici sur le plan humain mais aussi
technique. Nous les rencontrerons demain. Les jours qui viennent
vont sûrement voir monter l'intensité des sensations émotionnelles
et humaines que les tirs des kalashnikovs tenteront de déshumaniser…
Nous sommes en quête de rencontres sensibles et à l’aspect fortuit
mais qui, au fond, recèle toute l’histoire de ce pays en train
de s’éteindre. Nous ne cherchons pas les événements : nous essayons
de trouver ceux et celles qui les vivent. Comment vivre ici dans de telles conditions ? Voilà bien tout le problème. Et personne ne semble vouloir le résoudre !
15 octobre 2003
Aujourd’hui est un jour très particulier ici en Irak. En 1995,
Saddam Hussein a demandé à son peuple de l'acclamer et, officiellement,
cela aurait été fait par 99% de la population… Nous ne connaissons
évidemment pas les répercussions que cela va occasionner durant
cette journée. Les Américains sont donc sur leurs gardes : ils
auraient reçu des menaces d'attaques émanant d'anciens personnages
du régime de Saddam. Hier soir déjà, on entendait les bombardiers
voler, sans que nous puissions les voir, dans un bruit sourd
et lourd. Les rues étaient calmes en apparence. Ce matin, les
hélicoptères ne cessent de tourner dans le ciel depuis 6h00.
Thierry
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Présentation du voyage
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