| Mission
en Irak : la condition des femmes |
12/10/03
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Contacts
Hier soir, munies d’un peu de nourriture, Dalila et Evelyne
sont allées à la rencontre des enfants des rues qui dorment
toutes les nuits au pied des hôtels. Comme nous le ferions pour
des animaux sauvages, il nous faudra quelques soirées pour les
"apprivoiser". Parmi eux, trois filles dont une qui
était enceinte en mai dernier lors du précédent voyage de Dalila…
9h00 ce matin, nous sommes dans la voiture qui doit nous conduire
à nos multiples rendez-vous. C’est une Volkswagen Passat qui
a dû être rouge il y a longtemps, très longtemps. En Europe,
personne n’oserait monter dans cette voiture. Ici, les exigences
de la route et de la vie font reculer ces limites. Assis à l’arrière,
je remarque que les instruments de bord ne fonctionnent pas,
ni compteur de vitesse ni jauge à essence. Les fils électriques
sont bricolés sous le volant et touchent presque les pieds du
conducteur. Quant au confort, c’est un mot que nous ne pouvons
utiliser dans ces circonstances puisqu’il n’y en a tout simplement
pas. Sa fonction est réduite à son minimum : rouler.
Nous faisons environ 300 mètres – même ceux-là, nous ne les
faisons pas à pied - pour nous rendre au bureau qui est chargé
d’acheminer le matériel de l’aéroport d’Amman à Bagdad. La voiture
tombe en panne. Pendant que nous discutons avec le responsable
du bureau, le chauffeur range sa voiture sur le côté, quelques
50 mètres en-deçà. A notre retour, il nous dit qu’il a besoin
de réparer sans savoir combien de temps cela va lui prendre.
Nous décidons de rentrer chez nous en attendant qu’il revienne
nous chercher. Un employé du bureau nous propose de nous ramener
en voiture, ce que nous acceptons. Il nous dépose devant le
barrage qui obstrue l’entrée de notre rue. Nous faisons les
derniers 50 mètres à pied.
Avec Myriam, nous décidons d’aller nous asseoir sur le rebord
d’un de ces blocs de béton placés par mesure de sécurité, au
niveau du « check point ». Le GI avec qui nous avons
discuté la veille nous salue d’un geste de la main. Nous lui
rendons son « Hello! ». Nous n’attendons pas plus de quelques
secondes pour voir arriver deux enfants des rues, deux garçons.
Ils nous interpellent, nous tendant la main pour que nous la
saisissions et pour que nous y mettions 1 dollar ou 2. Nous
engageons la conversation, succinctement : « What’s your
name? », « Where do you come from? ». L’un des
deux garçons a un pistolet à barillet, un jouet. Je fais quelques
photos. Ils me demandent même de poser.
Une heure plus tard, notre chauffeur revient avec la voiture
réparée. Dalila lui demande si elle va tenir le coup. Il l’a
réparée, elle tiendra ! Durant nos trajets, nous passons plusieurs
contrôles de police. Nous apprenons dans l’après-midi qu’il
y a eu trois attentats dans Bagdad. Nous étions sur ces différents
lieux quelques minutes après les événements… Les coupures d’électricité
se multiplient le restant de la journée jusque dans la soirée.
Ce soir, nous sommes descendus dans la rue pour distribuer quelques
vivres aux enfants et discuter avec une mendiante et sa fille
de trois ans et demi. Nous lui donnons un sac contenant un peu
de nourriture. La fillette dévore la banane et la pomme en un
temps record. Pendant ce temps, Dalila lui demande les raisons
de sa présence dans la rue. En retenant ses larmes – elle n’essaie
pas de nous attendrir, ça se voit – elle lui raconte sa vie
et ses souffrances, sans limites. Soudain, elle s’arrête de
parler. Je vois ses yeux brillants à la lueur pâle de l’entrée
de l’hôtel. Je m’éloigne avec Myriam qui, à l’abri des regards,
sort 5000 Dinars irakiens du sac à dos puis revient sur ses
pas.
Thierry
Ce matin, le ciel est couvert. L'air est opaque et irrespirable.
Bruit et odeurs de carburant brûlent les yeux, irritent la gorge
et agressent les oreilles. Chaleur étouffante (39,5°). Nous
visitons deux orphelinats et ensuite nous nous rendons à l'ambassade
de Suisse. Surprise : derrière le guichet, Sylvana, l'Irakienne
dont j'ai fait la connaissance au mois de mai. Elle est secrétaire
à l'ambassade. A l'époque, elle travaillait pour une ONG.
Sur la route, nous apercevons un manège d'hélicoptères.
Notre chauffeur s'arrête et, en compagnie de Myriam, nous fait
quelques commissions. A son retour, il m'apprend qu'un attentat
vient de se produire contre l'hôtel Bagdad à trois minutes à
pied de l'endroit où nous logeons. Des hélicoptères tournent
comme des vautours, des avions de chasse passent plus haut.
Notre rue est presque déserte. Un autre attentat plus loin dans
le quartier Alkarkh, nous y étions hier. J'allume la télé pour
écouter les nouvelles sur Al Jazeera, j'apprends qu'un troisième
attentat a eu lieu contre un barrage de police devant lequel
nous sommes passés ce matin.
Depuis la chambre, j'entends des cris de femmes et d'hommes.
Je pense à une manifestation. Mais il est 17h. Des manifestations
à cette heure ? Peu probable. Dans le Cyber Café (grande
nouveauté), je me renseigne auprès d'un employé qui m'apprend
que ce sont les hurlements des familles des victimes… Ce qu'il
y a de positif, c'est qu'au-dessus des hôtels Palestine et Sheraton,
il y a un grand cercle de ciel bleu. Les hélices des hélicoptères
ont fini par chasser les nuages ?!!! Donc pas de crainte pour
nous. Nous sommes sous haute surveillance.
Dalila
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