| Mission
en Irak : la condition des femmes |
11/10/03
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Journée du 11 octobre
Alors
que nous prenions notre petit déjeuner dans la salle de l’hôtel
prévue à cet effet, Dalila s’aperçut que notre nouveau chauffeur
nous attendait dans le hall un étage plus bas. L’architecture
octogonale intérieure de notre hôtel nous permet de voir facilement
les personnes qui se trouvent aux niveaux inférieurs. Dalila
nous laisse nous préparer pendant qu’elle part s’enquérir des
modalités de notre "deal" avec le chauffeur. Problème
de disponibilité de voiture ! Qu’à cela ne tienne, pour $50,
nous lui demandons de revenir avant la fin de la matinée avec
une voiture qu’il aura empruntée à un ami. Pendant ce temps,
nous décidons de nous rendre au Palestine, à la recherche d’un
journaliste suisse pour Myriam et de contacts qui déboucheraient
sur d’éventuels échanges. Le Palestine se trouve juste en face
de notre hôtel. Pour y accéder, nous devons passer un "check
point". Nous nous avançons au-devant du premier poste qui
doit s’assurer que nous ne cachons pas d’armes ou d’objets contondants.
Dalila, Myriam et Evelyne sont fouillées par des femmes et moi
par des hommes, 3 mètres plus loin. Libérés, nous poursuivons
notre chemin jusqu’à ce que nous arrivions 30 mètres plus loin,
près d’un char américain devant lequel se trouve un soldat.
Je lui demande si je peux faire une photo. Il me répond qu’il
ne peut pas me donner l’autorisation, mais que si je prends
la photo sans être vu, pas de problème. Nous engageons un peu
la conversation. Nous apprenons qu’il vient de l’Indiana et
que son nom est ***. C’est marqué sur son casque ! Il est ici
pour six mois encore. Nous le laissons car un camion chargé
de blocs de béton arrive. C’est pour renforcer la protection.
50 mètres plus loin, je me retourne et cadre une photo que je
voudrais prendre d’une colonne de blindés légers stationnés
non loin de l’hôtel. Les bras des militaires se lèvent, un Américain
en chemise bleue se dirige vers nous et nous lance en anglais
« be careful, they are nervous! ». Je fais un signe de la main
vers les soldats pour leur signaler que c’est ok ! et je m’éloigne
calmement. J’avais pris quand même la photo ! Nous entrons dans
le Palestine sous les yeux des gardes irakiens postés à l’entrée.
Un « Salam » et nous générons un semblant de sourire sur leur
visage. A l’intérieur, une foule éclectique où se croisent sans
cesse journalistes internationaux, hommes d’affaires et divers
acteurs de la société civile.
Nous ressortons pour entrer dans l’hôtel Ishtar, anciennement
« Sheraton ». Nous nous installons au comptoir et commençons
à discuter avec la serveuse. Elle nous dit que son mari n’a
plus de travail. Il était militaire sous le régime de Saddam
Hussein. Elle assure toute seule les revenus de la famille.
Comme tous les Irakiens que nous interrogeons, elle craint pour
sa sécurité. Lorsque nous lui posons une question sur les associations
humanitaires dont elle aurait connaissance et qui pourraient
oeuvrer actuellement à Bagdad, elle nous met immédiatement en
contact avec une association irakienne qui se trouve être dans
l’hôtel. Un homme vient nous chercher et nous montons au premier
étage. Le fondateur de cette association est le Cheikh Abdul
Mune’m Al Timemi. Sa nièce est à ses côtés. Nous n’arriverons
pas à la faire parler. Au bout d'une heure d'entretien, nous
prenons congé et sortons du Ishtar.
Alors que nous regagnons notre hôtel, un homme avec un enfant
de 2 ans dans les bras nous aborde. Il pose l’enfant au sol
et commence à interpeller Dalila en Arabe afin d’obtenir de
l’argent dans le but d’acheter des médicaments pour sa fille.
Une fille ? Cette enfant est méconnaissable. Ses yeux sont déformés
et l'un est complètement fermé. Elle est presque chauve : le
manque de cheveux par touffes entières nous dévoile un crâne
gris. Sa peau est recouverte d’écailles. Alors que son présumé
père (nous n’en sommes pas sûrs) nous dit qu’elle a "la
maladie du poisson", la petite fille se fait pipi dessus
avant de venir se blottir contre les jambes de cet homme. C'est
assez terrible comme vision. Nous lui donnons quelques dinars
irakiens qu'elle serre dans ses petits doigts, déformés eux
aussi, et nous laissons un autre groupe de personnes prendre
en charge la conversation.
De retour à notre hôtel, nous montons dans la voiture pour nous
diriger vers "le Service des Intérêts Français en Irak"
afin que je puisse signaler ma présence à Bagdad en cas de problèmes.
Je laisse mes coordonnées au consul. Nous échangeons quelques
mots - en Français ;o) – sur la situation actuelle et nous nous
quittons en nous souhaitant bonne chance. Nous tentons ensuite
de nous rendre au domicile d’Anaa Edward. Elle n’est pas là,
nous laissons une carte de l’association ABIR à sa voisine.
Nous repasserons demain pour convenir d’un rendez-vous pour
la distribution du matériel.
Il est 14h00. Nous filons chez les amis de Dalila qui nous invitent
à manger. Au sommaire des discussions, outre le partage de la
nourriture, l’Irak, bien entendu. Les morts, toujours, les assassinats…
K. (je ne dévoile volontairement pas son nom) nous apprend
alors que son ami a été tué la veille. Je ne sais pas quoi dire.
J’ai des sensations d’horreur qui me traversent le corps. Au
récit d’autres atrocités qu’il nous dévoile, les unes après
les autres, des larmes montent et embrument mes yeux. J’ai un
mal fou à les retenir. Coupure de courant. Il sort dans son
jardin et démarre son groupe électrogène de secours. La télé,
qui fonctionne en permanence - ça les rassure - se rallume et
délivre ses infos tragiques. Il nous dit que depuis le mois
de mars dernier, il ne dort plus dans son lit, avec son épouse,
mais sur le canapé au rez-de-chaussée avec sa Kalachnikov à
proximité, au cas où.
Il est 18h00, la nuit tombe, il faut que nous rentrions, vite
avant qu’il fasse trop noir. A 18h45, après le "check point",
nous déposons nos affaires dans nos chambres. Demain, nous irons
à l’orphelinat...
Thierry
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Présentation du voyage
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