| Mission
en Irak : la condition des femmes |
11/10/03
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Une vision brouillée
Lorsque nous descendons prendre notre petit déjeuner ce matin
du 10 octobre, la rue est animée. Quelques véhicules se présentent
au « check point ». Fouille intérieure et extérieure d’usage
puis les voitures s’engouffrent dans l’allée qui les conduit
jusqu’au "Palestine". Plus tard, lorsque la circulation
semble se calmer, un enfant irakien propose à un soldat américain
de lui cirer ses chaussures. Le GI accepte. La scène est des
plus cocasses. L’enfant recevra 1 dollar. Par la suite, une
petite fille d’à peine 5 ans vient vers moi. « Hi! One dollar?
». « Hi! One dollar? ». Je lui demande son nom. « Hi! One dollar?
» me répète-t-elle. Elle ne sait dire que ça. Elle a de grands
yeux noirs noyés dans le vide. Sa mère la rappelle et elle disparaît
à mes yeux comme elle était apparue. Un fantôme.
Ce soir, je suis descendu dans le hall de l’hôtel discuter avec
le réceptionniste au sujet des derniers événements ainsi que
de ses sentiments sur les conditions de vie des irakiens depuis
la dernière guerre. Calmement, il me raconte qu’il vit dans
l’insécurité permanente. Les américains ne sont plus aptes à
assurer la sécurité du peuple, de ces petites gens qui ne demandent
qu’une seule chose : la paix et du travail pour nourrir
leur famille. Ils ressentent également que les GI's ont peur
des attentats, peur de ces balles qui peuvent venir de n’importe
où et atteindre n’importe qui. Chaque jour, des civils sont
les victimes d’agressions meurtrières autant que les militaires
américains ! Qui en parle ?
Finalement, les Irakiens savent très bien que l’armée des Etats-Unis n’est pas venue
pour eux. Le réceptionniste finit par m’avouer : « Je n’ai plus
d’espoir quant à l’avenir de l’Irak et de son peuple. Il faut
un miracle de Dieu, à présent. ». Il a 25 ans. Il en avait 12
lors de la première guerre du Golfe.
L’atmosphère est pesante, effroyablement pesante. L’odeur de
pétrole brûlé pollue l’air au point qu’il devienne à peine respirable.
Nous vivons dans la fumée et pour le regard comme pour le cœur,
aujourd’hui, il n’y a plus d’horizon où les rêves pourraient
renaître.
Thierry
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