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Mission en Irak : la condition des femmes
10/10/03

« Quelque chose d’irréel »

Lorsque nous sommes arrivés hier dans les rues de Bagdad bondées de voitures, j'ai pu apercevoir, par-ci par-là, des femmes qui se promenaient. Plus loin, en passant dans une grande avenue divisée par un terre-plein central, nous avons remarqué une femme habillée un peu "à l’occidental", cheveux défaits, et qui traversait les voies accompagnées d’un homme. Notre chauffeur nous dit alors que deux ou trois mois plus tôt, dans les mêmes conditions, cette femme aurait été tuée sur le champ ! Par qui ? Pourquoi ? « La terreur », me répond Dalila !

Plus tard dans la soirée, alors que nous nous installons dans nos chambres, une musique de fanfare s’élève jusqu’à nos fenêtres. Je sors sur la terrasse pour apercevoir du septième étage la célébration d’un mariage. Tambours, trompettes et chants créèrent soudain une atmosphère irréelle tant les différentes scènes se déroulant à quelques mètres l’une de l’autre s’opposaient. Dans la même rue se côtoyaient fête, joie et occupation militaire. Etait-ce par contestation ? Un pied de nez à la restriction imposée par mesure de sécurité contre toute circulation dans le périmètre de l’hôtel Palestine ? Nous ne le saurons probablement pas. Toujours est-il que la fête se poursuivit jusque tard dans la soirée.

Entre 19h et 21 h, des coups de feu retentirent au bout de la rue. Jeunes et policiers irakiens, accompagnés de quelques américains, se rendirent rapidement sur les lieux. Des échanges de tirs commencèrent à percer le bruit de fond permanent qui s’échappe de la ville. Au même moment, quelqu’un monta le son de la sono qui animait le mariage. Nous avons appris un peu plus tard de la bouche d’un Irakien que cela était fait exprès pour ne pas effrayer les habitants du quartier. Il est 11h30, je m’endors alors que la musique bat son plein.

Ce matin, Evelyne nous apprend que dans la nuit, vers une heure trente, elle a entendu des rafales de mitraillettes à proximité. Quelques minutes plus tard, l’ami de Dalila qui est venu nous rendre visite dans notre chambre d’hôtel nous annonce que cette bataille nocturne aurait fait quatre morts : deux Chiites et deux soldats américains. Deux autres soldats US auraient été blessés. Il nous conseille également de ne pas sortir aujourd’hui car, le vendredi étant jour de repos et de prière pour le peuple irakien, il se pourrait que des manifestations et, sans doute, quelques actes de violence aient lieu. L’air est toujours peu respirable et nous irrite la gorge. Des hélicoptères passent de temps à autre au-dessus de la ville. De notre côté, nous attendons d’un instant à l’autre des nouvelles de notre nouveau chauffeur, ce qui déclenchera le début d’une autre phase de notre mission : nous rendre à l’entrepôt où est rassemblé tout le matériel.

Thierry



Aéroport d’Amman, le 8 octobre 2003. Nuit. Chaleur. Fumées blanches sortant de certains pots d’échappement. Petits sapins et cyprès gris au bord de la route à grande vitesse. La lune est presque pleine, mais sa lumière est concurrencée par les néons des panneaux publicitaires géants qui longent et surplombent la route.

Bagdad Street, le 9 octobre 2003. Je pense à Driss, mes parents, mes frères et soeurs. Trous dans la route. Ce soir, leur annoncer notre arrivée à Bagdad, inchaa’Allah. 8h50. J’émerge d’un sommeil sans repos. L’odeur d’essence est toujours aussi forte ; la route monte, descend, secoue ; la jeep s’envole, atterrit à nouveau. Multitude de camions.

Route du désert, quelques heures plus tard. Des touffes d’herbe acérée, vert tendre, déchirent la platitude beige. Les droits humains ? Qu’est-ce que cela signifie ? Dans le véhicule, une musique d’amour, mélancolique, nous berce. Je décode le paysage. Le moindre cratère dans le sable caillouteux m’inspire des scènes de guerre. C’est la première fois, mis à part l’ex-DDR, que j’entre en territoire marqué par la violence militaire. Alors je surinterprète. Je sensationalise. Nous cherchons "l’américain". Des hélicoptères, un campement, trois convois militaires nous prouvent qu’ "ils" sont bien là. Tourisme du frisson ?

15h45, ce 9 octobre 2003. Nous sommes à Bagdad. D’anciens et imposants bâtiments officiels sont massivement détruits. Nous roulons trop vite pour VOIR et nous imprégner des lieux, mais c’est déjà impressionnant de voir les zones sinistrées, les pans de bâtiments pendre dans le vide, un check-point surveillé par deux soldats armés.

Myriam


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