Dom
Samuel Ruiz est un évêque mexicain qui a consacré sa vie à la
défense des indigènes contribuant ainsi à l'émergence d'une
nouvelle conscience en faveur du peuple maya et de toutes les
minorités du monde. Pour son action de médiateur entre les partis
en conflit du Chiapas et sa large contribution à l'établissement
de la paix et de la démocratie dans cette région, il est devenu
un symbole pour tous les défenseurs des droits humains.
Nommé Evêque du diocèse de San Cristobal de Las Casas peuplé
en majorité d'autochtones, Dom Samuel est immédiatement choqué
par leur marginalisation et leurs conditions de vie misérables
générées par le joug de riches propriétaires. Il ne lui faudra
que très peu de temps pour ne plus considérer la religion sous
le seul angle du culte mais sous l'angle de l'engagement concret
en faveur des pauvres et des exclus. Dès le début de son mandat,
il met en place un réseau de responsables laïcs indigènes et
reçoit des équipes religieuses de tous pays pour mener un travail
d'éducation populaire qui contribuera à la conscientisation
des communautés indigènes quant à la connaissance de leurs droits.
Car pour Dom Samuel, annoncer l'Evangile « c'est
annoncer aux gens qu'être fils de Dieu est un droit »
qui implique celui de ne pas se laisser assujettir.
Dès lors, il organise le premier congrès indigène du Chiapas
déclenchant un processus d'auto-organisation des communautés
mayas au grand dame des associations de grands propriétaires
et du gouvernement mexicain qui multiplie expulsions, arrestations,
exécutions, tortures... Mais rien n'arrête Dom Samuel et son
diocèse qui, en 1982, porte secours aux milliers de réfugiés
indigènes guatémaltèques grâce à l'organisation de réseaux de
solidarité dans tout le pays. Bénéficiant désormais du soutien
du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, d'une
immense solidarité internationale et d'une large mobilisation
populaire, Dom Samuel continue plus que jamais à dénoncer la
politique répressive du gouvernement. Et malgré les attentats
perpétrés contre lui, il crée en 1989, un Centre des droits
humains.
Devenant peu à peu une célébrité internationale, le nonce papal,
agacé par ce fauteur de trouble, ne parvient pas
à obtenir sa démission. De même, les tentatives d'intimidations
gouvernementales se heurtent systématiquement à la pression
du peuple chiapanèque : à ce mouvement zapatiste que Dom Samuel
nomme la rébellion des exclus. Et lorsqu'en 1994
il est sollicité par le gouvernement mexicain pour devenir le
médiateur des négociations avec l'armée zapatiste de libération
nationale, il décide de partager sa tâche en créant une Commission
nationale de médiation, la CONAI.
Mais en dépit des accords de San Andres en faveur des indigènes,
le président de l'époque Ernesto Zedillo finit par les ignorer,
réactivant le conflit dont le point culminant sera le massacre
d'Actéal où femmes et enfants indigènes seront massacrés par
des paramilitaires. Pour dénoncer le perpétuel sabotage de la
CONAI, Dom Samuel convertit l'organisation en Services pour
la paix…
Aujourd'hui, le nouvel évêque du Chiapas entend
poursuivre l'œuvre colossale de Dom Samuel qui, durant 40 années
de mandat, n'a jamais oublié que le mot religion vient du latin
religare qui signifie relier. Oui, Samuel Ruiz a tenté de relier
les êtres entre eux en dénonçant ce qui les désunit et en construisant
ce qui les rapproche. Son œuvre portera ses fruits.
Pascale
Lecture conseillée :
>> Comment les Indiens m'ont converti - Samuel Ruiz, Carles Torner : « J'avais cru être envoyé au Chiapas pour évangéliser les indigènes et voilà que j'ai été évangélisé par eux. » Après avoir vécu quarante ans comme évêque dans cette région du Mexique, Samuel Ruiz raconte sa découverte surprenante des Indiens mayas qui constituent 80 % de la population du Chiapas.
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