| Julius Nyerere (1922-1999) |
Considéré comme le père de la nation Tanzanienne, Julius Nyerere est l'une des figures emblématiques de l'Afrique noire et l'un des plus grands chefs d'état contemporain. En œuvrant avec une détermination inébranlable en faveur de la liberté, de l'égalité entre les races et les ethnies, il a contribué à la lutte contre le colonialisme et l'apartheid devenant par-là même l'un des symboles de l'unité et de l'émancipation africaine.
Impliqué très tôt dans le développement d'une conscience politique fondée sur l'égalité des individus, Julius Nyerere n'a qu'une idée en tête : délivrer son pays, le Tanganyika, du joug britannique. En 1954, celui que l'on surnomme le Mwalimu, le maître d'école, fonde la TANU, la Tanganyika National Union qui remporte les élections de 1960. Alors nommé Premier ministre du Tanganyika, le leader indépendantiste mène pacifiquement son pays à l'indépendance puis devient le premier président de la République du Tanganyika, bientôt appelée République de Tanzanie après sa réunion pacifique avec l'île de Zamzibar.
Durant un mandat de 24 années, Nyerere s'érige en ardent défenseur de l'union ethnique indispensable, selon lui, à la construction et à la cohésion du nouveau pays. En véritable nomade, il parcourt des centaines de kilomètres à pieds pour semer la paix entre les différentes tribus. Et c'est avec une conviction inaltérable qu'il va désormais se battre pour l'indépendance économique du pays. En 1967, sa fameuse déclaration d'Arusha jette les bases d'un socialisme fondé sur l'autosuffisance économique par la solidarité. C'est l'heure des regroupements ethniques en villages, l'heure de l'entraide et du travail en commun : l'heure des grandes idées qui se heurtent pourtant à l'hostilité de certains paysans ainsi qu'à la soudaine réticence des investisseurs occidentaux...
Mais en dépit d'un certain échec économique et sans jamais faiblir dans son désir d'unité, Julius Nyerere va pourtant réussir à forger l'identité Tanzanienne. Après avoir instauré l'école obligatoire laquelle prône désormais les notions de respect, de tolérance et de paix, il décrète le swahili comme langue officielle. Malgré sa pauvreté, la Tanzanie accueille les réfugiés, de même qu'elle soutient Mandela dans sa lutte contre l'apartheid. C'est en panafricaniste convaincu, mais semble-t-il en avance sur son temps, que Nyerere défend l'idée d'un fédéralisme africain. Et c'est en grand sage qu'il n'a de cesse de fulminer contre les grandes puissances occidentales “mercantiles” et contre certains de ses frères africains “corrompus”.
En 1985, lorsqu'il se retire de la vie politique, Nyerere va se mettre au service de la libération et de l'émancipation des pays d'Afrique. Nommé Président de la Commission Sud et de la Fondation Nyerere œuvrant pour le développement des pays du Sud, le leader africain est l'objet de sollicitations permanentes, notamment en 1995, pour apaiser les conflits de la région des grands lacs et mener des pourparlers de paix au Burundi, au Rwanda...
Toujours très proche de son peuple qui le vénère pour son humilité, sa simplicité, son intégrité et sa dialectique aussi incisive que sereine, Nyerere avait l'étoffe d'un guide. Un père qui, à 77 ans, vient de lâcher la main d'un peuple en qui il a placé toute sa confiance. Exemple type d'un Citoyen du monde qui a posé les bases d'une sagesse pragmatique nécessaire à l'union entre les peuples, à l'évolution de l'Afrique et du monde.
Pascale
Lecture conseillée :
>> Rencontres avec Julius K. Nyerere - Julius K. Nyerere, Julius Kambarage, David Gakunzi, Ad' Obe Obe : L'ex-président de la Tanzanie raconte sa vie, son enfance ses idées politiques, son engagement envers son pays; il analyse la situation sociopolitique de son pays, de l'Afrique et du monde.
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