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Edmond Kaiser (1914 - 2000) |
« Etre un homme aujourd'hui, cela signifie se sentir responsable
de la souffrance des autres ». Voilà sans doute le plus beau
testament qu'un homme puisse offrir à l'humanité. Son auteur
? Edmond Kaiser, un homme admirable qui vient d'exhaler son
dernier souffle en Inde, sur la terre de Gandhi, au seuil d'une
vie entièrement consacrée à l'enfance maltraitée. Désormais,
les deux associations qu'il avait fondées, Terre des Hommes
et Sentinelles, devront essaimer dans les consciences l'esprit
d'Amour de ce petit juif parisien qui a su bouleverser les mentalités
en se faisant l'ambassadeur des plus “faibles”.
Dès la naissance de Terre des Hommes en 1960, Kaiser lance de
nombreuses campagnes en faveur des enfants victimes de la faim,
de maladies ou de l'exploitation, offrant à des milliers de
petits innocents l'espoir d'un renouveau. Essentiellement financé
par des dons, le mouvement intervient dans une quarantaine de
pays, finance des soins médicaux, organise des procédures d'adoption
et assure, par ailleurs, une assistance aux réfugiés. Mais,
bientôt, les préoccupations de Kaiser se concentrent sur le
problème des mutilations sexuelles. En 1979, alors que l'ONU
évoque la pratique des excisions en termes de traditions culturelles
respectables, Kaiser génère de nouvelles prises de conscience.
Dès lors, il fonde Sentinelles, une organisation destinée à
lutter contre les mutilations génitales des fillettes mais aussi
contre la prostitution et l'esclavage des enfants.
Perpétuellement indigné, il remue ciel et terre pour sauver
ne serait-ce qu'une seule vie en danger, critiquant ces nouvelles
ONG qui, figées dans les mailles rigides des entreprises traditionnelles,
perdent le sens de la véritable solidarité.
Cet engagement sans limites faisait de lui le pourfendeur des consciences confortablement installées dans ce fameux sentiment d'impuissance. Kaiser, lui, n'avait pas le temps de se désespérer, trop occupé qu'il était à tendre la main aux malheureux et à bousculer les grands de ce monde qui l'ont vu secourir des “boat people”, sauver des milliers d'enfants de la maladie, de l'esclavage ou de l'assassinat. Oui, l'infatigable Kaiser s'est érigé avec rage contre l'indifférence allant même jusqu'à entamer des grèves de la faim pour protester contre les exportations d'armes ou pour dénoncer le renvoi de réfugiés. Au total, quarante années d'un incessant combat, des milliers de fax et autant d'heures passées au téléphone pour exiger de l'aide auprès des gouvernements et traiter de “salopards” ceux qui persistaient dans leur égoïsme.
Mais, derrière l'imprécateur, se cachait l'homme de cœur qui
faisait preuve d'une immense tendresse. Derrière le prophète
coléreux vivait Kaiser le musicien-poète qui avait frémi de
bonheur face à un coucher de soleil en plein cœur du Biafra.
Kaiser aimait les vulnérables, il les aimait d'un Amour sincère
et authentique au point qu'il refusa la légion d'honneur « si
étrangère à leurs souffrances ». « Vous êtes dans mon cœur comme
le sang dans mes veines » disait-il aux enfants abandonnés comme
s'il parlait à son propre petit Jean-Daniel qu'il avait perdu
à l'âge de deux ans… Béni soit cet homme venu éclairer nos consciences
et abreuver nos cœurs desséchés. Béni soit cet agnostique qui
estimait ne reprendre que l'enseignement de Jésus, Celui qui
engendra la révolution de l'Amour.
Pascale
Lecture conseillée :
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