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E
comme Être |
Problématique fondamentale
de la philosophie, on ne peut parler de l'Être sans convoquer
l'essence et l'existence, tout en notant que l'une était
vue comme précédent l'autre jusqu'à ce
que l'existentialisme tienne la seconde pour un fait incontournable
et prétende que l'existence n'est le fait d'aucun Dieu
: elle ne nous aurait pas été donnée et
l'homme devrait au contraire se l'approprier. L'essence serait
alors le résultat de l'existence... Et c'est un peu comme
si l'être humain s'était longtemps appliqué
à considérer le monde ou la vie du point de vue
de Dieu pour "finalement" en venir à lui donner
un sens par lui-même. Bref de prendre lui-même ses
responsabilités divines : comprendre l'Être puis
envisager de Le devenir...
L'époque actuelle semble donc se situer à cette
charnière-là, moment crucial où l'humain
est en passe de relier le Un et le Deux, de sortir définitivement
de la dualité que constitue cette paire essence/existence.
L'essence paraissait, dans sa définition même,
devoir éternellement précéder l'existence
parce qu'elle l'englobe et la produit et c'est toute l'audace
de la philosophie moderne que d'avoir permis la découverte
d'un fait nouveau : pour l'existant, l'être humain,
l'essence est aussi seconde en ce qu'elle résulte de
l'action de l'être humain qui donne du sens à sa
vie. Enfin, l'homme s'est fait Dieu ! Un bémol toutefois
: quel sens l'être humain est-il au juste en train de
donner à son existence ? Plus encore, quel sens est-il
disposé à accorder à l'existence des autres
? Dans l'univers des existants que nous sommes, il est clair
que la multitude des sens a conduit l'humanité à
l'affrontement permanent, autant à l'extérieur
de l'individu (à travers notamment le politique et le
religieux) qu'à l'intérieur de lui (morale, conscience...).
De cette expérience que réalisent chaque jour
les hommes et les femmes de ce monde, un sens "nouveau"
est sur le point de germer après 2 000 ans de maturation
: tout simplement, un Sens qui permet à l'existence de
se maintenir et, partant, à tous les existants de continuer
à exister. Autoriser la durée, la prolonger sans
fin, s'accorder du temps et de l'espace pour que d'autres existants
puissent s'approprier eux aussi leur propre vie, voilà
qui nécessite une harmonisation des sens, une compréhension
mutuelle de la part des existants : comment l'être
humain peut-il en effet s'approprier sa propre existence dès
lors que d'autres que lui viennent y interférer, de façon
plus ou moins brutale (cela peut aller de la banale difficulté
de vivre ensemble au quotidien jusqu'à l'enfer de la
dictature etc.) ?
La problématique moderne débouche automatiquement
sur les notions de liberté et de responsabilité
humaines : pouvoir donner du sens en conscience à son
existence tout en concédant à autrui la possibilité
de faire de même... Liberté pour soi et pour les
autres ! De sorte qu'une nouvelle dualité s'étale
depuis longtemps aux yeux des hommes, séparant de façon
toujours plus radicale ce qui favorise la liberté de
tous et de chacun et ce qui la détruit. Et nous parlons
là non seulement de tout ce qui touche à la liberté
d'existence des êtres, à leurs droits fondamentaux,
que ce qui ressort de la liberté intérieure de
chacun (intellectuelle, affective, psychologique etc.).
Il revient donc à l'homme - qu'il se considère
comme créateur ou comme créature c'est-à-dire
sans Dieu ou avec Lui - de créer, de se créer
après avoir expérimenté durant des millénaires
à quel point l'accroissement de la liberté individuelle
(et la garantie de son intégrité) dépend
de l'expansion de la liberté collective. Plus nous oeuvrons
à la liberté de nos proches, plus ils oeuvrent
à notre liberté, c'est en tous cas le meilleur
qui puisse se produire et c'est un peu en cela que l'être
humain voit la vie comme un risque, le risque de donner, de
se donner... Un sens donc à surgit au cours de l'histoire,
une harmonie nouvelle qui nous oriente progressivement vers
la gratuité : le don gratuit, le don sans certitude de
retour, le don que l'on dit "absolu"... Un don qui
résulte d'une adaptation permanente aux "risques",
aux aventures quotidiennes, aux "péripéties"
de la Vie à travers nos interférences avec les
autres. Donner ce qui nous semble le meilleur pour nous et les
autres, pour que ce monde puisse continuer à exister...
Ainsi sommes-nous tous non seulement des producteurs de sens
par l'appropriation de nos propres vies, mais aussi des producteurs
d'essence en accordant par l'action de notre bon vouloir la
possibilité aux autres de donner du sens. Cette essence,
celle du don gratuit qui seul permet à l'existence de
perdurer - qu'elle soit ou non issue de la pensée philosophique
des existants que nous sommes - se situe et nous situe d'emblée
hors du temps et de l'espace et à la fois complètement
au cur. Nul n'est besoin de donner une prééminence
à l'une ou l'autre, à l'existence ou à
l'essence, puisque de toutes façons l'une ne va pas loin
sans l'autre... Donner du Sens commun, produire de l'Union,
de l'Amour autant le nommer, nous place dans l'illimitation
de l'espace et du temps, dans la "dimension de l'autre"
qui, par le jeu des interactions harmonieuses, devient une "tout
autre dimension" dont on peut dire qu'elle va en s'intensifiant,
orientée vers l'infini, prenant en compte l'ensemble
des existences et comptant sur chaque existence pour être
prise, elle qui est la dimension de l'Amour, la Vie.
Aussi le choix qui se pose à l'être humain est-il
de plus en plus limpide : être seul, en affirmant notre
existence face à celle d'autrui et faisant de notre vie
un jeu de domination-soumission permanent ; autrement dit
nous détruire seul. Ou bien co-exister, vivre EN-SENS-BLE.
Le premier choix est celui du non-sens, de la lutte constante
et de la victoire illusoire, de l'ego tourné vers lui-même
et sur lui-même ; le second est celui de l'évolution,
du changement de dimension, de la dilatation de nos sens (dans
toutes les acceptions du terme cette fois), de l'expansion et
de la création.
uvrer à l'union des Sens à travers le don
gratuit et renforcer ainsi l'existence par Amour, telle est
l'action de Celui qui Est.
Geoffroi 
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