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E
comme Esprit |
Pour nous qui faisons l'expérience
de la matière, il est bien difficile de parler de l'esprit.
Notre tendance première est de l'envisager comme une
substance vivante, un souffle de vie, considérée
indépendamment d'une existence corporelle. Aussi fut-il
toujours très délicat pour la chrétienté
d'en dresser le portrait : alors que Jésus est abondamment
représenté et que "Dieu le Père"
l'est aussi, l'Esprit Saint - pourtant honoré comme une
Personne divine - est quasi absent de l'iconographie. Pour le
figurer, les hommes ont évoqué les trois éléments
que sont le vent, l'eau et le feu, mais le quatrième,
la terre, fut jugé inapproprié pour décrire
cette "personne" à la fois substance immatérielle
et mode relationnel. Sans doute est-ce donc ce manque de matérialité
apparent qui explique la très modeste médiatisation
de l'Esprit Saint...
Dès lors, l'on est en droit d'imaginer que cette résistance
à la visibilité est un attribut fondamental de
l'Esprit Saint : un refus de se distinguer autant qu'un
rejet de toute définition, de toutes limites. Personne
Divine, l'Esprit Saint ne souhaite se séparer ni du Père
ni du Fils car il n'envisage pas de Vie sans l'Un et l'Autre.
Autrement dit, Il résulte de l'Union du Un et du Deux,
dont-il est pour ainsi dire l'Energie rayonnante. Telle est
la raison pour laquelle les artistes auront toujours autant
de mal à le dépeindre, Lui qui est en mouvement
permanent. Pour autant, cette invisibilité ne signe pas
d'opposition de sa part à la matérialité,
bien au contraire : c'est bien plutôt son hypermatérialisation
permanente qui le rend insaisissable car il est partout à
la fois et nul ne sait où commence et où finit
celui qui "souffle où il veut"...
L'Esprit Saint, cette personne qui prend chair à travers
d'autres personnes, nous en dit long sur Dieu, sur la Vie, sur
nous-mêmes. Il tient sa puissance de l'Amour qu'il personnifie
sous la forme d'un lien entre les êtres, qu'ils soient
divins (Père/Mère et Fils) ou en passe de l'être
(humains). D'un Être à l'Autre, il passe... Lorsque
le Créateur met son Amour dans ses créatures,
il est là. Lorsque celles-ci expriment leur "re-co-naissance"
envers leur Créateur, il est là. Lorsque un être
humain manifeste de l'Amour à un autre être humain,
il est là. Lorsqu'un individu découvre sa propre
richesse et commence à s'aimer lui-même, il est
encore là. L'Esprit Saint naît de l'Amour échangé
et comme l'Amour lui-même est échange et mouvement,
Il est lui aussi ce va-et-vient lumineux entre celui qui donne
et celui qui reçoit, illustrant par sa vivacité
l'illimitation de l'Amour même. Donner et recevoir ne
peuvent être dissociés parce qu'ils sont Un, comme
l'Amant et l'Aimé, comme le Père et son Fils,
comme Dieu et l'être humain...
Une personne en Mouvement, le mouvement en Personne, tel est
l'Esprit Saint. Et tels nous sommes lorsque nous aimons, lorsque
nous abandonnons ce qui nous définit et nous limite,
lorsque nous délaissons l'image que nous nous étions
fabriqué et désirons pleinement être autre,
être davantage. Car l'Amour est accroissement permanent
de lui-même par ce jeu de stimulation mutuelle entre l'Un
et l'Autre. L'Esprit Saint incarne ce désir, cette autocréation
caractéristique de l'Amour. Il indique à notre
esprit, à notre être tout entier que l'Amour est
puissance transformante, énergie qui nous transporte
dans une autre dimension dont la matérialité et
la réalité ne sont pas absentes mais seulement
inaccessibles à nos sens actuels. Cette nouvelle dimension
surgit, pourrait-on dire, de la multiplication par l'Amour des
dimensions personnelles propres à chaque individu, nouvel
espace et nouveau temps ouverts au cur même de Dieu.
Cette dimension inexplorée, cette dilatation de notre
être par l'Amour de l'autre, des autres, nous pouvons
la nommer - en attendant mieux - la "Fraternité".
Et le chemin que l'Esprit Saint nous indique pour y parvenir
est notre Quête du Graal : une coupe toujours débordante
à laquelle nous voulons boire, toujours plus désirable
à mesure qu'elle nous fait connaître (co-naître
à) la possibilité d'un ailleurs.
Geoffroi 
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