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comme Eglise |
"Peuple de Dieu", telle
est l'expression consacrée pour désigner à
notre époque ce qu'est l'Eglise. Une définition
qui, en apparence, n'engage à rien, n'ayant pour autre
objet que d'évoquer la foule bigarrée des chrétiens,
communauté se voulant ouverte sur les autres et sur l'avenir.
Cette notion, issue du concile Vatican II, est cependant lourde
de sens en ce qu'elle exprime une appartenance et qu'elle induit,
dans le même temps, une guidance : le cortège des
chrétiens est ainsi la "chose" de Dieu, une
masse qu'il convient d'organiser et à laquelle il est
nécessaire d'indiquer incessament la direction à
suivre. Un peuple a besoin - pouvons-nous encore l'ignorer ?
- de dirigeants. Même dans une démocratie où
le peuple, précisément, est censé se gouverner
lui-même...
Nous voici derechef en présence d'un "concept-tueur"
dont les théologiens ont le secret : une abstraction
qui se fait du mal à elle-même en malmenant les
pauvres mots qui la constituent, déjà tant affaiblis.
Car s'il existe un "peuple de Dieu", il ne peut être
gouverné que par Dieu Lui-même : pourquoi donc
ce Premier aurait-il déléguer à d'autres
une tâche aussi importante et délicate ? Et
justement pas à des anges... Mais à des individus,
d'un genre particulier (et de ce fait partiellement représentatif),
issus de cette masse elle-même. De quoi faire douter le
plus zélé : un troupeau qui ne mérite
pas d'être guidé par son berger, le peuple d'un
Dieu qui lui tourne le dos !
Et vient encore Jésus pour nous aider à nous
redéfinir. L'Eglise est, disait-on, le corps mystique
du Christ au sens où l'ensemble des chrétiens
et Lui ne forment qu'Un. Bien entendu, nous devons pour saisir
la plénitude de cette expression quitter le domaine de
la simple croyance pour arpenter celui des actes : est "chrétien"
celui qui met en pratique la Parole d'Amour que Jésus
incarne. Ou encore, tout être qui agit dans son existence
selon l'Amour est ami, frère ou sur de Jésus,
apparenté(e) à Lui. Et cette multitude de personnes
qui, par-delà le carcan des religions, donne chaque jour
raison à l'Amour compose une fraternité, un corps
dont ils et elles sont les organes, les cellules actives tandis
que Lui en serait l'Energie. Autrement dit, un corps mystique
(qui n'a rien de mystérieux) parce qu'il est tout bonnement
interdimensionnel.
Aussi pouvons-nous prétendre, pas seulement en clin
d'il, que nous qui voulons aimer et aimer encore, nous
constituons tous - chrétiens, musulmans, bouddhistes,
juifs, athées ou autres - le "corps démocratique"
du Christ : parce que nous nous dirigeons nous-mêmes et
que ce faisant, nous donnons sens, cohésion et force
créatrice à l'ensemble auquel nous participons.
C'est cela l'Eglise majuscule : une fraternité dont le
développement est indissociablement lié à
l'évolution dans l'Amour de chacun de ses membres. "Par-delà"
Jésus-Christ considéré historiquement,
tout ensemble d'êtres agissant selon le Principe Divin
de l'Amour est à la fois le réceptacle et le producteur
de cet Esprit : chacun y bénéficie de la
puissance créatrice des autres en même temps qu'il
l'intensifie. Tel est le moteur qui nous permet de nous transcender,
la force qui nous propulse au-delà de notre dimension
d'être humain.
C'est pourquoi nous ne pouvons décemment considérer
l'Eglise comme le "peuple de Dieu" ni même la
limiter à la chrétienté au sens littéral.
Nous qui voulons aimer et grandir dans cet Esprit sommes bien
plus un "peuple vers Dieu", et, mieux, ainsi que les
mystiques nous le signifient depuis le commencement et que l'évangéliste
Jean le répète (Jn 10, 34) un "peuple de
dieux".
Geoffroi 
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