fraternet.com



E comme Eglise

"Peuple de Dieu", telle est l'expression consacrée pour désigner à notre époque ce qu'est l'Eglise. Une définition qui, en apparence, n'engage à rien, n'ayant pour autre objet que d'évoquer la foule bigarrée des chrétiens, communauté se voulant ouverte sur les autres et sur l'avenir. Cette notion, issue du concile Vatican II, est cependant lourde de sens en ce qu'elle exprime une appartenance et qu'elle induit, dans le même temps, une guidance : le cortège des chrétiens est ainsi la "chose" de Dieu, une masse qu'il convient d'organiser et à laquelle il est nécessaire d'indiquer incessament la direction à suivre. Un peuple a besoin - pouvons-nous encore l'ignorer ? - de dirigeants. Même dans une démocratie où le peuple, précisément, est censé se gouverner lui-même...

Nous voici derechef en présence d'un "concept-tueur" dont les théologiens ont le secret : une abstraction qui se fait du mal à elle-même en malmenant les pauvres mots qui la constituent, déjà tant affaiblis. Car s'il existe un "peuple de Dieu", il ne peut être gouverné que par Dieu Lui-même : pourquoi donc ce Premier aurait-il déléguer à d'autres une tâche aussi importante et délicate ? Et justement pas à des anges... Mais à des individus, d'un genre particulier (et de ce fait partiellement représentatif), issus de cette masse elle-même. De quoi faire douter le plus zélé : un troupeau qui ne mérite pas d'être guidé par son berger, le peuple d'un Dieu qui lui tourne le dos !

Et vient encore Jésus pour nous aider à nous redéfinir. L'Eglise est, disait-on, le corps mystique du Christ au sens où l'ensemble des chrétiens et Lui ne forment qu'Un. Bien entendu, nous devons pour saisir la plénitude de cette expression quitter le domaine de la simple croyance pour arpenter celui des actes : est "chrétien" celui qui met en pratique la Parole d'Amour que Jésus incarne. Ou encore, tout être qui agit dans son existence selon l'Amour est ami, frère ou sœur de Jésus, apparenté(e) à Lui. Et cette multitude de personnes qui, par-delà le carcan des religions, donne chaque jour raison à l'Amour compose une fraternité, un corps dont ils et elles sont les organes, les cellules actives tandis que Lui en serait l'Energie. Autrement dit, un corps mystique (qui n'a rien de mystérieux) parce qu'il est tout bonnement interdimensionnel.

Aussi pouvons-nous prétendre, pas seulement en clin d'œil, que nous qui voulons aimer et aimer encore, nous constituons tous - chrétiens, musulmans, bouddhistes, juifs, athées ou autres - le "corps démocratique" du Christ : parce que nous nous dirigeons nous-mêmes et que ce faisant, nous donnons sens, cohésion et force créatrice à l'ensemble auquel nous participons. C'est cela l'Eglise majuscule : une fraternité dont le développement est indissociablement lié à l'évolution dans l'Amour de chacun de ses membres. "Par-delà" Jésus-Christ considéré historiquement, tout ensemble d'êtres agissant selon le Principe Divin de l'Amour est à la fois le réceptacle et le producteur de cet Esprit : chacun y bénéficie de la puissance créatrice des autres en même temps qu'il l'intensifie. Tel est le moteur qui nous permet de nous transcender, la force qui nous propulse au-delà de notre dimension d'être humain.

C'est pourquoi nous ne pouvons décemment considérer l'Eglise comme le "peuple de Dieu" ni même la limiter à la chrétienté au sens littéral. Nous qui voulons aimer et grandir dans cet Esprit sommes bien plus un "peuple vers Dieu", et, mieux, ainsi que les mystiques nous le signifient depuis le commencement et que l'évangéliste Jean le répète (Jn 10, 34) un "peuple de dieux".


Geoffroi Contact



Abonnez-vous aux Nouvelles de Fraternet
pour recevoir les actualités du site dans votre boite email : c'est gratuit !





http://www.fraternet.com - Copyright © 2000 - 2005 Les Chemins D'En Haut - Tous droits réservés.