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Devoir

"Devoir", le mot fait frémir : il donne envie de s'échapper, comme un pur-sang enfermé dans un enclos ou de s'ébrouer tel un âne qui voudrait se défaire de son bât. Faut-il, en effet, que l'être humain se soit égaré pour en arriver à concevoir des "obligations morales" ! Certains en arrivent même à prétendre que la liberté et l'Amour ne conduiraient nulle part s'il n'y avait pas le devoir. Un comble ! Comme si l'Amour et la liberté, dans leur immense connivence, ne se suffisaient pas à eux-mêmes et qu'il soit nécessaire de s'imposer des contraintes pour se développer harmonieusement dans la vie...

Que l'on ne s'y trompe pas : la vraie question est bien de savoir si la morale a un autre objectif que le bonheur de l'être humain ? Comment pourrait-on admettre que l'homme soit obligé de respecter un certain nombre de conditions si celles-ci ne le mènent pas, tôt ou tard, à un mieux-être ? On peut, bien entendu, évoquer des lois supérieures, le bon plaisir d'une déité quelconque ou la satisfaction d'une idéologie de pacotille, quoi qu'il en soit, si les devoirs induits par les précédents ne conduisent pas l'individu à son accomplissement - c'est-à-dire à l'épanouissement de sa nature - il n'y a aucune chance pour que ses règles absurdes aboutissent à un résultat. De sorte qu'aujourd'hui, on peut espérer que la majorité des êtres humains ait compris le message des générations précédentes qui, à travers leurs souffrances, les supplient de ne pas se soumettre à des lois ou à des commandements qui n'ont pas pour objet, directement ou indirectement, de répondre à leur juste soif de bonheur.

Ainsi, la problématique de l'existence demeure la découverte de soi, avec tout ce que cela implique de compréhension de l'ensemble de ses besoins, d'ouverture à autrui et de capacité à s'adapter. Bref, un vrai travail de création. Dans nos sociétés, heureusement, qui oserait encore prôner une doctrine qui ne déboucherait pas sur la satisfaction totale de ses adeptes ? Plus personne sans doute, signe que le bonheur de l'individu est bien l'objet ultime de l'existence et que la morale n'est rien d'autre qu'un ensemble de préceptes visant à permettre à tous d'y parvenir, le plus rapidement possible.

Une fois ceci posé, la notion de devoir devient plus claire : elle recouvre tout bonnement un manque, une incapacité, une incompréhension. La personne humaine n'agit plus par désir, par besoin ou par le simple effet de sa volonté, mais par soumission à une norme, à une habitude ou à d'autres personnes dont c'est l'intérêt. Et si l'acte que l'individu se fait un devoir de poser peut "profiter" à d'autres, l'on voit mal comment il pourrait lui profiter à lui, s'il n'en a vraiment pas la moindre envie. Or, dans cet univers où tous les êtres vivants sont reliés, ce qui bénéficie authentiquement à l'un - dans le sens où cela profite à son accomplissement - bénéficie tôt ou tard à tous. De sorte que si nous prenons conscience de notre rôle au sein de l'humanité et si nous réalisons à quel point le bonheur des uns est source de fruits pour les autres, nous ne pouvons qu'avoir le désir, la volonté et l'énergie d'agir dans le sens du bien général, sans qu'une règle nous y oblige ou qu'un maître nous l'ordonne.

Là où il y a devoir, il y a manque d'intelligence, de cœur ou de volonté. La pression, qu'elle qu'en soit l'origine, n'apporte jamais une solution juste, susceptible de combler de telles insuffisances. Seule l'éducation le peut, qui se transmet avec le plus d'efficacité et de facilité à travers l'Amour, ce dernier étant radicalement opposé à toute forme de contrainte. Par définition, une morale qui en vient à élaborer des obligations n'est plus porteuse de sens pour ceux qui sont forcés de la suivre : elle est une discipline, une consigne et, le plus souvent, elle se base sur une méconnaissance profonde de la nature humaine et fut édictée par des individus dépourvus de foi en l'homme et en la vie. L'Amour de soi et de l'Autre n'a pas besoin d'autres normes que lui-même. Aimer autrui conduit au bonheur et à s'aimer soi-même ; s'aimer soi-même débouche sur le bonheur et l'Amour d'autrui. Ce sont là les deux facettes d'un même joyau où resplendissent d'un pareil éclat la volonté et le désir, le plaisir et la joie.

Plus encore, il y a dans l'idée de "devoir", un aspect "commercial" qui porte outrage à ce que devraient être les relations humaines : ainsi, nous devons agir de telle ou telle manière parce que nous avons une dette à l'égard de nos semblables ou de la société ; bref, nous devons nous comporter selon des règles établies, comme nous devons de l'argent à un banquier. C'est là l'inverse de la gratuité à laquelle conduit naturellement l'Amour. Nous ne retiendrons donc de ce mot "devoir" que la part de responsabilité qu'il évoque, mais en lui enlevant l'aspect contraignant qui la souille. Si seulement l'homme saisissait qu'il se fait du bien en faisant du bien à l'autre, qu'il trouve la joie en participant à la construction du bonheur de celui-ci, qu'il s'aime en aimant et se rétribue en donnant, il cesserait de s'imposer toutes sortes de servitudes et de conditionnements et agirait selon son cœur, sûr de ne jamais être lésé ni de faire du tort. Jusqu'à présent, l'être humain s'est mis en tête que ce qu'il donnait, sans que cela le prive, était sans valeur et qu'il fallait souffrir pour conférer une valeur authentique au don, sorte de TVA payée à la morale et au conformisme.

Aujourd'hui, il est possible de ressentir de la joie en toutes choses, de donner et de recevoir en n'éprouvant rien d'autre que l'harmonie et la reconnaissance qu'elle nous inspire. Nous pouvons agir pour le bien commun parce que faire le bien nous fait du bien, tout simplement. Nous sommes capables de distinguer en toutes circonstances ce qui est bon pour nous ou pour les autres et de nous comporter en fonction de cette réalité, sans faire de différence entre les autres et nous : cela, non pas au nom d'un devoir moral, mais parce que nous comprenons ce que nous faisons ; nous devenons conscients de notre capacité à cultiver l'Amour et le bonheur en tout. Et cela est bon. Cessons donc de nous croire forcés d'avoir mal : le devoir n'est rien d'autre que le degré zéro de l'évolution. Dans l'Amour, il n'y a aucun devoir, juste la liberté de voir... plus loin !


Geoffroi Contact



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