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Désir

S'agissant du désir, la société moderne s'entend globalement pour dire qu'il est un moteur fondamental de l'être humain. Beaucoup d'auteurs sont d'ailleurs allés jusqu'à prétendre que la réalisation du désir débouchait sur la tristesse et la mort, affirmant en quelque sorte que l'objet de la quête vaut moins que la quête en elle-même. Désirer semble donc le fait de l'être vivant, aspiration positive qui projette l'homme vers son devenir. Toutefois, certaines philosophies ou religions se sont employées à éradiquer le désir ou à le canaliser. Le bouddhisme, par exemple, engage le disciple à renoncer à tout désir, tandis que le christianisme a longtemps fait rimer désir et péché, sommant l'être humain de ne rien désirer de plus que ce que lui intime la volonté de Dieu.

Mais le "toujours plus" est bien inscrit au plus profond de la nature de l'être humain, de sorte que le désir s'apparente au mouvement de vie elle-même, tandis que son absence ressemble à la nuit, au néant. Pour beaucoup, c'est parce que Dieu est désir qu'Il crée, se projetant sans cesse à travers son œuvre. Fort de ce tout-puissant modèle, comment ne pas vouloir discerner ce qui, dans le désir tel qu'on le conçoit habituellement, conduit l'homme vers davantage de bonheur ou, au contraire, le pousse à sa perte ? Si nous nous accordons sur le fait que Dieu étant Amour, Il est aussi désir, nous pouvons facilement comprendre la motivation à la base de certaines conceptions qui invitent l'homme au renoncement et, à la fois, d'autres qui font de la culture du désir une fin en soi. En effet, si le désir est, originellement, la substance même de la vie, certains désirs sont synonymes d'enfermement et de mort.

Car le désir, au plan divin, signifie en fait le désir d'illimitation. En sorte que tout désir ne répondant pas à ce critère fondamental provient, en fait, d'une dysharmonie. Nous pouvons, en effet, désirer la possession d'une chose ou rechercher l'attention, voire l'Amour, d'un être, si nous constatons qu'à l'évidence cette chose ou cet être demeure inaccessible, la ou le désirer traduit une déviation de notre voie initiale. Au départ, le désir manifeste toujours une volonté intrinsèque de vivre, de créer, d'échanger qui nécessite d'être maîtrisée, dirigée : c'est, en quelque sorte, une matière brute qu'il nous revient de sculpter. Mais nous ne sommes pas seuls dans cette ouvrage de création : nous sommes entourés d'une multitude de créateurs avec lesquels nous devons compter. Et il apparaît clairement que si le Créateur solitaire est souverain dans l'assouvissement de son désir, les créateurs de ce plan d'existence doivent faire avec une infinité de désirs contraires, d'énergies jaillissantes et incontrôlées, d'espoirs et de souhaits merveilleux ou malveillants.

Nos désirs ne sont pas des ordres que nous pourrions donner à la matière ou à la vie, lui disant "fais ceci" ou "donne-moi cela". Nous aspirons parfois à réaliser des rêves qui demeureront pour toujours dans le domaine de l'illusion. Nous pouvons aussi être partagés entre nos besoins - issus peut-être de désirs anciens - et notre attente d'un ailleurs ou d'une nouveauté qui nous sauverait de l'ennui... De ces désirs-là, il est certainement nécessaire de se débarrasser, si nous ne voulons pas vivre en perpétuelle dépendance par rapport à un futur improbable et dans le constant regret d'un passé mal vécu. Le désir est autre chose que les désirs. Le premier illimite l'individu et tient sa promesse d'un présent toujours plus riche et heureux. Les seconds se livrent un perpétuel combat entre eux-mêmes - source de conflit intérieur - et bataillent contre ceux d'autrui.

Bien sûr, le désir qui se résume en la simple possession d'un objet appartient à la catégorie des souhaits les plus facilement exauçables. En revanche, le désir de l'autre relève d'un tout autre univers : celui du vivant, celui de la liberté et de la volonté. On peut désirer partager sa vie avec un être qui ne le veut pas : désirer est ainsi normal, source de fructueux enseignements et de dépassement. Mais persévérer dans le désir d'un être malgré sa volonté n'a rien de créateur mais tient de l'autodestruction. Tel est le désir dont il faut se garder, qui n'est source ni de bonheur pour soi ni de bonheur pour autrui.

La vie, en somme, nous indique une voie particulièrement simple : celle qui consiste à mettre du bonheur dans tout ce que nous approchons et à rendre heureux tous ceux que nous côtoyons. Cela devient possible dès lors que nos désirs se dilatent en englobant ceux des autres. Parce que telle est la vie : échange entre le créateur et ses créatures, union perpétuellement renouvelée et intensifiée où désirer autrui c'est désirer son libre désir et prendre plaisir à sa liberté.


Geoffroi Contact



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